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JOURNAL
DE
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— 83.
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— 108.
— 108.
— 165. ligne 15-16
— 166. — 25.
— 181. — 2-3
— 255. dernière ligne
ligne 34.
— 35-
— 16.
— 7.
— 16.
7- 7.
fig.
au lieu de Rosacées 5. . . . Ombellifères 6 , . Helleborus viridis .
lises Rosacées i. Ombellifères o. Helleborus foetidus.
Epiderme inférieur , , Epiderme supérieui . Epiderrae supérieur . . Epiderme inférieur.
Desrieu Derrien.
Goermer ....... Goerner.
Bernard Bachelot.
Saxifraga spontaneica. Saxifraga sponhemica.
JOURNAL
DE
BOTANIQUE
Directeur : M. Louis MOROT
Docteur ès-sciences.
I'ojoa.& I. — ±&&T.
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PARIS
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1" ANNEE
N» I
15 FEVRIER 1887
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JOURNAL DE BOTANIQUE
Directeur: M. Louis MOROT
Fig. I. Thalle de Lichen. Physcia parietina.
LA CONSTITUTION DES LICHENS
Par M. Gaston BONNIER.
On sait que les Lichens sont des végétaux inférieurs, qui crois- sent sur les rochers, sur Técorce des arbres, parfois sur le sol, et qui forment des plaques irrégulières (fig. i), des arborescences de diverses formes, ou encore des sortes de croûtes qui revêtent la sur- face des rochers.
Ces végétaux diffèrent des Algues par leurs appareils reproducteurs, qui ressemblent à ceux des Champi- gnons, et se distinguent de ces der- niers en ce qu'ils contiennent de la chlorophylle, cette matière verte né- cessaire à l'assimilation du carbone. Aussi les Botanistes ont-ils rangé les Lichens dans une classe spéciale de végétaux, parallèlement aux deux classes des Algues et des Champignons.
Plusieurs savants, et l'on peut citer entre autres M. de Bary et surtout M. Schwendener, ont étudié avec grand soin les deux genres de tissus si différents qui font partie d'un Lichen^ le tissu sans chlorophylle (hyphes) et le tissu chlorophyllien [gonidïes). Ces auteurs ont remarqué que les gonidies ressemblaient à des espèces connues d'Algues vivant dans l'air humide ou dans les eaux douces. A chacune des formes connues de gonidies, c'est- à-dire de cellules à chlorophylle des Lichens, correspondrait une forme d'Algue. Or, comme la forme des hyphes (parties sans chlo- rophylle) et des appareils à spores des Lichens qui sont produits par les hyphes rappelle tout à fait celle des Champignons, l'hy- pothèse suivante est venue naturellement à l'esprit des observa- teurs cités plus haut. Ils ont supposé qu'un Lichen n'est pas un
2 JOURNAL DE BOTANIQUE
véo-étal autonome, mais se trouve constitué parTassociation d'une Alo-ue et d'un Champignon . Le Champig-non puiserait dans!' Algue une partie de la nourriture assimilée par l'action chlorophyllienne et lui fournirait en revanche une fraction des matériaux qu'il ab- sorbe directement. En outre, l'Algue, qui est ordinairement tuée par la sécheresse lorsqu'elle est isolée, trouverait dans l'associa- tion avec le Champignon l'avantage de supporter les change ments brusques d'état hygrométrique, pouvant passer en même temps que son associé à l'état de vie ralentie.
Cette hypothèse ingénieuse n'a guère rencontré chez les li- chénologues que des incrédules, et elle a été vivement combattue par plusieurs d'entre eux.
Sans vouloir rendre compte de ce débat important, je me con- tenterai d'ajouter que d'autres auteurs ont cherché à confirmer par des observations nombreuses et des expériences l'hypothèse de M. Schwendener. Les uns ont suivi la méthode analytique et ont montré qu'en isolant les gonidies on pouvait obtenir des cultures de l'Algue se multipliant et se reproduisant sans les hy- phes. Les autres ont opéré au contraire par la méthode synthé- tique : semant des spores de Lichens sur des Algues, ils ont vu se former l'association entre les filaments incolores sortant des spores et les Algues constituant dès lors les gonidies du Lichen ainsi obtenu par synthèse.
Parmi les divers auteurs qui se sont occupés de cette question, l'on doit surtout citer M. Bornet, dont les observations minu-
Fi<r. 2. Spores de Lichen germant. Fij;. 3. Spores de Lichen germant.
Physcia parietina. Collema cheilleurn.
tieuses ont porté sur un grand nombre d'espèces de Lichens ayant les gonidies les plus variées et qui a étudié expérimentalement les débuts de la formation des Lichens.
Enfin on a vu que le même Lichen peut avoir des gonidies de formes différentes, ainsi que l'ont montré plusieurs auteurs, et ré-
G. BONNIER.
Constitution des Lichens.
cemment, entre autres, M, Forssell,quiafiguréplusieursespècesde Lichens contenant chacune des Algues de diverses sortes : on trouve parfois dans un Lichen trois sortes de gonidies de fonne et de couleur diverses, c'est-à-dire trois Algues différentes : bleues, vertes et rouges, par exemple.
Il faut ajouter qu'en semant des spores de Lichens seules, on n'est jamais arrivé à produire de gonidies ; on voit seulement se former quelques filaments (fig. 2 et 3), puis le développement s'arrête bientôt, quel que soit le milieu dans lequel on essaye de faire la culture.
En détachant une portion quelconque du thalle d'un Lichen, on peut se rendre compte de la manière variée dont les hyphes entourent les gonidies et des diverses formes de ces dernières. C'est ainsi que les figures 4, 5 et 6, faites d'après les dessins de M. Bornet, font voir les relations des hyphes avec des gonidies globuleuses, en chapelets, ou en filaments. Dans les exemples qui sont ici figurés, M. Bornet rapporte les gonidies du Lecidea
Fig. 4. Hyphes et gonidies. Lecidea ciiiereovircscens.
Fig. 5. Hyphes et gonidies. Physma chala::aniim.
Fig. 6. Hyphes et gonidies. Byssocaulon iiivemn.
(fig. 4) au genre d'Algues Protococcus^ celles du Phys7na (fig, 5) au genre d'Algues Nostoc^ celles du Byssocaiiloîi (fig. 6) au genre d'Algues Trentepohh'a. On pourrait faire des observations ana- logues avec toutes les espèces de Lichens.
Les cultures qui ont été faites jusqu'ici pour obtenir le déve- loppement des Lichens par synthèse ont toujours été exposées à l'air ordinaire, chargé de germes de toutes sortes, de façon que, dans presque tous les cas où l'on a établi ces expériences, elles
4 JOURNAL DE BOTANIQUE
ont été rapidement arrêtées par le développement des moisis- sures. Cependant, dans certains cas particuliers, pour quelques espèces de Lichens croissant sur de l'argile, M. Stahl est parvenu à éliminer les parasites et il a obtenu le développement complet de ces espèces spéciales. Mais, lors même que cette synthèse to- tale a été réalisée, on pouvait admettre que l'air a pu apporter certaines spores spéciales qui auraient la propriété de dévelop- per le Lichen tout entier, et que les Lichens qui ont poussé ne pro- viennent pas des spores que l'on a semées sur des Algues, que les gonidies contenues dans le Lichen développé ne viennent pas des Algues semées. D'autre part, la synthèse des Lichens ordinaires les plus connus n'a jamais été produite de manière à suivre la for- mation du thalle et des fructifications.
Les expériences que j'ai entreprises depuis 1882 et qui m'ont donné un résultat satisfaisant, grâce aux conseils et aux en- couragements de M. Bornet, m'ont conduit à la production com- plète par synthèse d'un certain nombre d'espèces de Lichens.
Pour étudier les premières phases de la formation du thalle d'un Lichen, j'ai semé des spores projetées naturellement sur des lamelles de verre, et choisies au microscope au plus grand état de pureté possible. Les semis des spores étaient faits dans des cellules à culture closes, préalablement stérilisées par une tem- pérature de 1 15°. Au travers de ces cellules on pouvait faire cir- culer un lent courant d'air privé de germes par son passage sur une grande longueur de coton roussi, resserré dans un tube. Les semis étaient faits dans un certain nombre de cellules en même temps qu'on y plaçait une petite quantité de l'Algue qui devait former les gonidies du Lichen. Cette Algue était prise dans une culture pure établie à l'avance. Dans une seconde série de cel- lules à culture, les spores du Lichen étaient semées sans Algues. Le développement des hyphes provenant des spores germant (tig. 2 et 3) s'arrêtait toujours dans cette seconde série de cul- tures, tandis que l'association de l'Algue et du Champignon se formait dans les cultures de la première série, donnant lieu, chez plusieurs, à un vrai thalle dont on pouvait suivre en détail la for- mation.
J'ai fait d'autres cultures, beaucoup plus nombreuses, égale- ment dans un milieu privé de germes de la même manière, mais sur le substratum même préféré par le Lichen à l'état naturel, frag-
J. CosTANTiN. — La fïore du litloral. 5
ment de roche ou fragment d'écorce (i). Les unes étaient placées dans des flacons stérilisés où l'air, passant sur du coton roussi, était constamment renouvelé par une trompe de Bremer; les autres étaient simplement lais- sées dans des flacons Pasteur tels que celui qui est représenté sur la figure 7.
Ces cultures ont donné un développement du thalle beau- coup plus grand que celui pro- duit sur les lamelles de verre, et tout à fait semblable à celui des Lichens naturels. Plusieurs espèces ont même fructifié com- plètement.
L'ensemble des résultats ob- tenus dans ces expériences vé- rifie donc et complète les ob<=er- vations et les expériences faites précédemment sur la constitu- tion des Lichens. Il est ainsi dé- montré qu'un Lichen n'est pas un végétal autonome, mais est bien réellement formé par l'as- sociation d'une Algue et d'un Champignon.
Fig. 7. Culture île Lichen par synthèse dans de l'air privé de germes.
OBSERVATIONS SUR LA FLORE DU LITTORAL
Par M. J. COSTANTIN.
Le botaniste qui s'est contenté d'herboriser dans le centre de la France et dans les régions de plaine ne possède qu'une notion imparfaite de la flore de notre pays. Il sera certainement frappé, en parcourant le littoral, de l'aspect très uniforme qu'y présente la végétation. Pour ma part, j'ai étudié avec un grand intérêt les côtes de la Gironde, de la Charente-Inférieure, de la Loire-In-
I . Les expériences de synthèse ont porté sur les espèces suivantes ; Physcia parictina, Physcia stellaris, Lecanora subfusca, Physcia obscura^ Lecanora so- phodes, Lecanora ferruginea, etc.
6 JOURNAL DE BOTANIQUE
férieure et du Calvados. J'ai retrouvé partout les mêmes modifi- cations se manifestant indépendamment de la latitude sous l'ac- tion des mêmes causes ; c'est le résultat des observations faites pendant ces courses que je me propose de noter ici.
Afin de ne point me perdre dans de vagues généralités, je crois utile de donner le compte rendu de deux excursions faites l'une en 1884 à la pointe de Grave, à l'embouchure de la Gi- ronde, l'autre en 1885 du Croisic au Pouliguen.
Herborisation de la pointe de Grave ^ i'"' juin. — Une pre- mière course faite à la pointe de Grave en compagnie de M. Cla- vaud, l'ardent botaniste bordelais, m'a permis immédiatement de me faire une idée exacte de la constitution de la flore mari- time et de l'organisation des plantes qui la composent.
En descendant du tramway à la pointe de Grave, nous ré- coltons tout de suite les espèces suivantes :
Linaria thymifolia D. C. Salsola Kali L. Eryng-ium maritimum L.
Cakile maritima Scop. Convolvulus Soldanella L.
Bien que ces plantes appartiennent aux familles les plus di- verses et les plus éloignées, Scrofularinées, Salsolacées, Ombelli- fères, Crucifères et Convolvulacées, toutes paraissent marquées de la même empreinte : toutes ont des tiges et des feuilles épais- ses, charnues, aqueuses, et une teinte glauque très spéciale.
Une autre remarque peut être faite en explorant attentive- ment cette pointe de terre qui termine la Gironde, c'est qu'à quelques mètres des plantes précédentes on peut observer des plantes de l'intérieur des terres :
Helianthemum guttatum Mill. Eryngium campestre L.
Sonchus asper Vill. Ranunculus Philonotis Retz.
Ouonis Natrix L. Gnaphalium luteo-album L.
Les premières espèces indiquées plus haut restent cantonnées sur une bande étroite au voisinage de l'endroit où arrivent les vagues à marée haute ; elles ne se mélangent d'ailleurs pas aux secondes. Il semble donc qu'il y ait là deux zones contenant des espèces distinctes.
Au milieu de ces dernières plantes, il existe quelques indi- vidus appartenant à des espèces qu'on rencontre d'ordinaire sur le littoral ; ce faible éloignement du bord de la mer indique déjà une adaptation moins parfaite à la vie maritime, opinion justifiée
BouDiER. — Deux nottvelles espèces de Ptychogaster. 7'
par le port de ces plantes, qui n'est pas celui qu'on observe dans la première zone. D'ailleurs, un fait montre bien que ces espèces présentent une adaptation moins complète que les premières, c'est qu'elles peuvent s'éloigner plus ou moins loin de la côte. On peut citer parmi elles :
Dianthus g-allicus Pers. Medicaeo striata Bast.
Galium arenarium Lois.
Enfin, à côté de ces plantes du littoral qui ne paraissent pas modifiées par le voisinage de la mer, il peut y avoir, au con- traire, des espèces très abondantes dans le centre de la France, qui prennent ici un autre aspect. C'est ce qui arrive pour le LoUis corm'ctLlatus , dont les feuilles deviennent épaisses, char- nues, et dont la couleur devient vert glauque et forme une va- riété appelée crassifoUus, C'est ce qu'on constate pour X Arte- im'sm cmnpestris^ qui modifie également ses feuilles de manière à rappeler celles d'un Crithimtm : d'où le nom de crithnii'folia donné à cette forme.
L'étude de ce coin terminal de la Gironde apprend donc qu'il peut exister au bord de la mer quatre groupes de plantes :
1° Les plantes maritimes véritables, restant toujours sur une bande étroite de sable bordant la mer ; 2'' les plantes du centre de la France qui arrivent au bord de la mer sans modification appréciable ; 3° les plantes du littoral qui peuvent s'éloigner plus ou moins de la côte et don<- le faciès ne rappelle pas celui des plantes du premier groupe; 4° les plantes de l'intérieur des terres qui, en arrivant au bord de la mer, s'y modifient bien nettement. (A suivre.)
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DESCRIPTION
DE
DEUX NOUVELLES ESPÈCES DE PTYCHOGASTER
et nouvelle pretive de l' identité de ce genre avec les Polyporus
Par M. BOUDIER.
Dans une de mes dernières herborisations mycologiques de l'année 1886, le 11 décembre, j'ai rencontré dans les bois de pins de Montmorency, à la base de plusieurs troncs morts de ces arbres, un champignon qui m'a fort intéressé. C'était évidem-
8 JOURNAL DE BOTANIQUE
ment un Polypore de forme peu rég-ulière, formé de chapeaux sessiles peu marqués, confluents, mamelonnés, mous et friables, s'étendant en plaques assez grandes et montrant seulement çà et là à leur partie inférieure et sur quelques parties résupinées des pores bien visibles, l'ensemble représentant assez bien un Poly- poi'7is ainorpJuts . La couleur extérieure était d'un beau blanc, offrant par places des reflets jaunâtres ou roses. L'intérieur était floconneux et pulvérulent, d'un jaune citron diminuant d'intensité vers l'intérieur. J'étais évidemment en présence d'un PtycJiogaster., mais d'une espèce offrant avec certitude la preuve de l'identité de ce genre avec les Polypores, parenté que je savais avoir été pressentie par presque tous les auteurs, mais qu'en ce moment je ne croyais pas encore prouvée. Depuis, j'ai pu avoir connaissance d'un travail de M. Ludwig (i) sur le Pty- cJiogaster albus ordinaire et sur une nouvelle espèce que cet auteur nomme Poly partis PtycJiogaster. Je vis dans ce mémoire, dont je ne pus malheureusement consulter qu'un résumé qui ne contenait pas la description de l'espèce nouvelle, que ce fait était déjà connu. Toutefois, il m'a semblé qu'il n'était pas inutile de présenter un nouveau cas affirmatif de cette identité, puisque, bien que les PtycJiogastei^, réputés si rares il y a quelques années, commencent à être trouvés un peu partout et étudiés avec soin, comme le prouvent les travaux de MM. Berkeley, Tulasne, Cornu, Richon, Ludwig, de Seynes et d'un certain nombre d'autres auteurs de divers pays, un seul cas entièrement probant avait été publié. J'y joindrai aussi la description dune autre espèce de ce genre que j'ai trouvée plusieurs fois dans une serre chaude, et que je pense être une forme conidifère du Polyporus vaporai'ÙLS Pers., la faisant suivre de quelques observations sur les deux espèces les plus connues de ce genre.
I. Ptychogaster citrinus Boud. Albus aut niveus, irregulariter et vix luteo roseove tinctus, non tactu fuscescens, tenuiter tomentosus, mollis, friabilis, crustas spissas inaequales, tuberculosas hinc et inde pileolatim reflexas et tune subtus poriferas, efformans, intus citrinus, pulverulentus, non aut vix zonatus, hyphis albis e basi radiantibus. Hyphai fertiles parte supera par- cim ramosae, parum septatae hyalinaj intus vix granulosa;. Sporula; endo- genae, ad apices ramulorum aut ad latera tuberculosa enatai, saepius
I. Ludwig. Ptychogaster albus Cord. Die Conidien Génération von Polyporus Ptychogaster nov. sp. (Zeitschrift fur die. Ges. Naturw. Mai-Juin 1880, p. 424 et suiv.)
BouDiEK. — Deux nouvelles espèces de Ptychogaster . 9
unicae, rarius 2-concatenatae, et sa^pe extremitate lîlamenti apiculata;, acer- vatim citrinae, sub lente composita singulatim hyalinae vix lutescentes^ oblongo-ovata;, intus granulosai, 6-7 [jl longae, 4-5 lata;, aliquoties dessica- tionis initio verruculosa;.
Monimorettcy. Dec. 1886. Ad cortices emortuos Fini sylvestris.
Cette espèce, qui s'étend aussi sur les feuilles et la terre avoisinant les souches de pins, forme des plaques quelquefois assez grandes, ayant d'un demi à un centimètre d'épaisseur, mamelonnées, difformes, couvertes de tubérosités arrondies, con- fluentes ou piléoliformes, présentant assez souvent des tubes blancs bien visibles en quelques parties seulement, et ayant bien l'aspect g-énéral du Polyporus auioi^plitts ^ dont il est probable qu'elle est l'état conidifère. Toutefois, la grande friabilité de la chair^ sa mollesse et la couleur blanche de ses tubes semblent l'en éloigner, quoique des échantillons ainsi modifiés puissent très bien offrir des caractères différents du type qui d'ailleurs pré- sente quelquefois des formes à pores entièrement blancs. (Fr. Summ. veg. Scand., p. 320.)
Tout le champignon est, comme je l'ai dit, d'un blanc de neige ; mais il présente, surtout dans les ombres, ces reflets d'un jaune rosé dont j'ai déjà parlé et dus peut-être à son intérieur jaune. Les sporules ne sont jaunes que vues en masse. Les fila- ments qui les supportent offrent leurs extrémités bien moins ra- mifiées qu'on le remarque chez le Ptychogaster albtts, et aussi dans l'espèce que je décrirai plus loin. On aperçoit souvent les sporules presque sessiles çà et là sur les filaments, mais toujours supportées par un très petit rameau ou même un simple tuber- cule ; souvent on les trouve avec un appendice terminal qui me semble être l'extrémité du filament dans l'intérieur duquel elles se sont formées; on voit mieux ce fait quand orv les étudie attachées encore à leurs filaments. Ce sont principalement MM, Cornu et de Seynes qui ont relaté ce fait de formation en- dogène. Le plus souvent il n'y a qu'une conidie à l'extrémité de chaque ramuscule, quelquefois on en voit deux bout à bout. Ces sporules contiennent quelques sporidioles ou granules à l'in- térieur, mais peu réfringentes et par conséquent peu marquées.
Les filaments stériles, toujours blancs, sont peu et assez rare- ment cloisonnés ; ils sont souvent un peu renflés à la base de leurs ramifications. L'ensemble du champignon est remarquable sur-
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lo JOURNAL DE BOTANIQUE
tout par sa friabilité et sa mollesse; il se désagrège facilement sous le doigt.
Les pores qu'on rencontre en quelques endroits sont moyens, arrondis ou flexueux, peu lacérés ou dentés; ils sont fertiles et donnent des spores normales blanches, ovales, à peine granu- leuses intérieurement, mesurant 4 à 4 1/2 i-«- sur 21/2.
Cette production intéressante n'offre pas toujours de tubes visibles, certaines plaques n'en montrent pas trace et sont alors de véritables Ptychogaster. Toutetois il est démontré par ce nouvel exemple que ces deux genres ne sont que des formes dif- férentes de mêmes espèces, à moins qu'on ne veuille y voir un en- vahissement des tissus par un champignon parasite, un Hypo- inyces par exemple, qui rendrait ou tendrait à rendre stériles les Polypores sur lescjuels il se développerait. Je dois dire que je n'ai pu rien voir qui puisse confirmer cette pensée. Non seule- ment je n'ai jamais trouvé ^ Hypomyces associés au Ptychogaster, mais les filaments qui appartiennent manifestement aux Poly- pores m'ont paru identiques à ceux qui supportent les conidies.
II. Ptychogaster rnbcscens Boud. Niveus aut albido-roseus, pulvinatus saepe confluens, floccoso-hirtus sed moUissimus, tactu flatuve deformatus et rubescens, 1-2 centim. altus, 3-4 latus, intus fibroso-pulverulentus ex albo sporulis rubescens, hyphis albis e centro radiantibus sporulis immixtis. Hypha; fertiles ad apicem ramosai, vix septatai, hyalina; albai, intus vix granulosa;. Sporulai primitus endog-enae, terminales aut 2-concatenata;, oblongo-ovatae, intus granulosse aut g-uttulis parum conspicuis repletae, hyalinae acervatim rubescentes, laeves, longitudine 5-7 [i., latitudine 4-5.
Montmorency. 1885 et 1886. In caldariis ad ligna abietina aut pinea fabre- facta. Polypori vaporarii cornes; per annum.
Cette jolie espèce forme d'abord des coussinets grossièrement velus par les faisceaux acuminés des filaments qui la composent, mais d'un blapc de neige ou rosés et si légers et si délicats que le moindre attouchement ou même le souffle les déforment. Ils prennent alors aussitôt une teinte rosée. L'intérieur est formé de faisceaux irréguliers, grêles, formés de filaments blancs par- tant d'un centre commun et laissant entre eux des espaces al- longés dans lesquels se ramifient ceux qui sont conidifères, en formant des bouquets dendroïdes couverts de sporules ana- logues à ceux qu'on remarque dans le Pt. al bus. Ils sont bien plus visibles et plus faciles à analyser que ceux de l'espèce pré- cédente {Pt.citrimis). Ici encore on peut remarquer la formation
BouDiER. — Deux nouvelles espèces de Ptychogaster. ii
endogène des conidies. Celles-ci réunies au sommet des ramifica- tions forment de petites masses rosées qui donnent l'apparence pulvérulente à l'intérieur du champignon. Ces bouquets d'abord blancs, quand les sporules sont encore immatures, ne tardent pas à rougir. Les sporules, un peu plus petites que celles du Ptycho- gaster citriiiîis^ sont de même forme, à granulations ou sporî- dioles peu accentuées. Au microscope elles paraissent incolores à moins d'être vues en masse.
Le développement de cette espèce parmi le Polyporus vapo- rarms fréquent dans les serres me la fait regarder comme l'état conidiophore de ce champignon, bien que je ne puisse le certi- fier d'une manière absolue ; tous les deux se tachent de rouge par le toucher ou par le froissement. L'extrême délicatesse de C3 Ptychogaster, qui le fait ressembler quelque peu à ces premiers états de champignons décrits anciennement sous le nom de Hy- pha bombycina Pers., tient peut-être à la température chaude et humide des serres ; mais elle a peut-être aussi pour cause, comme dans l'espèce quej 'ai décrite ci-dessus, la forme conidienne même. Nous voyons en effet dans la plus anciennement connue le Pt. al- bîis CORD,, une consistance d'une grande mollesse. Jusqu'à pré- sent, on n'a pu rapporter avec quelque certitude cette dernière espèce à un Polypore quelconque. Je la trouve tous les ans à Montmorency à une centaine de mètres de l'endroit où j'ai ré- colté mon Ptychogaster citrinus^ sur une vieille souche de pin, en magnifiques échantillons quelquefois de la largeur du poing, et je n'ai pu encore trouver trace de son Polypore. MM. Berke- ley, Cornu, Richon semblent pencher, à l'exemple de Pries, pour le Polyportis borealis. M. Berkeley met le nom de destrtictor sensiblement par erreur, puisqu'il parle de l'opinion de Pries. MM. Cornu et Richon y ajoutent, avec doute encore, les P. des- triictor et fragilis. Je pencherais plutôt à y voir une forme coni- difère de P. destrtictor que des autres, au moins pour celle de nos environs. En effet, le P. borealis ne vient que sur les sapins [Abt'es) et principalement dans les montagnes. Je l'ai récolté dans le Jura en compagnie de mon ami le D'' Quélet, il n'y paraît pas très rare ; mais je ne le connais pas des environs de Paris. Le Po- lyportis des truc tor, au contraire, s'y trouve et sur les pins mêmes. Je l'ai reçu de M. Feuilleaubois de Fontainebleau. Il est donc de notre région^ et sa forme arrondie, la blancheur de ses filaments,
12 JOURNAL DE BOTANIQUE
sa mollesse et ses zones concentriques bien marquées, me sem- blent des caractères d'un assez grand poids pour en rapprocher, jusqu'à plus ample certitude, le Ptychagogaster albîùs ^^X-aX-ox. que de tout autre.
Quant à une autre espèce décrite et fig-urée par M. Patouil- lard, dans ses Tabulas analyticas^ je suis assez tenté d'y voir la forme conidifère ànPoiyp. sulfureîis Bull, et peut-être les mêmes conidies observées déjà par M. de Seynes. J'ai reçu d'un de mes amis, le capitaine Sarrazin, un échantillon de ce champignon ré- colté par lui à Scnlis sur une souche de chêne. Je l'avais à pre- mière vue regardé comme un commencement de ce dernier Po- lypore et laissé de côté, lorsque sur les indications de M. Patouil- lard, qui avait reçu la même espèce en même temps que moi, et y avait reconnu un Ptychogaster, j'ai pu l'étudier. Seulement ici l'espèce est plus ferme qu'aucune autre et se présente sous forme de nodules orangés de la taille d'une noix ou plus, quelquefois confluents, se distinguant à peine à première vue du jeune état du Polypore en question. Je penche donc plutôt, jusqu'à pleine confirmation, à rapprocher ces deux espèces qu'à y voir la végé- tation conidienne d'un Trame te s .
Les conidies qu'on peut trouver dans l'intérieur du tissu des Polypores sont moins rares qu'on ne le pense ; plusieurs ont déjà été signalées, et je ne doute pas que lorsqu'elles sont en assez grande quantité, elles ne forment des Ptychogaster en stérilisant l'individu.
EXPLICATION DE LA PLANCHE i
Fig. L Ptychogaster citrinus Boud., de grandeur naturelle, échantillon forte- ment porifère.
a. Coupe grossie deux fois.
b. Extrémité d'un filament conidifère garni de ses sporules, grossi à 475 dia-
mètres.
c. d, e. Extrémités supérieures de divers ramuscules montrant les sporules
d'apparence apiculées par la partie supérieure des fdaments qui les dépassent. 475 diamètres.
f. Spores mûres grossies 820 fois. On en voit une qui a conservé sa coiffe.
g. Extrémité supérieure d'un filament stérile grossi 475 fois.
Fig. IL Ptychogaster rubescens Boud., de grandeur naturelle.
a. Coupe de la même espèce gr. naturelle.
b. Extrémité d'un filament conidifère couvert de ses sporules.. 475 diam.
c. Autre extrémité de filament montrant sa ramification. 475 diam.
d. 2 sporules renfermées dans l'intérieur d'un ramuscule et faisant voir leur
formation endogène.
e. Sporules ou conidies mûres. 82o diam.
F. HÉRiNCQ. — Les Ncpkenthes et leur culture. 13
VARIÉTÉS
Les Nepenthes et leur culture.
Les Nepenthes., ces plantes si curieuses par la forme de leurs feuilles, sont devenus depuis quelque temps l'ornement obligé de toute serre de luxe. Il n'est pas de boudoir Jîoral digne de ce nom sans quelques Copocques., comme les Madécasses appellent les Nepenthes, suspendus au-dessus des têtes des admirateurs du merveilleux naturel, comme pour leur offrir la liqueur contenue dans leurs amphores ascidiennes.
Ces plantes sont des sortes de sous-arbrisseaux sarmenteux, à tiges grêles semi-herbacées, couchées ou s'élevant sur les arbres au moyen d'appendices particuliers, appartenant au système foliaire, et non moins remarquables par la bizarrerie de leur forme que par le brillant de leur coloris. Ce sont des sortes de feuilles lancéolées ou oblongues, lisses, entières, à côte médiane très saillante, prolongée en une vrille cylindrique pendante, souvent terminée par une ascidie gracieusement conformée en une sorte d'urne panachée et striée de pourpre, de cra- moisi et de jaune. Cette urne, munie de deux ailes membraneuses frangées, a son orifice légèrement contracté, oblique, bordé d'un bour- relet strié qui se prolonge en arrière en ime petite lame mince, non articulée, ovale ou arrondie, redressée, simulant le couvercle de l'urne, et dans laquelle certains auteurs voient le véritable limbe de la feuille, tout le reste n'étant pour eux que le pétiole modifié.
Les fleurs, de couleur pourpre, mais sans intérêt, sont disposées au sommet de quelques rameaux en grappes simples atteignant 20 centi- mètres de longueur. C'est donc dans les ascidies que réside tout l'at- trait des Nepenthes; c'est à elles qu'est dû l'engouement des amateurs pour ces plantes originales.
Longtemps on n'a rencontré dans le commerce horticole que de rares Nepenthes chétifs, mal conformés, dont les organes foliacés étaient toujours privés de leur charme spécial, l'ascidie bizarre au coloris mer- veilleux. Ce fâcheux état de choses provenait de l'ignorance dans laquelle on se trouvait au sujet de l'habitat de ces plantes, de leur cul- ture et de leur multiplication. Un Nepenthes tout souffreteux, qui ne tardait pas à mourir entre les mains d'un amateur passionné de la belle nature végétale, se vendait un prix fabuleux, et bien peu pouvaient s'en donner le luxe. Aujourd'hui, cette ignorance n'existe plus, et on parvient à cultiver et à propager les Nepenthes avec une grande facilité. On a pu voir il y a quelques années la belle et riche collection des serres de la ville de Paris ; actuellement les serres du Muséum, placées sous l'habile direction de M. Loury, en possèdent de nombreuses et vigoureuses espèces, qui font l'admiration des visiteurs.
14 JOURNAL DE BOTANIQUE
Le Nepenthes distillatoria^ le premier introduit dans les serres d'Eu- rope en 1789, a été trouvé à Madagascar, dans une longue vallée située entre un petit bras de rivière et divers étangs dont les eaux se déchar- gent dans la rivière de Tamatave. « Cette vallée est couverte, dit M. Bréon, jardinier du gouvernement français à l'Ile Bourbon, de forêts vierges impénétrables, et son sol est un sable noirâtre, assez semblable à nos plus mauvaises terres de bruyère. » Les 30 ou 40 espèces connues actuellement, originaires des hautes collines de l'Asie centrale et de l'archipel indien, habitent de même des endroits marécageux, mais où l'air circule librement.
La culture des Nepenthes est simple et facile, avons-nous dit. Une serre chaude qui conserve bien sa chaleur et dans laquelle on peut établir un bon système de ventilation, une serre à Orchidées, par exemple, suffisamment éclairée, leur convient parfaitement. La terre qu'ils préfèrent est la terre de bruyère avec ses débris de tiges et de racines, concassée en petits morceaux, et mélangée de sphagnian haché qui retient l'humidité et permet à l'air et à la chaleur de bien pénétrer le sol.
Généralement on obtient de meilleurs résultats de la culture en pots que de la culture en pleine terre dans une bâche de serre.
Les tiges sont maintenues dressées à l'aide de tuteurs auxquels on les attache pour laisser les feuilles se développer librement et produire leurs ascidies. Suspendus alors dans la partie la plus chaude et la mieux éclairée de la serre, les Nepenthes ne tardent pas à pousser vigoureuse- ment et à produire leurs singulières amphores, dont quelques-unes acquièrent jusqu'à 30 centimètres de longueur. Pour favoriser ce déve- loppement, il faut avoir soin d'entretenir constamment avec la chaleur l'humidité et l'aération de la serre.
Malgré toutes les précautions qu'on peut prendre, la production na- turelle des ascidies ne dure qu'un certain temps. Quand arrive la fin de l'automne, les feuilles ne développent plus que des vrilles. C'est alors qu'on pratiquera le pinçage, c'est-à-dire qu'on supprimera la partie supérieure des tiges pour déterminer ce qu'on appelle en horticultre un refoulement de sève. Ce refoulement provoque alors l'évolution des yeux latents et leur développement en pousses vigoureuses avec les- quelles on fait des boutures étouffées ; de ces boutures naissent d'autres pousses qui, bien soignées, se couvrent à leur tour de nouvelles asci- dies. F. HÉRINCQ.
La dessication des plantes.
Le procédé ordinairement employé pour dessécher les plantes consiste à se servir de "Çiz^ïqx buvard ^x\'à ; mais ce papier coûte relative-
La dessication des plantes. 15
ment cher, et il a rinconvénient de sécher très lentement lorsqu'on étale les plantes les unes au-dessus des autres. En réalité, si l'on veut bien préparer une récolte abondante, il est nécessaire, en employant ce papier buvard, de changer très souvent les coussins de papier qu'on place entre les feuilles contenant les échantillons et de faire sécher ces coussins au soleil ou dans un endroit chaud ; ce sont là des opérations qui peuvent prendre beaucoup de temps.
Indiquons un autre procédé, plus rapide et moins dispendieux, qui est employé avec succès par plusieurs botanistes ; M. Vallot, par exem- ple, l'a adopté depuis plusieurs années et le considère comme le meil- leur et le plus expéditif.
On se procure du papier 11071 buvard; le meilleur et le moins cher est le papier paille, papier jaune dont on se sert ordinairement dans le commerce pour envelopper les paquets. On dispose les premiers échan tillons rapportés d'excursion avec leurs étiquettes dans une feuille double de ce papier ; puis on place cette feuille sur deux ou trois autres feuilles doubles mises l'une dans l'autre et en sens inverse ; au- dessus de la feuille garnie d'échantillons on place un nouveau coussin de trois feuilles, et ainsi de suite. Quand toute la récolte est ainsi pré- parée, on peut mettre le paquet entier sous une planche sur laquelle on pose quelques grosses pierres. Le lendemain, on étale le tout à terre ou sur des planches, dans un endroit sec, de manière que chaque coussin ou feuille recouvre à moitié chaque feuille ou coussin qui est au-dessous. On laisse la récolte ainsi exposée pendant une heure, on réunit le tout et on remet sous presse. La plus grande partie des plantes est bientôt complètement desséchée et rapidement desséchée, ce qui est essentiel au point de vue de la bonne préparation des échantillons.
A TRAVERS LES SOCIETES ET LES REVUES
ACADEMIE DES SCIENCES
Séance du 3 janvier 1887. — Des rapports des laticiferes avec le système fibrovasculaire et de ! appareil aquifère des Calophyllum de M. J. Vesque, par M. Trécul.
M. Vesque ayant décrit comme appareils destinés a emntagasiner de l'eau les trachéides appliquées contre les laticiferes dans les Calophyllum^ M. Trécul objecte aux conclusions de ce botaniste, outre la coloration du contenu des tra- chéides qui rappelle celle du latex, les petites dimensions de ces prétendus appa- reils aquifères qui ont au plus 2 centièmes de millimètre. Pour lui, si les tra- chéides enserrent si étroitement les canaux du latex, c'est qu'elles leur apportent ou en reçoivent quelque chose. Il y voit des org'anes d'élaboration versant leurs produits dans la circulation générale ou les cédant aux tissus environnants.
i6 JOURNAL DE BOTANIQUE
SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE
Séance du 14 janvier 1887. — M. Van Tieghem fait une communication SUJ' la forma f ion quadrisérice des radicelles sur les racines. Si le nombre des faisceaux ligneux de la racine est supérieur à deux, les radicelles naissent en face des faisceaux ligneux et en autant de rangées; elles sont isosliqiies. Si la racine n'a que deux faisceaux ligneux, les radicelles naissent entre le bois et le liber, sur quatre rangées ; elles sont diplostiqiies.
M. l'abbé Hue présente une note de M. Nvlander sur les Lichens du Yun- nan.
Séance du 28 janvier 1887. — M. Vali.ot décrit la Flore d'un sommel calcaire (Aiguilles Rouges) des Alpes. 11 montre que la végétation dépend de la nature chimique du sol. La flore de ce sommet diffère de celle qu'on observe au- dessous sur un sol siliceux; elle est identique à celle d'une montagne calcaire située à plusieurs kilomètres. La théorie de Thurmann sur l'influence physique du sol conduirait à un résultat inverse en ce point.
M. CosTANTiN décrit une Mucédinée appartenant au genre Amblyosporiztm, qui pousse à la base des Lycoperdons et présente des affinités avec V Amblyo- sporiîi-m tmibellatuni. Il montre ensuite toutes les variations des éléments consti- tutifs, spores, columelle et sporange du Mucor plasinalicus.
M. Lecomte signale la présence de quelques corps reproducteurs, conidies divisées une fois et périthèces à spores divisées en quatre cellules, sur les Alyco- rliisa. Ce champignon, qui entoure d'une gaine toutes les racines des Cupulifères et d'un certain nombre d'arbres de nos pays, ne semble pas nuire à leur végétation.
M. Van Tieghem complète sa communication de la précédente séance en montrant que ce qu'il a dit des radicelles s'applique également aux bourgeons adventifs qui naissent sur les racines chez un grand nombre de plantes.
Le Fr. Héribaud annonce la découverte du Corallorhisa innata en Auvergne.
CHRONIQUE
La Société botanique de France a procédé dans sa séance du 24 décembre à ses élections annuelles. Ont été élus :
Président : M. de Seynes. Premier vice-président : M. Duchartre. Vice-présidents : MM. Buffet, Monod, Rouy. Membres du Cojtseil : MM. Bureau, Camus, Chatin, Hérincq et Roze. On trouve actuellement encore dans le Conseil plusieurs des savants auxquels revient l'honneur d'avoir été, il y a trente-trois ans, les promoteurs de la Société botanique. C'était en 1854; le 12 mars se réunissaient chez M. Antoine Passy : MM. Brongniart, Decaisne, Moquin-Tandon, Jaubert, Graves, de Noé, Puel, Robin, Maillé, Cosson, Duchartre, de Schœnefeld, de Bouis, Germain de Saint- Pierre, qui, après une discussion approfondie, décidaient à l'unanimité la création d'une Société botanique de France. Les adhérents ne tardèrent pas à arriver en grand nombre. Au 15 juin ils étaient déjà 164 et à la tin de l'année plus de 250. Depuis lors la Société n'a cessé de prospérer, et ceux de ses fondateurs qui sur- vivent aujourd'hui ont le droit de se montrer fiers de leur œuvre.
— M. Bureau, professeur au Muséum, a commencé son cours le samedi 12 fé- \Tier. Il traite cette année des plantes phanérogames fossiles et de leurs affinités avec la flore actuelle .
— Encouragée par les résultats obtenus dans les Congrès horticoles organisés par elle en 1885 et 1886, la Société nationale d'horticulture de France se propose d'en tenir un troisième au mois de mai de cette année, en même temps que l'Exposition générale.
Le Gérant : Louis Morot,
Paris. — J. Meric*. uup., 2::, pi. Ddafert-Rochcreaa.
i" ANNEE N° 2 i" MARS 1887
JOURNAL DE BOTANIQUE
Directeur : M. Louis MOROT
SUR LES CLEOME A PETALES APPENDICULES
Par M. A. FRANCHET
L'existence d'un appendice en forme d'écaillé , placé au- dessus de l'onglet des pétales de certains Cleoine, a été indiquée pour la première fois par Delile, Flore d'Egypte, p. 25, pi. 36, fig. 2. Ce botaniste, décrivant son C. droserïfob'a , dit : « Corolle à 4 pétales, dont 2 un peu plus courts et plus étroits^ et 2 un peu plus grands, en gouttière, avec une fossette près de leur base ».
L'observation de Delile est d'autant plus intéressante qu'on n'a signalé chez les Capparidées aucun exemple de pétales ainsi pourvus d'une écaille formant fossette, écaille qu'il ne faut pas confondre d'ailleurs avec les expansions du disque opposées aux sépales qui existent dans plusieurs Capparidées, les Morisonia, par exemple, et même dans les fleurs de quelques Cleoine ; c'est plutôt avec les calices ligules de certains Capparis qu'il faut comparer les pétales appendiculés dont il est ici question.
Aussi, en présence du texte si clair de Delile, et de la figure qui l'accompagne, il y a vraiment lieu de s'étonner que ni de CandoUe dans le Prodroimis , ni Endlicher dans son Gênera, ni aucun des auteurs classiques qui les ont suivis, sans en excepter Boissier dans le Flora orientalis ^ n'aient fait mention de cette écaille si apparente cependant dans certaines espèces de l'Arabie. Je dois ajouter, et c'est là ce qui explique sans doute l'omission des auteurs cités plus haut, que, dans ces espèces, les fleurs petites et glutineuses se prêtent assez mal aux études d'analyse si l'on ne leur fait subir préalablement une préparation conve- nable. D'autre part, la plus grande partie des Cleome ayant leurs pétales dépourvus d'appendices, les auteurs, qui ne peuvent examiner toutes les espèces, ont été amenés, par analogie, à n'en pas reconnaître l'existence.
,8 JOURNAL DE BOTANIQUE
Les huit Cleome chez lesquels j'ai rencontré jusqu'ici des pétales appendiculés sont les suivants : C. Chrysantha Decne, C. QumqueneTvia DC. , C. Noeana Boiss. , C, brachystyla Deflers, C. droserifoliaViçS.., C. priiiiwsa Anà&rs.^ C.ovalifolia^ sp. nov., C. poly tricha^ sp. nov. A l'exception du C. ovalffolm de la région des Somalis, tous les autres appartiennent à la Flore de l'Arabie ; le C. Qîunquenervïa s'avance même jusque dans l'Inde et le C. iVb^(2;/(2 jusque dans l'Afghanistan.
Le mot « fossette », employé par Delile, n'est pas tout à fait exact, car il ne s'agit point ici d'une cavité, d'une dépression, située vers la base du pétale, mais bien d'une sorte de poche, ou de sac formé par une expansion membraneuse qui prend naissance sur l'onglet, auquel elle adhère par les côtés, et devient libre seulement dans son bord antérieur. Ce bord antérieur est arrondi, le plus souvent ondulé, comme gaufré, quelquefois lobé et très finement denticulé ; il se prolonge un peu sur la partie élargie du limbe, dont il occupe toute la largeur et s'ouvre en ce point en sac conique ; toute la surface extérieure de l'appendice est couverte de longues papilles, souvent rappro- chées par groupes.
Il est digne de remarque que ces pétales ainsi appendiculés n'ont été jusqu'ici observés que dans une série d'espèces à feuilles simples et à fleurs jaunes, dont les pétales sont brusque- ment contractés en onglet court, les capsules chargées de grosses glandes et les graines glabres. Dans un autre groupe d'espèces de même aspect que les précédentes, mais dont les pétales sont plus étroits, atténués en onglet, les capsules lisses ou à peu près et les graines souvent velues, l'écaillé fait complètement défaut. C'est le cas des C. papillosa Stend., C. glaucescens DC, C. trinervia Fresen., C. oxypetala Boiss., etc., qui présentent par une sorte de compensation des expansions squamiformes oppositisépales.
Il semble donc y avoir deux groupes bien distincts parmi les Cleome à feuilles simples. Je ne donnerai que le tableau de ceux dont les pétales sont appendiculés, et qui me paraissent devoir constituer une section pour laquelle je propose le nom de Thylacophora (ôûXaxoç sac et (popecu je porte) (i). (A suivre.)
I. D'après une phrase de G. Schweinfurth, Beitrag sur Flora Œthiopiens, p. 68, il semble que Klotzsch ait eu déjà l'idée de distinguer génériquement des
Van Tiegub-m. — J?acines doubles et bourgeons doîtbles des Phanérogames. 19
SUR LES RACINES DOUBLES
ET LES
BOURGEONS DOUBLES DES PHANÉROGAMES
Par M. Ph. VAN TIEGHEM
Lorsqu'on étudie comparativement chez un grand nombre de Phanérogames le lieu de formation des racines et des bourgeons sur une racine mère ou sur une tige mère, on ne manque pas d'observer de temps en temps un phénomène particulier, acci- dentel assurément mais non très rare, qui, par les exceptions qu'il apporte aux règles ordinaires, est de nature à induire en erreur sur la véritable disposition de ces organes sur le membre géné- rateur. Ce phénomène, c'est la production locale de racines doubles et de bourgeons doubles. Je l'ai signalé, pour la pre- mière fois, dans la racine des Ombellifères, il y a déjà 16 ans (i) et retrouvé cà et là depuis cette époque dans les plantes les plus diverses ; enfin, tout récemment, au cours de la longue série de recherches qui m'a conduit à démontrer la disposition quadrisé- riée des radicelles et des bourgeons dans les racines binaires des Phanérogames (2), il s'est offert à moi avec une fréquence assez grande pour que je croie utile d'attirer de nouveau sur lui l'at- tention des botanistes.
L Racines doubles. — Voyons d'abord dans quelles condi- tions se produisent les racines doubles et quel genre de pertur- bations elles apportent aux règles qui président à la disposition de ces organes sur la racine s'il s'agit de radicelles, sur la tige s'il s'agit de racines latérales.
1° Radicelles . — Considérons en premier lieu les radicelles. On sait que le lieu de formation des radicelles des Phanérogames
Cleome, sous le nom de Cardiophylbim, le C. droserifolia et quelques espèces voisines, telles que C. chrysantha, C. cordifolia, C. hispida ; mais Schweinfurth ne dit point sur quels caractères Klotzsch s'appuyait pour opérer cette séparation, et d'autre part je n'ai pu découvrir aucun travail de Klotzsch, mort en 1860, sur le genre Cleome ,• il est probable que Schweinfurth a puisé ce renseig-nement dans quelque note inédite de l'herbier de Berlin.
1 . Ph. Van Tieg-hem : Mémoire sur la racine (Ann. des sciences nat. 5' série, XIII, p. 226, 1871) et Mém-oire srtr les canaux sécréteurs des plantes (Ann. des sciences nat. 5° série, XVI, 1872).
2. Ph. Van Tieghem : Sur la formation quadrisériée des radicelles dans les racines binaires des Phanéro gam.es (Bull, de la Soc. botanique, séance du 14 jan- vier 1887). Disposition quadrisériée des bourgeons sur les racines binaires des Phanérogames [Ibid., séance du 28 janvier 1887).
20 JOURNAL DE BOTANIQUE
dans le péricycle de la racine mère est déterminé par deux lois dif- férentes,suivant le nombre des faisceauxligneux et libériens qui en- trent dans la structure primaire du cylindre central de cette racine mère. Si le nombre des faisceaux de chaque sorte est supérieur à deux, les radicelles naissent dans le péricycle en face des fais- ceaux ligneux et se superposent par conséquent en autant de rangées longitudinales, toujours équidistantes, qu'il y a de fais- ceaux ligneux : elles sont isostiques . Si le nombre des faisceaux de chaque sorte s'abaisse à son minimum, qui est de deux, les ra- dicelles se forment dans le péricycle en face des intervalles qui séparent les deux faisceaux ligneux des deux faisceaux libériens et se superposent par conséquent en quatre rangées longitudi- nales, équidistantes quand la déviation (i) est de 45 degrés, rap- prochées deux par deux du côté des faisceaux ligneux quand la déviation est plus petite que 45 degrés, du côté des faisceaux li- bériens quand la déviation est plus grande que 45 degrés : elles sont diplostiqîtes (2).
Dans l'un et l'autre cas, pour qu'il puisse se produire uneradi- celle double, il faut d'abord que deux radicelles appartenant à deux rangées voisines prennent naissance dans le péricycle en même temps et au même niveau. Pour qu'une pareille radicelle se pro- duise en effet, il faut ensuite et il suffit que les deux arcs de cel- lules péricycliques dont le cloisonnement engendre les radicelles au niveau considéré empiètent l'un sur l'autre ; mais la manière dont cet empiétement a lieu et la situation qui en résulte pour la radicelle double varient suivant qu'on a affaire à la disposition isostique ou à la disposition diplostique.
Examinons d'abord le premier cas. Pour abréger, désignons par p le nombre des cellules péricycliques de la racine mère com- prises dans l'arc qui sépare les milieux de deux faisceaux libé- riens voisins, arc qui ne dépasse pas ici 120 degrés, et par rie nombre des cellules péricycliques nécessaires pour former chaque radicelle. Si r est plus petit que^, les deux radicelles sont indé- pendantes et insérées en face dés faisceaux ligneux : c'est le cas ordinaire et normal. Si r égale p^ les radicelles sont encore dis-
1 . J'appelle déviation l'angle formé, sur la section transversale de la racine mère, par l'axe de la radicelle et le rayon médian du faisceau ligneux voisin.
2. Chez les Cryptogames vasculaires, la première règle s'applique toujours, même quand le nombre des faisceaux ligneux et libériens de la racine mère se réduit à deux; les radicelles y sont toujours isostiques.
Van Tieghëm. — Racines doubles et bourgeons doubles des Phanérommes. 21
tinctes, quoique se touchant par leurs bases ; mais quand elles sont enveloppées dans une poche digestiv^e endodermique, comme il ar- rive le plus souvent, les deux poches ont une paroi mitoyenne (fig-. 2). Enfin si r est plus grand que /, les deux arcs générateurs em- piètent plus ou moins l'un sur l'autre, les cellules communes pro- duisent par leur cloisonnement une région de tissu plus ou moins considérable qui appartient à la fois aux deux radicelles et il en résulte une radicelle double à divers degrés. Quelquefois l'épi- derme seul est commun à la base des deux radicelles, qui ont chacune au sommet leur coiffe propre, mais sont enveloppées par une poche endodermique commune. Ailleurs les radicelles ont une coiffe et une écorce communes, mais les cylindres cen- traux demeurent distincts, séparés latéralement par quelques as- sises corticales et surmontés chacun par une assise d'initiales pour l'écorce, qui dérive ainsi de deux centres de cloisonnement (fig. i).
Fig. 1. — Racine double à deux cylindres centraux de V Impatiens crtstata. — Portion d'une coupe transversale de la région inférieure de la tige hypocotylée offrant une coupe longitudinale axile de la ra- cine double. Les racines simples se formant vis-à-vis des intervalles entre les faibceaux ligneux b et li- bériens 1, l'axe de figure de la ra- cine double passe par un faisceau ligneux b. CC, les deux cylindres centraux; éc, l'écorce commune; ép, l'épiderme, cloisonné au som- met en c pour former la calyptre commune ; p, la poche digestive en- dodermique. E, écorce en voie de digestion de la tige mère; end son endoderme; m, sa moelle; 1 1, deux faisceaux libériens; b, un des faisceaux ligneux de la racine ter- minale en train de se dédoubler et de se déplacer pour former à droite et à gauche les faisceaux libéroli- gneux de la tige.
Figf. I.
Enfin, lorsque l'empiétement est plus prononcé encore^ les deux cylindres centraux se confondent en un seul et la radicelle double prend tout à fait l'aspect d'une radicelle simple, à cette différence près que son cylindre central est plus large et contient aussi un plus grand nombre de faisceaux ligneux et libériens (fig. 2).
Mais quel que soit le degré d'empiétement des arcs rhizo- gènes péricycliques, qu'il y ait deux cylindres centraux distincts ou un seul cylindre central, la nature double de la radicelle s'ac- cuse toujours nettement par la nouvelle position qu'elle prend ; son axe de figure passe, en effet, non plus par un faisceau ligneux,
22 JOURNAL DE BOTANIQUE
mais suivant la bissectrice de deux faisceaux ligneux voisins, c'est-à-dire par le milieu d'un faisceau libérien. De telle sorte que, si l'on veut comprendre toutes les radicelles qu'elle peut pro- duire, il faut tracer sur la racine mère non seulement les généra- trices correspondant aux faisceaux ligneux pour relier toutes les radicelles ordinaires et simples, mais encore les génératrices cor- respondant aux faisceaux libériens pour contenir toutes les radi- celles extraordinaires et doubles.
Plus p est petit, c'est-à-dire plus est grand dans la racine mère considérée le nombre des faisceaux ligneux et libériens du cy- lindre central, plus on a de chances d'y rencontrer des radicelles
FiG. 2. — Radicelle double à un seul cylindre central du Solaiiuni albidum. — Por- tion d'une coupe transversale d'une racine latérale offrant une Bection longitudinale axile de trois radicelles nées au même niveau : à droite une radicelle simple, insérée en face d'un faisceau ligneux; à gauche, une radicelle dou- ble, plus grosse, insérée en face d'un faisceau libérien. La radicelle simple a sa po- che digestive mitoyenne avec celle de la radicelle double, ce qui est un premier pa'. vers la formation d'une ra- dicelle triple. Mêmes lettres que pour la fig. i. — Ici la poche endodermique p est cloisonnée tangentiellement au sommet, comme la calyp- tre c; on y compte trois ou quatre assises cellulaires.
Fig. 2.
doubles. En effet, chez les Dicotylédones, c'est seulement dans des racines mères ayant au moins cinq faisceaux de chaque sorte que je les ai observées jusqu'ici : par exemple, le Solamun tu- bei^osîLm m'en a montré avec cinq faisceaux^ le Solamun albidîtin avec six faisceaux, le Cuai7^bita maxima avec huit faisceaux^ etc. Pourtant, il y a lieu de tenir compte aussi du diamètre du cylindre central; s'il est très étroit, p pourra devenir plus petit que r avec quatre ou même avec trois faisceaux. Cette circonstance se trouve réalisée dans la racine terminale de diverses Monocotylédones; ainsi XEcheandïa ternifolia m'a offert des radicelles doubles sur son pivot quaternaire et le Balbine anutumi sur son pivot ternaire. Lorsque trois radicelles naissent au même niveau simultané- ment sur trois faisceaux ligneux voisins de la racine mère, si en même temps les arcs péricycliques en voie de cloisonnement empiè-
Van Tieghem. — Racines doubles et bourgeons doubles des Phanérogames. 23
tent l'un sur l'autre, on obtient une radicelle triple (fig. 2). Lorsque l'empiétement est assez grand pour que cette radicelle triple n'ait qu'un seul cylindre central dont l'axe passe par le faisceau ligneux médian, la position de l'organe étant conforme à la règle^ on n'est averti de son origine multiple que par sa largeur plus grande ; il semble alors qu'on ait affaire simplement à une radi- celle ordinaire plus grosse que les autres. De pareilles radicelles triples se rencontrent çà et là sur les racines latérales des Mo- nocotylédones.
Considérons maintenant la disposition diplostique, c'est-à- dire le cas d'une racine mère binaire portant ses radicelles en quatre séries. Lorsque la déviation est de 45 degrés, ce qui rend les quatre séries équidistantes, il est rare que l'arc péricyclique générateur d'une radicelle arrive à empiéter sur celui de la radi- celle voisine née au même niveau et à produire une radicelle double ; il faut, en effet, pour cela qu'il dépasse 90 degrés. Le phénomène est, au contraire, assez fréquent quand la déviation est plus grande que 45 degrés, ce qui rapproche les séries deux par deux du côté des faisceaux libériens, et surtout lorsqu'elle est plus petite que 45 degrés, ce qui les rapproche du côté des faisceaux ligneux.
Les racines binaires des Ombellifères, Araliées et Pitto- sporées, notamment la racine terminale de ces plantes, ont leurs quatre rangées de radicelles séparées du côté des faisceaux ligneux par un arc de canaux oléifères péricycliques et souvent rapprochées deux par deux du côté des faisceaux libériens. Aussi quand deux radicelles s'y forment au même niveau de manière à empiéter l'une sur l'autre, est-ce toujours de ce côté que l'empiétement a lieu. La radicelle double qui en résulte se trouve donc placée en face du faisceau libérien et dirigée per- pendiculairement à la lame ligneuse diamétrale, sur laquelle elle insère ses vaisseaux par deux amorces parallèles. Pour con- tenir toutes les radicelles^ il faut donc tracer ici sur la racine mère six génératrices, quatre vis-à-vis des intervalles entre les faisceaux ligneux et libériens pour les radicelles ordinaires et simples, deux vis-à-vis du milieu des faisceaux libériens pour les radicelles extraordinaires et doubles (i).
I. Mémoire Sîir la racine [Loc. cit., p. 226, 1871) &X Mé}noire sur les canatix sécréteurs {Loc, cit., p. 54, 1872).
tel ^y'^n-
24 JOURNAL DE BOTANIQUE
Le plus souvent c'est du côté des faisceaux ligneux que les séries de radicelles sont rapprochées deux par deux, et que se produit l'empiétement qui donne naissance aux radicelles dou- bles. Celles-ci sont alors situées exactement en face d'un faisceau ligneux, et insèrent leur liber à droite et à gauche sur les deux faisceaux libériens voisins. Elles affectent donc précisément la disposition qui est normale pour les radicelles isostiques. Ce retour à la première règle par voie d'exception à la seconde est bien fait pour induire en erreur ; il n'a pas peu contribué sans doute à faire méconnaître l'existence de cette seconde loi. Ici, pour relier toutes les radicelles, il faut, aux quatre génératrices alternes avec les faisceaux ligneux et libériens qui contiennent les radicelles ordinaires et simples, ajouter les deux génératrices correspondant aux deux faisceaux ligneux pour les racines extraordinaires et doubles. La formation des radicelles doubles est d'ailleurs d'autant plus facile et fréquente que la déviation est plus petite (Caryophyllées , Crucifères, diverses Solanées et Scrophularinées, etc.).
2° Racines latérales. — Toutes les fois que la tige hypo- cotylée conserve dans sa région inférieure à peu près complète- ment la structure de la racine terminale, les racines latérales qu'elle produit dans cette région après la germination y sont disposées comme les radicelles primaires sur la racine terminale. Des racines doubles s'y forment donc dans les mêmes conditions que les radicelles doubles et y sont situées de la même manière. Dans le cas de structure binaire, par exemple, elles se placent tantôt en face des faisceaux libériens (Ombellifères, Araliées, Pittosporées), tantôt en face des faisceaux ligneux (Caryo- phyllées, Solanées, Plantaginées, diverses Composées, etc.).
Lorsqu'elle prend tout de suite au-dessus du collet sa struc- ture caractéristique et qu'elle produit des racines latérales dans sa région inférieure, la tige hypocotylée offre aussi çà et là des ra- cines doubles (fig . I ) , situées dans la bissectrice des positions affec- tées parles racines simples voisines {Impatiens, Cucnrbita^ etc.). Enfin la tige épicotylée, même dans sa région adulte, présente aussi çà et là le même phénomène. Dans les Cucurbitacées, par exemple, où les racines latérales se forment sur le flanc de chaque faisceau libéroligneux, s'il s'en fait deux en même temps au même niveau, l'une sur le flanc droit d'un faisceau, l'autre
Van TiKGWEtA. — Racines doubles et bourgeons doubles des Phanérogames. 25
sur le flanc gauche du faisceau voisin, il arrive parfois que le rayon médullaire qui sépare les deux faisceaux est assez étroit pour que les deux méristèmes se confondent en un seul sur la ligne médiane et produisent une racine double insérée exacte- ment en face du rayon.
C'est encore au phénomène dont il est ici question qu'il faut rattacher la formation de ces racines concrescentes ou multiples qui constituent, comme on sait, les tubercules des Orcliis, OpJijys^ etc.
II. Bourgeons doubles. — On sait que certaines Phanéro- games, surtout parmi les Dicotylédones, produisent d'une façon constante et régulière des bourgeons sur leurs racines et sur la région hypocotylée de leur tige. Ces bourgeons, toutes les fois qu'ils sont normaux, c'est-à-dire indépendants de la formation préalable d'un cal, sont disposés sur la racine mère comme les radicelles, sur la tige hypocotylée comme les racines latérales de cette tige. Presque toujours aussi ils naissent, comme les radicelles sur les racines latérales, dans le péricycle de la racine ou de la tige mère ; seules jusqu'à présent les Linaires font exception à cette règle, les bourgeons y étant exogènes.
Les bourgeons radicaux et hypocotylés endogènes prenant naissance dans le membre générateur précisément aux mêmes points et de la même manière que les radicelles et les racine», il est à croire que les conditions qui provoquent la formation des radicelles et des racines doubles, à savoir la production simul- tanée au même niveau de deux organes appartenant à deux séries voisines, jointe à l'empiétement des arcs péricycliques destinés à former ces deux organes, détermineront aussi l'appa- rition des bourgeons doubles. C'est, en effet, ce que j'ai observé à plusieurs reprises, notamment dans des plantes à racine binaire portant leurs bourgeons radicaux, comme leurs radicelles, en quatre rangées longitudinales rapprochées deux par deux en face des faisceaux ligneux {Alliaria officinalis , Anémone pensyl- vanica^ etc.). Ces bourgeons doubles sont insérés exactement en face des faisceaux ligneux et sont, par conséquent, compris dans les mêmes séries supplémentaires que les radicelles doubles. Il faut même remarquer qu'un bourgeon exigeant en général pour se constituer un arc péricyclique plus large qu'une radi- celle, l'empiétement sera plus facile et par suite la formation de
26 JOURNAL DE BOTANIQUE
bourgeons doubles relativement plus fréquente que celles des radicelles doubles. Plusieurs fois, en effet, j'ai observé, sur une racine mère, deux radicelles simples naissant côte à côte au même niveau, tandis qu'au-dessus ou au-dessous d'elles les deux bourgeons correspondants étaient confondus en un bour- geon double au milieu de l'intervalle.
De tout ce qui précède, il résulte que la production possible de racines doubles et de bourgeons doubles doit être toujours présente à l'esprit de l'observateur qui se propose d'étudier la disposition des racines et des bourgeons sur leur membre générateur.
OBSERVATIONS SUR LA FLORE DU LITTORAL fsziz^ej
Par M. J. COSTANTIN.
Ces différents groupes de plantes se retrouvent quand nous nous éloignons de la pointe de Grave en nous dirigeant sur le Verdon. Derrière le fort qui domine l'embouchure de la Gironde, les espèces sont encore mélangées à peu près également dans un pré salé. On peut y observer en effet :
Espèces uniquement littorales : Artemisia gallica Wild. Frankenia laevis L. Suaeda fruticosa Forsk. Salicornia fruticosa L.
Espèces littorales pouvant s'éloigner de la mer
Phleum arenarium L. (qui pénètre Polypogon maritimum L dans centre à Lyon, Carpentras, Ag^en;.
Espèces du centre : Daphne Gnidium L. (région médi- terranéenne).
Statice lychnidifolia Gir. Psamma arenaria Schull. Lepturus incurvatus Trin.
Sagina maritima Lly. Ephedra distachya L.
Scirpus maritimus L. Polycarpon tetraphyllum L.
Nous nous éloignons de la mer, et immédiatement presque toutes les plantes du littoral disparaissent ; il ne reste plus que le Tantarix anglica pour représenter ces dernières. Les plantes de l'intérieur sont :
Orobanche Eryng-ii Vauch. Filag-o germanica Wild. Verbascum sinuatum L. Alyssum calycinum L.
Rumex crispus L. , Cynosurus echinatus L
Osyris albaL. (se retrouve dans toute la région de l'olivier jusqu'àTours).
Carex pseudo-brizoides Llyod (are- naria Coss. et Germ).
J. CosTANTiN. — La flore du litioral. 27
Enfin, près de la gare, il n'y a plus que des espèces du centre : Centaurea aspera L.
Orobanche minor Sutt. Herniaria glabra L. Plantaofo arenaria Walds. et Kit. Monotropa Hypopithys Wall. Bromus Madritensis Dub. Anthoxanthum odoratum L. Festuca uniglumis Sol.
Marrubium vulgare L. Trifolium g-lomeratum L. Astragalus Bayonensis Lois. Chamomilla mixta L. Senecio sylvaticus L. Alchemilla vulgaris L. Hieracium umbellatum L.
Il résulte donc de l'ensemble de cette excursion que, dès qu'on s'éloigne un peu de la mer, les plantes centrales deviennent prédominantes par rapport aux plantes du littoral qui peuvent quitter un peu la côte. Dès qu'on se rapproche un peu de l'Océan, le rapport des nombres de ces deux catégories de plantes diminue d'une manière notable, et ce n'est que sur le bord le plus voisin de la mer qu'on retrouve les espèces qui n'abandonnent pas le rivage (i).
L'année suivante, je reprends cette étude en accompagnant M. Bureau au Croisic et au Pouliguen.
Herborisations dît Croisic et dit Pouliguen, 4 au 6 août. — En parcourant, le 4 août, cette nouvelle partie de la côte, je suis particulièrement frappé par l'identité de la flore, aussi n'est-il pas nécessaire de faire l'énumération des plantes qui se ren- contrent. Il n'y a qu'à en signaler quelques unes. Parmi ces der- nièies, le Medicago marina et le Diotis candidissima méritent une mention particulière à cause de leur aspect spécial ; les tiges et les feuilles de ces deux plantes sont, en effet, couvertes d'un duvet blanc qui attire tout de suite les regards. Ce port s'observe chez quelques espèces maritimes, mais en petit nombre; on peut encore dire, ici comme dans la Gironde, que c'est le type à tiges grasses, à feuilles charnues et glauques qui prédomine sur le bord de la mer.
Le mélange, signalé plus haut, des espèces des différents groupes énumérés au commencement de cet article se retrouve le long de la côte de la Loire-Inférieure. On y constate la pré- dominence des espèces marines au bord de la mer {Triglochin
I. J'ai retrouvé depuis à Arcachon Honkeneja peploides ; à la Teste de Buch, Statice Dzibyei, Arenaria maritima, Aster Tripolium, Triglochin maritimum; à Soulac, Euphorbia polygonifolia (plante américaine), Medicago marina; à Royan, Criikmum maritimum.
28 JOURNAL DE BOTANIQUE
mariU'imun , Glanx mari'tiina ^ Statice Dodartii , Spartïiia siricta\x), Cochlearm dam'ca, etc.), et la multiplication des espèces du centre dès qu'on s'éloigne un peu du rivage {Dama- soniîint stellatiini, Sainohcs Valeraiidï , Diplotaxis temufolia, etc.). Les variétés maritimes des espèces de l'intérieurs ont parti- culièrement intéressantes et nombreuses ; on peut citer :
Jasione montana L., v. maritima. Chrysanthemum inodorum L., v. maritimum.
TrifoliumarvenseL.,v. perpusillum, Heliantheraum guttatum Mill., v. maritimum.
Les jours suivants, nous explorons les environs du Pouliguen ; deux herborisations méritent une mention particulière, une pro- menade en mer jusqu'à l'île Levain et une course du Pouliguen à Guérande.
L'excursion de l'île Levain, accidentée par la perte en mer d'une chaloupe dans laquelle un de nos bateliers manque de se noyer, nous permet de dresser la flore complète d'un petit îlot de haute mer ; nous y trouvons :
Lavatera arboreaL. Daucus gummifer Lam. Atriplex rosea L.
Spergularia marginata Fenz. Beta maritima L. Asparagus maritimus L. Cakile maritima Scop.
L'herborisation du Poulinguen à Guérande offre un intérêt
d'un autre ordre, elle nous permet d'expliquer une dérogation
à la règle vérifiée jusqu'ici que les plantes exclusivement marines
ne se retrouvent pas à l'intérieur des terres. En effet, bien qu'en
nous éloignant de la mer, nous rencontrons quelques-unes
d'entre elles :
Spergularia marginata Fenzl. Chenopodium maritimum L. Suéeda maritima Dum. Glyceria maritima M. et K.
Ceci s'explique aisément, car la grande plaine qui s'étend entre ces deux villes est plus basse que le niveau de la mer; aussi les habitants, à l'aide d'une habile canalisation, ont-ils établi d'immenses marais salants sur les bords desquels on retrouve les espèces précédentes. Cette observation nous fait comprendre comment accidentellement on pent rencontrer une flore franchement marine à une orrande distance de la mer.
Inula crithmoides L. Statice lychnidifolia Gir.
— Limonium L.
— Dodartii Gir.
&
I. Graminée curieuse que la mer recouvre à chaque marée.
Variéiés : L' AzoWa. et le Salvinia dans la Gironde.
29
Plusieurs conséquences doivent être déduites des nouvelles observations relevées pendant ces courses. On voit d'abord que les plantes marines se rattachent à deux types suivant que leur aspect est laineux ou charnu et glauque. En second lieu, s'il existe des marais salés dans le centre de la France, la végétation de leurs rives présentera vraisemblablement des particularités remarquables ; ceci conduit à étudier la Jïoi^e des marais salés de l'intérieur. Enfin, la similitude des flores littorales de la Gironde et de la Loire -Inférieure amène à rechercher quelle est la répartition géographique des plantes marines depuis Bayonne jusqu'à Dunkerque. {A sîtivre.)
VARIETES L' « Azolla » et le « Salvinia » dans la Gironde.
Le Salvùiia est, comme on sait, une Cryptogame vasculaire, du groupe des Rhizocarpées, qui existait autrefois en abondance dans les environs de Bordeaux, aux allées de Boutaut. Cette localité classique d'une plante si remarquable tend à disparaître depuis l'invasion d'une autre Rhizocarpée, V Azolla.^ venue d'Amérique. Bientôt, peut-être, il faudra rayer le Salvinia de notre flore. Aussi est-il intéressant, avant sa disparition complète, de signaler une lutte entre deux frères ennemis dont le plus jeune, plus vigoureux, tend à étouffer le plus âgé. Puisse ce cri d'alarme être entendu de quelque botaniste épris de nos vieilles gloires, qui prendra la défense du vieux représentant des Rhizocarpées de notre pays !
La lutte entre ces deux espèces a commencé il y a une quinzaine d'années. Un botaniste, dont le nom est une des gloires de Bordeaux, Durieu de Maisonneuve, eut la malencontreuse idée de jeter une touffe de la plante américaine dans un fossé d'un faubourg de Bordeaux, à la Bastide. Depuis cette époque, la plante étrangère
se propage partout ; elle couvre maintenant toutes les flaques d'eau des environs de la ville ; on la trouve jusqu'à Blaye, et certainement elle s'étendra bientôt plus loin. Certes, quand ai'rive l'été, ce tapis rouge jeté sur les étangs est charmant à voir; il est malheureusement si épais que les êtres vivants ne tardent pas à mourir dans les eaux ainsi
Salvinia natans.
30 JOURNAL DE BOTANIQUE
recouvertes. En outre, la venue de cet étranger a causé bien des sou- cis aux meuniers, qui ne peuvent se débarrasser de ces herbes qui gênent les mouvements des roues de leurs moulins. Aussi comprend- on le cri de l'un d'eux s'adressant un jour à M. de Maisonneuve : « Quel est donc le misérable qui nous a apporté ces herbes, car elles
n'existaient pas il y a dix ans ! »
Un Botaniste herborisant.
PUBLICATION NOUVELLE
Catalogue raisonné des plantes vasculaires du département du
PAS-DE-CALAIS, par l'abbé A, Masclef, professeur de Sciences naturelles au Petit Séminaire d'Arras. (i vol. in-8, de Lii -\- 214 pages, Savy, éditeur, 1886.)
Aucune flore, aucun catalogue raisonné n''a été publié sur le départe- ment du Pas-de-Calais. De plus, les flores générales de la France, telles que celles de De CandoUe ou de Grenier et Godron, ne citent presque jamais les localités comprises dans cette région. Aussi doit-on être recon- naissant à M. Masclef d'avoir entrepris la tâche de publier un catalogue raisonné des plantes de ce département.
L'ouvrage de M. Masclef, après la bibliographie complète de tout ce qui a été publié sur les flores des régions voisines et des essais peu nombreux qui ont été faits sur les plantes de quelques localités du Pas-de-Calais, indi- que la liste considérable des excursions botaniques qu'il a faites lui-même. De 1880 à 1886, l'auteur a parcouru toutes les parties du département les plus intéressantes au point de vue botanique et les récoltes faites dans ces nombreuses herborisations ont été conservées dans un herbier spécial du Pas-de-Calais.
Le chapitre suivant traite de la géographie botanique du département. A la suite d'indications générales sur l'orographie, l'hydrographie et le climat de cette contrée, M. Masclef décrit et délimite les régions botani- ques. Ce sont les suivantes :
1° Région du littoral.
A. Zone maritime proprement dite.
B. Zone des dunes.
C. Zone des falaises.
2° Région des -plaines.
A. Zone du pays des Wattergands.
B. Zone des plaines de Flandre.
3° Région des collines.
A. Zone du plateau d'Artois.
B. Zone du Boulonnais.
Après avoir caractérisé chacune de ces zones par les plantes qui leur sont pour ainsi dire spéciales, M. Masclef étudie l'influence chimique du
A travers les Sociétés et les Revties. 31
sol sur la distribution des espèces et donne la liste de celles qui sont cal- cicoles ou silicicoles pour le département du Pas-de-Calais.
Cette très intéressante étude de géog-raphie botanique se termine par la comparaison de la flore avec les flores voisines, celles du département de la Somme, du département du Nord et de la Belgique.
Quant au catalogue proprement dit qui fait suite à ce travail, il com- prend pour chaque espèce, sauf pour celles qui sont répandues partout, un très grand nombre de localités qui toutes sont accompag-nées du nom du botaniste qui les a signalées, Fhabitat, la nature chimique du sol préféré par la plante, Tépoque de floraison sous le climat du Pas-de-Calais. Chaque nom d'espèce est accompag-né de sa traduction française et de son nom vulgaire, lorsque ce nom est d'un usage répandu.
On peut voir en feuilletant les pages de ce catalogue combien sont nom- breuses les localités suivies de la lettre M, qui indique le nom de l'auteur, et par suite combien sont importantes les investigations et les découvertes de M. Masclef dans cette région.
Nous ne doutons pas que cet ouvrage complet et consciencieux n'in- téresse un grand nombre de botanistes. G. Bonnier.
A TRAVERS LES SOCIÉTÉS ET LES REVUES
SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE
Séance du 11 février 1887. — M. Zeillek présente une mag-nifique Icono- graphie où sont représentées toutes les plantes fossiles du bassin houiller du Nord. On y remarque des échantillons fertiles de Sphenopteris et de Pecopteris et des microsporang-es de Sigillaires.
M. DucHARTRE présente une ^nonstrtwsité de Rose dans laquelle le g-odet qui est un axe invaginé comme l'a montré M. Van Tieghem porte, justement à cause de sa nature, quelques petites roses. Il rappelle les cas, peu nombreux, de mons- truosités signalées jusqu'ici sur la Rose.
M. Camus montre qu'il y a tous les intermédiaires entre le Teucrium Scor- ditim et le Teucrimn scordioides qui n'est probablement qu'une forme maritime du premier.
MM. Van Tieghem et Douliot établissent que les racines latérales et les radi- celles des Monocotylédones se forment entièrement aux dépens du péricycle.
M. RicHON décrit un nouvel Hymetwgaster dont les spores ressemblent à celles d'un Leptonia (H. Leptonia^sporus Rich.) et un Capronia nouveau qui pousse sur le Genévrier ^C _/««/jJ^r/ Rich.). Il présente également un échantillon d'une Sphériacée fossile (Leptosphasrites) dont les spores sont bien conservées dépuis des milliers d'années.
M. Cornu annonce l'arrivée au Muséum de plantes du Cambodge et du Gabon.
BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ DES SCIENCES DE NANCY
(fasc. 19, 1886).
Note pour servir a l'étude de la nervation, par M. Fliche. — L'étude de la nervation ayant un emploi très large en paléontologie, M. Fliche insiste sur ce fait que des types foliaires considérés généralement et avec raison comme ayant
32 JOURNAL DE BOTANIQUE
une grande fixité, peuvent présenter des anomalies considérables, soit acciden- telles, soit liées constamment à Tàge ou à l'habitat.
M. Fliche étudie successivement des frondes dC Asplcnium trichomanes ramifiées par suite de dichotomies du rachis qui devient une sorte de sympode; Aes Ficus elastlca, dont quelques feuilles à nervation acrodrome rappellent d'autres Fictis, surtout F. cerasiformis et mieux encore certains Cinnamoimim ; des Juglans régla, qui présentent constamment dans leur jeunesse des folioles craspédodromes comme celles de Carya olivcefortnis j des Fagiis silvatica, qui dans certaines localités ont toutes leurs feuilles dentées avec pénétration des nervures jusqu'au sommet des dents. Plusieurs espèces fossiles diffèrent moins entre elles que ne font ces exemplaires de F. silvatica. Après avoir rapporté sommairement quelques exemples d'anomalies de même ordre, M. Fliche termine par de sages réflexions sur la prudence que réclame la détermination des végétaux fossiles. On ne saurait considérer que comme provisoires les espèces et les genres basés uniquement sur l'examen d'une feuille, tant que l'étude d'autres organes, des fruits en parti- culier, n'est pas venue corroborer la première détermination. P.Vuillemin.
Note sur uite substitution ancienne d'essences forestières aux environs de Nancy, par M. Fliche. — Il existe dans la forêt de Haye des retranchements dont l'ancienneté est évaluée à dix-neuf siècles au moins. Le retranchement est formé de pierres soudées grossièrement par de la chaux obtenue sur place en faisant agir le feu sur les pierres elles-mêmes. Le charbon provenant de cette opération et enclavé dans la maçonnerie est formé de hêtre, à l'exclusion du chêne et des diverses essences qui couvrent l'emplacement de ces antiques campements. Aujourd'hui le hêtre constitue souvent la masse du peuplement au centre de la forêt; il est beaucoup plus rare ou fait défaut à la périphérie. Cette substitution qui est surtout accusée dans les cantons appelés Fourasses, qui servent de longue date à produire le combustible pour les populations riveraines, n'est pas due à une loi d'alternance, mais à l'action de l'homme. Les exploitations irrégulières, mais à courtes révolutions étaient défavorables au hêtre, avantageuses au chêne et au charme. Œuvre de l'homme et non d'une fatale nécessité de la nature, cet état de choses peut être modifié. P. V.
CHRONIQUE
M. Léon Guignard, professeur à la Faculté des sciences de Lyon, vient d'être nommé professeur de botanique à l'Ecole supérieure de pharmacie de Paris.
Les Prix de Botanique à l'Académie des Sciences en 1886.
Le prix Barbier a été décerné à M. Eue. Collin pour un travail intitulé : Structure anatomlqite coTnparée des substances médicinales.— Anatomlc compa- rée des feuilles officinales.
Le prix Desmazleres a été attribué à MM. H. van Heurck et A. Grunow, pour un Synopsis des Diatomées de Belgique.
\^<t prix de la Fons Méllcocq a été partagé entre MM. G.\ston Bonnier et G. DE Layens d'une part et G. Camus d'autre pan pour deux ouvrages intitulés chacun Flore du Nord de la France.
Le prix Montagne a été décerné à M. le docteur Quélet pour son Encklrldlon Jungorum in Europa média et prsesertlm In Cailla vlgentltim.
Le Gérant : Louis Morot.
Parte. — J. Meriok, tm{).. 22, pi. DâuFert* fîochereaK,
I" ANNEE N» 3 15 MARS 1887
JOURNAL DE BOTANIQUE
Directeur: M. Louis MOROT
SUR UN NOUVEAU GENRE D'ASCOBOLÉES
Par M. le D' P. VUILLEMIN
Streptotheca, g-en. nov.
Réceptacle très petit, subsessile, d'abord cylindrique, puis épa- noui. Membrane externe surmontée d'une couronne de poils déli- cats, dépassés par l'hyménium mûr étalé ou convexe. Paraphyses très rares, plus courtes que les asques. Thèques cylindriques, claviformes, peu atténuées à la base, peu allongées (longueur, environ cinq fois le diamètre). 32 spores fusiformes, pâles, à paroi mince, à contenu dé- pourvu de granulations, agglomérées à la maturité en un amas ovoïde. Opercule très petit. L'asque présente dans sa partie supérieure un épaississement annulaire de la membrane, au-dessus duquel la paroi reste mince et se détruit la première sur les asques vides.
Par ses caractères et par son mode de vie, ce g-enre se rap- proche beaucoup du genre Ryparobms Boudier. Les dimen- sions ne sont pas supérieures; les thèques amples, les spores nombreuses, les paraphyses très rares, et jusqu'à l'habitat de Punique espèce trouvée jusqu'ici, qui couvrait presque entière- ment la surface d'une crotte de renard, sont des caractères com- muns aux deux genres. Comme chez les Ryparobius^ <c la marge est irrégulière et plus ou moins déchiquetée ; le disque n'est bien apparent que lorsqu'il est saturé d'humidité ; par la sécheresse il se resserre et le réceptacle n'apparaît que comme un point arrondi. » Cette citation empruntée à la diagnose du genre Ry- parobms^ par M. Boudier (i), s'applique au Streptotheca. Sec, il se montre comme un petit cylindre à peine dépassé par une couronne de poils. A l'humidité l'hyménium s'étale et les thè- ques recouvrent la membrane marginale refoulée.
Le caractère propre du genre repose sur la structure de l'extrémité libre de l'asque. La petitesse de l'opercule contraste
I. E. Boudier : Mémoire sur les Ascobolées. Annales des sciences nat., 5'" série, t. X, 1869, p. 237.
34 JOURNAL DE BOTANIQUE
avec les dimensions qu'il offre chez \^s Ryparobnis . Elle entraîne une conséquence importante, en s'opposant à la projection en bloc du contenu de l'asque. Quant à l'anneau d'épaississement, on n'en connaît pas de représentant dans le reste de la famille. Ces caractères nous ont engagé à faire de l'espèce que nous al- lons décrire le type d'une section de même valeur que la section Ryparobius ^ placée au voisinage de cette dernière, et que l'on considérera comme un genre ou un sous-genre, suivant l'idée qu'on se fait de la valeur des coupures établies parmi les Asco- bolées. Nous le nommerons Streptotkeca (aTpsTiTo;, collier; Ôr^xa, asque), pour rappeler sa structure caractéristique.
Streptotkeca Boudiert, sp. nov.
Nous connaissons une seule espèce de ce genre et nous sommes heureux et fier de la dédier à l'éminent mycologue^ dont les travaux ont tant contribué à faciliter l'étude des Ascobolées.
Nous avons rencontré le StreptotJieca Boitdïeri 2i\x commence- ment de décembre sur une crotte de renard recueillie aux Fonds
Strepiotheca Boiidieri.
A, réceptacle en cou- pe optique; B, pa- raphyses; C, asque vide; D, asque avec opercule soulevé; E, spore mûre; F, spore germant; G, spores cloisonnées.
A et B, gross. 315 C-G, gross. 440.
@ - ,0
de Toul, dans la forêt de Haye, près de Nancy, et placée sur le fond mouillé d'un cristallisoir couvert. Au bout de quelques jours, d'abondants exemplaires étaient répandus sur toute la surface comme des points incolores, translucides, bien recon- naissables à l'œil nu, sans dépasser 1/5 à 1/4 de millimètre. Aux caractères génériques tirés de cette unique espèce,
35 P- VuiLLEMiN. — Sur un nouveau genre d'Ascobolées.
nous ajouterons, pour compléter la diagnose spécifique, les mensurations suivantes : Paraphyses filiformes : 90 [J-. — Asques mûrs : 120 X 22 [J-. — vSpores mûres, en fuseau : 12,6 X 3."-.
L'anneau rigide résulte d'un simple épaississement de la pa- roi, faisant saillie à l'intérieur, sans que la membrane possède à ce niveau de réactions micro-chimiques spéciales. L'anneau me- sure environ 20 [j- de diamètre. Il délimite à l'égard du reste de Vasque une calotte rappelant assez bien par ses proportions l'opercule volumineux des Ryparobius . Nous ne sommes pas éloigné de considérer la calotte du Streptotheca comme homo- logue de l'opercule du Ryparobius . La différenciation d'une zone annulaire de la membrane qui, dans un cas, préparait la déhiscence, aboutit dans l'autre à un résultat tout opposé. Nous sommes d'ailleurs accoutumés par l'histologie des champignons à voir dans le gonflement d'une membrane le prélude d'une dis- solution, et nous ne saurions être surpris de voir un gonflement stable avec organisation définitive de la membrane gonflée se substituer à la gélification de la zone correspondante. Il y au- rait là une simple adaptation à des conditions de vie différentes, dont nous allons rechercher la nature.
Tandis que dans la plupart des Ascobolées, la spore a une coque très résistante composée d'une endospore et d'une exos- pore bien distinctes, chez le Streptotheca Bozidzei^i la paroi des spores reste mince, et cette propriété entraîne, comme chez les Mucorinées, une germination imm.édiate, si les spores trouvent des conditions convenables d'humidité. Cela posé, on ne s'éton- nera pas que les spores demandent aux parois de l'asque une protection que la membrane propre n'assure pas à chacune d'elles prise individuellement. Dans ces conditions^ un large ori- fice mettant rapidement les spores en communication avec l'ex- térieur rend la propagation précaire. Aussi voyons-nous la con- servation de l'espèce assurée par des dispositions spéciales. Chez les Ryparobius ., où la membrane des spores est mince, le nombre des fruits juxtaposés sur un support favorable et la quantité des spores qui devient innombrable dans les espèces à membrane très délicate {R. myrïosporus)^ compensent cette in- fériorité. Chez le Streptotheca Boitdierï, le même but est atteint par un procédé différent. Les spores sont au nombre de 32 seu- lement dans un asque ; mais la modification de la membrane qui,
36 JOURNAL DE BOTANIQUE
dans le cas précédent, déterminait la chute de l'opercule, en assure ici la persistance indéfinie.
Par suite d'une nouvelle adaptation, un opercule plus petit, laissant les spores sortir isolément et g-raduellement, apparaît au centre de la calotte. L'opercule physiologique, qui semble être ici l'analogue seulement et non l'homologue de celui des Rypai'obnts ^ ne dépasse pa'^ 3,5 — 4!^ de diamètre. Avant la déhiscence il se présente souvent comme une petite plate-forme, parfois un peu concave au sommet de la calotte. Après la chute de l'opercule, les bords de la calotte se fendillent et s'écartent, en sorte que l'orifice paraît bientôt plus grand que n'était l'oper- cule. Les débris de la calotte se détruisent ou se retournent de manière à disparaître sous l'anneau à l'intérieur de l'asque. L'an- neau résiste et empêche les incisures de s'étendre aux parois latérales du sporange. Sur de vieilles cupules, les asques vides rappellent, par suite de ces phénomènes, ceux des Ryparobms après la chute de l'opercule. Seulement l'orifice est pourvu d'un rebord épaissi, et la moindre attention fait apercevoir les restes plus ou moins altérés de la calotte.
Germination immédiate des spores. — Nos cultures ont été maintenues à une constante humidité. C'est à ce facteur que nous attribuons, par extension des résultats que nous a fournis l'étude des Mucorinées, les faits suivants.
Certains asques s'étaient partiellement vidés. Il ne restait pas plus de vingt spores dans chacun d'eux. Les spores étaient mé- langées d'un peu de substance granuleuse, qui s'échappait comme un léger nuage par l'orifice operculaire demeuré étroit, et qui résultait peut-être en partie de la destruction de quelques spores. Celles qui étaient dans l'asque n'avaient pas toutes conservé la forme caractéristique d'étroit fuseau ; la plupart étaient élargies, un peu raccourcies, devenues sensiblement ovoïdes, bien que leur substance conservât l'aspect primitif. Ces spores gonflées s'écartaient beaucoup plus de la forme spécifique que dans les cas observés par divers auteurs et notamment par M. Boudier, qui a cru pouvoir faire de l'hypertrophie des spores un carac- tère général des Ascobolées vraies (/. c, p. 205). M. Boudier remarque que, dans ces dernières plantes, le gonflement est une anomalie et non un début de germination, puisque la germination ne s'accompagne pas d'une semblable déformation. Il n'en est
A. Franchet. — Sur les Cleome a pétales appendicîdés. 37
pas de même chez le Strepfotheca : notre espèce se comporte ici comme certaines Mucorinées, dont les spores elliptiques se gon- flent au moment de la germination, ou même déjà, par suite d'une accélération évolutive, à l'intérieur du sporange (anomalie fré- quente chez le Thanimdium elegans^ le Sporodiiiia gr midis ^ etc.). Il s'agit bien en ce cas particulier, d'un début de germination. A côté des spores ainsi dilatées, on en trouve d'autres, à peine Sorties du sporange, qui émettent, sous forme d'excroissances aiguës, le premier vestige des filaments-germes.
Le même processus de gonflement aboutit aussi à une divi- sion des spores. Nous avons observé plusieurs exemples de ce phénomène dans les spores restées incluses dans l'asque. La spore présentait une cloison transversale. Une seconde cloison divisait ça et là un des segments. Parfois ces sporidies se con- tractaient et s'écartaient manifestement de la membrane primi- tive : leur origine pourrait donc être comparée à celle des zoos- pores dans une conidie de Peroiiospora; comme cette dernière, l'ascospore deviendrait accidentellement un sporange. C'est bien un sporange réduit à sa plus simple expression, se reliant direc- tement aux véritables spores endogènes. Ce fait n'en a que plus d'intérêt pour montrer combien la limite entre une spore et un sporange, et, d'une façon plus générale, entre les corps repro- ducteurs exogènes et endogènes, est artificielle, et, dans les cas extrêmes, difficile à retrouver dans la nature. A vrai dire cet exemple de spore endogène renfermant elle-même d'autres spores endogènes prouve indirectement qu'il n'y a entre les spores endogènes et les spores exogènes qu'une différence liée à l'adaptation, et que ces caractères, si constants dans certains groupes qu'ils méritent d'être envisagés comme des types de caractères héréditaires ou phylétiques, sont néanmoins essen- tiellement soumis aux influences des milieux.
SUR LES CLEOME A PÉTALES APPENDICULÉS fjîjij .
Par M. A. FRANCHET
CLEOME SECT. NOV. Thylacophora. Fetala ad unguem squamula flabelliforme aucta. Plantae arabicae, plus minus glanduliferae, perennes, dumosae;
38 JOURNAL DE BOTANIQUE
folia simplicia orbiculata vel ovata; flores lutescentes, petalis in unguem brevera contractis; stamina sœpius 4, nunc 10-14; capsula crassa, dense glandulosa, seminibus glabris.
Conspectus specierura.
Stamina 10-14. C. chrysantha.
Stamina 4-6.
a. brevistylae (stylus 23 mm. longus).
C. quiiiquenfrvia. — Bractese minimse vel nullae; pedunculus flo- rem vix œquans ; capsulae ovato-oblongae.
C. Noeana. — Bracteae minimae vel nullae ; pedunculus florem vix aequans ; capsulae oblongo-lineares.
C. brachystyla. — Bracteae foliis tantura paulo minores, ovatae, brevipetiolatae ; flores longiuscule pedunculati.
p. longistylae (stylus 6-10 mm. longus).
C. droserifolia. — Fob'a orbiculata, floralia consimilia, omnia longe petiolata.
C. pruinosa. — Folia ovato-cordata, apice breviter producta, flo- ralia consimilia, omnia longe petiolata.
C. ovalifolia. — Folia e basi rotundata ovalia, floralia obovato- cuneata, breviter petiolata.
C. polytricha. — Folia cordato-suborbiculata, floralia vix minora» consimilia, profunde et auguste cordata, reflexa.
1. C. chrysantlia Decne, FI. S/'u., p. 50; Boiss., F/, or. I.,
p. 416.,
In deserto Sinaitico, ad Wadi Gurra ( Au-
cher, n. 413; Schimp. n. 377; Unio it-u.);
Méhédiné Azal, in deserto interBoret Sinai;
inter Handeock et Koie (Ehrenberg) ; Nubia,
in arenosis ad rupes trachyticas magni deserti
provinciae Berber (Kotschy, n. 362; Unio
itin.).
Dans cette espèce, bien caractérisée par ses étamines nombreuses et ses pétales égaux entre eux, l'écaillé est divisée en nombreux petits lobes qui sont eux mêmes ' tt >,ffi^tt émarginés et s'imbriquent légèrement
par leurs bords.
2. C. quinquenervia DC, Prodr. I., p. 239; Boiss., FI. or. I., p. 416.
A, Franchet. — Sur les Cleome a pétales appendiculés. 39
Persia (Olivier, Bélanger); Ispahan (Aucher, n. 4182); Persia auslralis (Aucher, n. 4183); Afghania inter Tebbes et Herat (Bunge, n 13) ; India, in Sindh et Punjab occid. (Griff. ex Hook. et Thomps.).
Les deux grands pétales sont lancéolés del- toïdes, un peu obtus ; l'écaillé larg-ement arron- die, entière et à peine ondulée sur le bord. Les feuilles ont g-énéralement 5 nervures, mais les deux latérales sont quelquefois peu visibles ; les bractées, lorsqu'elles existent, sont oblongues. .^^ "^
3. C. Noeana Boiss., Diagn. ser. Il, i. p. 48; FI. or. I. p. 415.
Kurdistan, in subalpinis prope Kirrind (Noe exsicc. n. 15, in herb. Mus. par.; n. ii26ex Boiss.); Afghanistan (Griff., n. 166).
Diffère du C. qiu'iiquenervia par ses capsules plus allong-ées, presque linéaires, et ses bractées orbiculaires-cordiformes, lors- qu'elles existent.
4. C. brachystyla Deflers, Btdl. Soc. bot. de Fr. vol. XXXIV (mox edendum); C. hispida Ehrenb. , herb. Arab. inédit. , ex sche- dula herb. Musei parisiensis.
Arabia, in summo monte Ketumbut (Ehrenb., dis- trib. herb. Berol.); Adcn (Courbon, n. 368; Balansa); ,;
Aden, in valle Kusaf (Deflers!); insula Kamaran, in Mare Rubro (Faurot). t ' \.
Espèce bien caractérisée par ses feuilles flo- rales peu diminuées, et ses pédoncules allongés. Le nom spécifique donné par Ehrenberg a l'anté- I ,( lï A riorité sur celui qui vient d'être attribué par Ef^ '"uk^'^ M. Deflers. Mais, outre qu'Ehrenberg n'a fourni ï ^ -/ aucune description de la plante, plusieurs espèces ? paraissent avoir été distribuées par le Musée de Berlin squs le nom de C. hispïda. Celle que le Muséum de Paris a reçue sous ce nom est certainement le C. brachystyla Deflers.
5. C. droserifolia Del., FI. d'Egypte, p. 35, tab. 36, fig-. 2; Boiss., FI. or. I. p. 415.
iEgyptus, in desertis (Delile); Suez (Aucher, n.414); Suez et Sinai (Bové, n. 144); Haykock, in littore Maris Rubri (Courbon, n. 329); Arabia, ad Mascate (Aucher, n. 4185») et ad WadiTolkik (Ehrenberg);
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410 JOURNAL DE BOTANIQUE
ÏQ alveis lapidoso-arenosis, prope Suez (Letourneux, n. i8).
{i| Le C droseinfolia est toujours très glandu-
leux ; ses feuilles sont orbiculaires, quelquefois lé- gèrement échancrées à la base ; les feuilles florales sont à peine plus petites et tout aussi longuement pétiolées que les caulinaires.
6. C. prmnosa T. Anders., Joiirn. of Linn. soc. V, p. 3; Deflers, Bidl. soc. bot. de Fr. vol. \ ;î XXXII, p. 346.
Aden, copiosissime (Perrotet, Remy, Courbon); in planitie Màla et in collibus Steamer-Point dictis (Deflers).
Très voisin du précédent, mais plus glau- que et souvent moins glanduleux, ou même glabrescent ; la forme des feuilles est un peu différente et, au lieu d'être arrondies comme celles du C. di^oserifoh'a, elles se prolongent très brièvement en pointe. Dans la forme rap- portée par Courbon, les feuilles sont à peu près glabres et presque exactement cordi- formes.
**-"--"«™°™-'°*-^^--^ 7, C. ovalifolia., sp. nov. — C. drosevi-
foh'a Franch., Sert, somalense, n. 6. (non Delile.)
Glanduloso-setulosa, ramosa; folia mo- t -A dice petiolata, pallide viridia, utraquefacie
tenuiter pubescentia. sparse glandulosa ; limbus ovatus, trinervis e basi rotundata ovatus, apice abrupte et brevissime mucro- nulatus ; bracteae foliis paulo minores bre- viter petiolatae, obovatae ; pedicelli graciles, lonofe racemosi, sub anthesi bracteam su- perantes; sepala et petala extus pulveru- lenta lanceolata, acuminata, petalis sepala 1 iî vix excedentibus ; squama margine undu-
lato-crispa, nunc subtriloba, tenuiter denticulata; stamina 4 pe- talis plus duplo longiora; stylus sub anthesi 7-8 mill. longus; capsula oblongo-linearis, puberula, parce glandulosa; semina glabra.
J. CosTANTiN. — La flore du littoral. 41
In planitie Yaffar (Ouarsanguelis), regionis Somalensis (Revoil).
Port du C. brachystyla, mais facilement distinct par son long style.
8. C. polyfrî'cha^ sp. nov. — C. hispida Deflers, Bîdl. soc. bot. de Fr. xxxil, p. 346 (non Ehrenb. in herb. Mus. par.).
Robusta, tota dense piloso-setulosa, "
glandulosa; folia longe petiolata, limbo ^ orbiculato-cordato, trinervi, vel obscure
5-nervi ; folia floralia (bracteae) foliis eau- --
linis tantum paulo minora, reflexa, orbi- te
culata profunde et anguste cordata, sub- W^^
sessilia; pedunculi sub anthesi bractea sub- W2 L
duplo longiores patentes; sepala lanceo- fc'^^^LJ^F/
^mw y
lata, puberula et longe glandulosa ; petala K^ ^t
calycem paulo excedentia, late lanceolata, ;> i^^'^ -..
apice herbacea etpilosa; squama margine
undulato-crispa, nunc subtriloba; stamina 4, petala triente su-
perantia; stylus sub anthesi 7-8 mill. longus ; capsula oblongo-
lanceolata, glandulis dense vestita, in pedunculo patente ascen-
dens; semina glabra.
In littore africano Tedjourah dicte, in locis calcareis (Boivin, n. 1084); Aden (Courbon, Beaudoin), in planitie Mâla, inter saxa delabentia ad Cham-Cham (Deflers, sub : C. hispida).
Très distinct, parmi les Cleoine à longs styles, par ses feuilles florales réfractées presque sessiles, offrant à la base une profonde et étroite échancrure dans laquelle passent les pédoncules.
OBSERVATIONS SUR LA FLORE DU LITTORAL (fin)
Par M. J. COSTANTIN.
Marais salés de l'intérieur. — On a depuis longtemps signalé sur les bords des marais salés de l'intérieur de la France une flore particulière qu'on ne retrouve plus dès qu'on s'en éloi- gne tant soit peu.
En Lorraine, à Dieuze, Vie, etc., on rencontre :
Salîcornia herbacea L. Apium graveolens L.
Aster Tripolium L. Triglochin maritimum L.
42 JOURNAL DE BOTANIQUE
En Auvergne, à St-Nectaire :
Sperg-ularia marg-iuata Fenz. Glaux maritima L. Trig'lochin maritimum L.
Dans l'Allier :
Glaux maritima L. Trifolium maritimum Huds.
Plantag-o maritima L. Atriplex rosea L. Juncus Gerardi Lois.
Plantago Coronopus L., var. mari- tima. Gl)-ceria distans Wahlenb.
Quelquefois c'est une seule espèce qui s'observe près d'une source salée.
Les espèces submergées qu'on trouve dans ces eaux sau- mâtres sont les mêmes que celles qu'on peut recueillir dans les marais salants du littoral : Ruppia rostellata Koch. ] Ranunculus Baudotii Godr.
Les petites florules précédentes sont de véritables colonies sans rapport avec la végétation qui les environne. Les plantes marines n'existent donc dans l'intérieur des terres qu'autour des marais salés.
Sur les bords de la mer, la répartition des espèces mérite de fixer l'attention.
RépaiHitioii géographique. — Quelques-unes d'entre elles se
retrouvent de Bayonne à Dunkerque :
Cakile maritima Scop. Eryngium maritimum L. Beta maritima L.
Honkeneja peploides Ehr. Artemisia maritima L. Convolvulus Soldanella L. Obione portulacoidcs Moq
Psamma arenaria R. SchuU.
D'autres s'élèvent à une latitude plus ou moins élevée sur nos côtes :
Matthiola sinuata R. B. (de Bayonne
à Cherbourg). Galium arenariumLois (de Bayonne
à Brest. Linariathymifolia D. C. (de Bayonne
à La Rochelle). Erj'thraia chloodes Gr. God. (de
Frankenia lavis L. (de Bayonne à Nantes).
Dianthus gallicus Pers. (de Saint- Jean de Luz à Quimper).
Medicago striata Bast. (de Bayonne à Quimper).
Statice occidentalis Llyod ( de Bayonne à la Manche).
Bayonne à la Charente-Inférieure).
Plusieurs espèces semblent descendre du Nord comme X Obione pedunctilaia Moq., plante de Suède, que l'on retrouve à Dunkerque (M. Hariot), à Calais et à l'embouchure de la Somme.
J. CosTANTiN. — La flore du littoral. 4J
Enfin, quelques-unes de ces plantes marines sont localisées en des points peu nombreux ; telles sont :
Lathyrus marititnus Fr. (embou- chure de la Somme).
Althenia filifor nis Petit (quelques marais de Tîle d'Oléron).
Eryng-ium viviparum Gay (quelques localités du Morbihan).
Statice Dubyei Gr. God. (à la Teste
de Buch), Statice rariflora Drej. (Morbihan^
Finistère). Narcissus reflexus Lois. (îles Glé-
nans, seule localité connue).
L'aire géographique des espèces est donc très variable; restreinte à une étroite bande de territoire tout le long de la côte de l'Océan pour celles du premier groupe, elle se réduit, pour celles du dernier, à quelques points qui peuvent être uni- ques à la surface du globe.
J'ai signalé, au commencement de cette étude, l'existence d'un certain nombre d'espèces qui, bien qu'ordinairement marines, peuvent s'éloigner plus ou moins de la côte. Quand on étudie avec soin leur migration, on remarque que c'est souvent en sui- vant les fleuves qu'elles s'éloignent de la mer ; ceci s'explique aisément par le mélange des eaux douces et salées qui se produit à l'embouchure. Cependant d'autres raisons doivent être invo- quées pour rendre compte de la présence de quelques-unes de ces plantes à une grande distance de l'embouchure des fleuves ou même tout à fait dans l'intérieur des terres. Ces espèces peu- vent évidemment se développer dans un terrain non salé.
Il y a d'ailleurs des transitions entre les différents groupes de plantes que j'ai pu observer à la pointe de Grave. Il y a certai- nement bien des intermédiaires entre les plantes du centre qui se modifient et celles qui ne se modifient pas en se développant au bord de la mer. Il est, en second lieu, souvent difficile de sa- voir si l'on a affaire à une plante de l'intérieur qui s'avance au bord de la mer ou à une plante du littoral qui s'éloigne de la côte. Il y aurait lieu de rechercher des stades de passage entre les espèces exclusivement marines et les espèces marines pouvant s'éloigner du bord de la mer. Ces intermédiaires paraissent moins nombreux que dans les cas précédents ; peut-être doit-on attri- buer ce résultat à l'inattention des observateurs, car quelques faits indiquent l'existence de ces transitions entre ces deux grou- pes de plantes .
\J Aster Tripolmin, plante franchement marine, a été observé
44 JOURNAL DE BOTANIQUE
sur les bords de la Gironde très loin de l'embouchure. Le Salsola Kah', espèce du littoral, peut remonter les fleuves jusqu'aux Alpes et aux Pyrénées. 11 est vrai que dans ces conditions nou- velles de développement l'aspect de ces plantes change profon- dément. 'L'Aster Tripolitim, qui est une plante presque naine dans les prés salés de la Teste de Buch, se transforme en indivi- dus gigantesques et très abondamment ramifiés. Le Salsola peut se fixer en une forme de l'intérieur qui n'a plus ses feuilles charnues {S. Tragits).
Toutes ces remarques concourrent à montrer que l'on peut trouver à l'heure actuelle à la surface du globe une série d'es- pèces marines s'adaptant de plus en plus à la vie terrestre.
En un mot, la géographie botanique amène à cette conclu- sion probable qu'à l'heure actuelle le développement d'une es- pèce terrestre dans un terrain salé ou d'une espèce marine dans un terrain non salé détermine des modifications plus ou moins profondes dans son organisation. Cette conclusion deviendra certaine et donnera un sens profond à tous les faits de géogra- phie botanique si l'expérience, c'est-à-dire la culture, vient la justifier.
Ctiltitre. — M. Llyod a démontré que le Chrysantheutum 'maritimutn L. {Pyrethriun inaritiimim Sm., Triplenrosper- Tmiin maritiimim Koch), cultivé pendant une année à Nantes donne le Chrysantheinum inodortim L. {Pyr. inodomm Sm., Chainomïlla l'jiodora Koch). Or les caractères distinctifs de ces deux espèces sont assez nombreux pour que Koch ait pu les ranger dans deux genres différents :
Ck. marithnutn Péricline otnbiliqiié à la maturité. Achaines gros dont la longueur ne
dépasse pas la largeur. Feuilles à lanières charnues, caré- nées en dessous.
Ck. inodorum
Péricline //a!» à la maturité Achaines petits, ttne fois plus longs
que larges. Feuilles à seg-ments _/?«j, canalicu-
lés Sîir le dos.
Grenier et Godron rapportent également que \ Hieraciunt eriophorum cultivé au jardin botanique de Bordeaux, y a perdu les poils dont il est ordinairement couvert.
Il est vraisemblable que ces résultats précis se confirmeront au fur et à mesure que les expériences deviendront plus nom- breuses. Il est, en outre, probable qu'une étude anatomique at-
Dangeard. — Recherches sur les Organismes inférieurs. 45
tentiverévèlerapartout des modifications, même quand l'aspect extérieur n'en fait pas soupçonner.
On peut dire, en résumé, que le développement des plantes dans les terrains salés détermine à des degrés divers îin épaississe- ■ment des feuilles ^ des tiges et des frttits, un changement dans la nuance verte delà plante, et, dans quelques cas, une production abondante de poils sur tout l'ijtdividu.
Indépendamment de ce résultat spécial, les expériences dont je viens de parler auraient une grande portée si on les générali- sait. Il existe certaines espèces entre lesquelles, dans la nature, on peut trouver des formes de passage; les travaux de Jordan et de tous ceux qui se sont occupés de l'étude approfondie d'un genre, nous en ont fait connaître un grand nombre. Ces formes se reproduisent habituellement par graines en restant identiques à elles-mêmes ; cela ne tient-il pas à ce qu'en général les condi- tions dans lesquelles elles poussent sont les mêmes ? Ne serait-il pas possible, en faisant varier ces conditions, de passer d'une forme à une autre, même très différente, et, en continuant l'expé- rience pendant une plus longue suite de générations, d'une espèce à une espèce voisine ?
VARIETES
Recherches sur les Organismes inférieurs (Thèse présentée à la Faculté des Sciences de Paris par M, Dangeard).
Depuis que les récents perfectionnements des instruments grossis- sants ont permis de scruter jusque dans ses moindres détails l'organisa- tion des êtres, l'étude des infiniment petits a tenté plus d'un natura- liste. La difficulté de ces recherches ne réside pas seulement dans l'extrême petitesse des objets étudiés, mais encore et surtout dans la recherche des objets eux-mêmes. Trouver une Vampyrelle ou un Chy- tridium n'est pas en effet chose aussi facile que de récolter un pied de Potentille ou de Lotus. Aussi est-il très rare de voir un commençant débuter dans la carrière scientifique par un travail sur les organismes inférieurs. On doit donc féliciter M. Dangeard d'avoir mené à bonne fin les recherches qui lui ont valu le grade de Docteur ès-sciences na- turelles.
Parmi les êtres étudiés dans ce tiavail (qui confine à la fois à la Botanique et à la Zoologie, mais que la Faculté a accepté comme thèse de Botanique) , les uns, tels que les Vampyrelles, sont rangés parmi
46 JOURNAL DE BOTANIQUE
les animaux ; les autres, tels que les Ancylistes, sont des végétaux. Le problème de la distinction entre les deux règnes s'est donc posé naturellement à l'esprit de l'auteur. On sait combien ce problème est difficile, et comment tous les naturalistes qui ont cherché à le résoudre ont échoué. Ces précédents n'ont pas effrayé M. Dangeard qui, dans la première page de son travail, nous annonce qu'il a trouvé un crité- rium pour distinguer un animal d'un végétal. « Si l'être dont la place est douteuse, dit-il, introduit les aliments tels quels à l'intérieur de son protoplasma et les y digère, c'est un protozoaire; au contraire, la di- gestion se fait-elle par tout ou partie de la surface, les résidus de la digestion sont-ils extérieurs, c'est un végétal. »
Ce critérium étant tiré de la nutrition, et tous les êtres se nourris- sant, ou ne sera plus embarrassé, il n'y aura plus de formes flottantes. Malheureusement le jury n'a pas été de cet avis, et l'un des examina- teurs a fait à ce sujet quelques observations qui ont convaincu tout le monde, excepté peut-être M. Dangeard. Il est intéressant de repro- duire, dans ce qu'elles ont d'essentiel, ces critiques faites par un juge compétent.
D'abord, pourquoi chercher une limite entre le règne animal et le règne végétal ? Cette limite existe-t-elle ? Si quelque chose doit nous étonner, ce n'est pas qu'il y ait encore des êtres qu'on ne sait dans quel règne placer, mais plutôt que les critériums indiqués par les natu- ralistes puissent autant restreindre le nombre de ces formes indécises. Le concept animal et le concept plante sont des concepts de l'esprit humain, subjectifs et non objectifs, applicables à la majorité des cas mais non à tous. La nature n'est pas tenue à se conformer à nos classi- fications ; pour elle, il n'y a que des êtres vivants, revêtant les formes les plus variées et jouissant des propriétés les plus diverses. Dans le problème qui nous occupe, comme dans beaucoup d'autres en his- toire naturelle, les progrès de la science ne font que montrer les diffi- cultés et reculer la solution.
Revenons au critérium de M. Dangeard pour en faire quelques applications. Lorsqu'un haricot germe, il digère l'amidon renfer- mé dans l'intérieur même du protoplasma de ses cotylédons. Donc le haricot est un animal. Comment, d'autre part, se fait la diges- tion chez l'homme ? Les aliments sont digérés dans l'estomac et les intestins. Or, tout le inonde sait que la surface du tube digestif est en continuité parfaite avec ce qu'on appelle vulgairement la surface du corps. Les aliments qui traversent le tube digestif ne cessent donc pas un seul instant d'être extérieurs au corps de l'homme, et par consé- quent l'homme est une plante.
A coup sûr, M. Dangeard n'a pas dû être peu étonné d'entendre un de ses juges tirer de pareilles conclusions de son travail , Mais aussi
A travers les Sociétés et les Revues. 47
pourquoi s'attaquer à un problème insoluble? La thèse de M. Dan- geard est remplie de faits intéressants et d'observations originales qui dénotent une aptitude réelle aux recherches. Que ne s'en est-il tenu là? Les sciences d'observation ne sont pas comme les mathématiques, oîi tout peut se définir d'une façon absolue. En histoire naturelle, comme l'a dit Claude Bernard, il n'y a pas de définitions.
A TRAVERS LES SOCIÉTÉS ET LES REVUES
SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE
Séance du 25 février 1887. — M. Camus signale une station du Polygala vulgaris var. Lensei.
M. Prillieux expose le mode de propagation vraisemblable du Mildew ou Peronospora viticola. Ce serait par les cultures basses de la vigne que la maladie se propagerait. Les spores d'hiver se trouvent sur le sol par suite de la décom- position des vieilles feuilles, et l'on a remarqué que les premières taches du Mildew se manifestent aux endroits où un peu de boue a été projetée.
M. LoRET envoie une note sur le RubtiS collinus D. C.
M. Timbau-Lagrave présente quelques remarques sur la variabilité des ma- cules du Lamium mactilatum.
M. A. Chatin fait une communication sur les plantes montagnardes des envi- rons de Paris.
M. DE Nanteuil établit l'identité de VOrchis brevicornis et de \Orchis Spitselii.
M. Beschekellë présente un travail sur les espèces de Mousses récoltées au Tonkin.
ACADÉMIE DES SCIENCES
Séance du 31 janvier. — M. Vesque dans une nouvelle note sur les canaux sécréteurs et l'appareil aquifère des Calopkyllum persiste, contre l'opinion de M. Trécul, à refuser toute signification physiologique au rapprochement de ces deux sortes d'appareils. Il considère comme accidentel l'écoulement de l'émul- sion dans les trachéides de l'appareil aquifère, et critique en tout cas le nom A'organes d'élaboration donné par M. Trécul à ces trachéides qui sont des cel- lules mortes, incapables par conséquent d'aucun rôle actif. Il ne regarde pas non plus comme justifiée l'objection tirée par son contradicteur du petit diamètre des éléments constitutifs de l'appareil aquifère.
Séance du 7 février. — MM. Millakdet et Gayon concluent de leurs der- nières recherches relatives à l'action exercée par les composés cuivreux sur le développement du Mildew que le cuivre est surtout absorbé par la cuticule, qu'il se localise dans cette membrane et y est énergiquement retenu.
M. Mer indique les principales circonstances dans lesquelles se produisent dans le Sapin et l'Epicéa ces veines ou zones de tissu de couleur orange et d'une grande dureté que les ouvriers nomment le bois rouge, tissu caractérisé d'une manière générale par la lignification et la coloration de ses éléments à l'intérieur desquels se dépose en même temps de la résine. Il résulte de ses observations que « le bois rouge se forme quand il y a excès de matières nutritives sur un point, que les accroissements soient faibles ou très développés ».
Séance du 21 février. — M. A. Chatin, dans une nouvelle noie sur les plantes montagnardes parisiennes, pose les conclusions suivantes : « i* La flore des Alpes n'est pas formée de colonies venues de Scandinavie; elle est auto, chtone. 2" La florule montagnarde de Paris n'est pas descendue des Alpes; elle est aussi aborigène, et réduite de nos jours aux espèces placées dans certaines sta- tions réunissant des conditions compatibles avec leur existence. 3° L'origine de
48 JOURNAL DE BOTANIQUE
la plupart des plantes actuelles de l'Europe, celle notamment des CoroUiflores, de toutes les plus élevées dans l'échelle des espèces végétales, ne remonte pas au delà des terrains quaternaires. 4* Il y a eu pour les végétaux successivité et pluralité de centres de création. »
M. Mer présente une note sur la formation du bois gras dans le Sapin et l'Epicéa. Ce phénomène consiste dans une imprégnation de résine à la suite de laquelle le bois devient dur, se coupe comme de la corne, et prend l'aspect qui lui a fait donner son nom. C'est toujours dans le bois rouge que prend naissance le bois gras; mais celui-ci n'acquiert 1 aspect qui le caractérise que lorsque l'imprégnation de résine a envahi les parois des trachéides. Il y a là encore un acte physiologique en relation avec la nutrition ; comme le bois rouge, et par une exagération des circonstances dans lesquelles celui-ci prend naissance, le bois gras se produit lorsque le développement d'un tissu ne correspond plus à la quantité de nourriture qui lui arrive.
CHRONIQUE
M. EicHLER, professeur à l'Université de Berlin et directeur du Jardin bota- nique de cette ville vient de mourir à Tàge de 48 ans. Privat-docent de botanique en i86^ à l'Université de Munich, professeur au Polytechnicum de Graz en 1871, il avait été nommé à l'Université de Berlin en 1878. Ses travaux les plus remar- quables sont : le Développement de la feuille (Marburg, 1861), les Diagrammes des fleurs (Leipzig, 1875-1878), les Fleîtrs femelles des Conifères (Berlin, 1881). Il a écrit la monographie d'un certain nombre de familles pour le Flora brasi- liensis de Martius, et depuis 1881 il dirigeait \& Jahrbuch des koeniglichen bota- nischen Gartens tmd des botanischen Muséums su Berlin.
M. Bornet vient de publier une intéressante notice sur L. R. Tulasne, où il met pleinement en relief le caractère de cet homme de bien, de ce savant émi- nent qui est une des plus grandes gloires de la botanique française au xix' siècle. Sa vie s'est écoulée « silencieuse dans le recueillement du travail et des bonnes œuvres ». Il étudia d'abord le droit à Poitiers et devint deuxième clerc de no- taire dans une étude de cette ville. A la mort de son père, se trouvant dans une grande aisance, il abandonna cette voie, se fit nommer aide-naturaliste au Mu- séum en 1842, et commença la longue série des travaux qui ont illustré son nom. Le souvenir de son trère Charles, qui fut son collaborateur infatigable, doit être associé au sien. « Toute leur vie, les deux frères vécurent ensemble dans la plus parfaite intimité : l'aîné plus sérieux, plus réservé, supérieur par la valeur intel- lectuelle et la culture littéraire ; Charles plus expansif, plus attirant : l'un la pensée, l'autre l'action ; tous deux d'une bonté rare, d'une douceur exquise, d'une charité sans mesure. » Leur œuvre ne consiste pas seulement en ces ouvrages magnifiques le Selecta Fimgorum Carpologia et le Fungi hypogxi qui fixeront à jamais le souvenir de la grande découverte du polymorphisme des Champi- gnons, mais aussi dans « ces fondations pieuses et charitables, écoles, hospices, églises, que leur main libérale a semées sur divers points de la France ».
En parlant de Tulasne, le nom de Thuret, cet autre cryptogamiste illustre, se trouve tout naturellement sous la plume de son ancien collaborateur. Riches tous les deux, « ils eurent des goûts semblables pour la retraite, la vie cachée, les mêmes préoccupations de faire le bien sous toutes ses formes ». Leur mort a laissé un grand vide car ils étaient de « ceux qu'on ne remplace pas aisé- ment » et on sentait qu'avec eux « une grande force était sortie du monde ».
Le Gérant : Louis Morot.
Paris. — J. MersÈk, Lmi<., 22, p4. b^ufe^t- ncKrhcreall.
l'e ANNEE
N' 4
1" AVRIL rS£'?
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JOURNAL DE BOTANIQUE
Directeur: M. Louis MOROT
LES RECENTS TRAVAUX
SUR LE
TISSU ASSIMILATEUR DES PLANTES
Par M. Léon DUFOUR
L'appareil assirailateur des végétaux a été, dans ces dernières années, l'objet de plusieurs travaux importants, et sa structure anatomique, la disposition des cellules qui le constituent, la répartition dans les cellules des grains de chlorophylle, ont été interprétées de façons fort diverses par les deux principaux au- teurs, MM. Haberlandt et Stahl, qui se sont occupés de la ques- tion. Ce désaccord dans les conclusions est dû à ce que ces deux savants ont été guidés par des tendances scientifiques très diffé- rentes. Nous nous proposons, dans cette étude, d'exposer et d'apprécier les méthodes qui ont conduit à des résultats si divers.
M. Haberlandt s'efforce de chercher si la structure anatomique du tissu chlorophyllien, si variée, au moins en apparence, dans les diverses plantes, ne présente pas un caractère commun, se retrouvant partout, malgré des différences de secoi'kd ordre, et qui soit en relation avec le rôle physiologique de ce tissu. Ce qu'il cherche donc, c'est la raison physiologique de la structure anatomique. Pour lui, étudier quel rôle un tissu joue dans un être vivant, montrer que les diverses dispositions anatomiques qu'il peut présenter concordent avec sa fonction, voilà ce qu'il appelle chercher « l'explication physiologique de la structure anato- mique. » M. Haberlandt oppose ce genre d'explication à « l'ex- plication mécanique. » La forme d'une cellule, la structure de sa paroi, etc., sont le résultat ultime de forces internes ou externes qui sont toutes des forces physiques et chimiques ; expliquer le lait anatomique par le jeu de ces forces, c'est en donner l'expli- cation mécanique. Or, cette dernière seule m4rite effectivement le nom d'explication.
50 JOURNAL DE BOTANIQUE
Donner l'explication complète d'un phénomène, ce n'est pas, en effet, montrer le rôle utile que joue ce phénomène ; c'est faire voir que tels corps se sont montrés en présence les uns des autres, que telles forces ont agi sur eux, et que c'est en vertu des pro- priétés de ces corps, en vertu des lois connues, que le phéno- mène a pris naissance. Que ce phénomène soit un simple fait, ou le résultat d'une succession compliquée de faits, comme peut l'être la structure anatomique d'un tissu, il n'importe; seulement, dans ce dernier cas, la difficulté pour trouver l'explication com- plète sera plus considérable, il faudra pour la donner résoudre successivement un plus grand nombre de problèmes secondaires. Quant aux causes elles-mêmes des propriétés des corps en présence ou de l'action des forces naturelles sur ces corps, qu'on les connaisse ou non, peu importe pour le problème en question. Un phénomène est expliqué quand on a prouvé qu'il est la con- séquence de propriétés connues et de lois démontrées. Nous ignorons assurément la cause dernière pour laquelle la matière obéit à la loi de la gravitation universelle. Néanmoins lorsque notre immortel Leverrier a démontré que certaines perturbations dans le mouvement d'Uranus^ étaient causées par l'attraction d'une planète inconnue jusqu'alors, et qu'il a fait voir que la loi de Newton rendait compte de toutes ces irrégularités apparentes, il a par cela même expliqué le mouvement d'Uranus.
De travaux antérieurs aux siens (i), M. Haberlandt conclut que l'énergie assimilatrice des plantes est proportionnelle à la quantité de chlorophylle qu'elles contiennent; de là l'utilité de dispositions permettant l'existence d'un plus grand nombre de grains de chlorophylle, et, comme ces grains sont généralement disposés le long des parois cellulaires, utilité de l'augmentation de ces parois. Donc, premier principe : grand développement en siirface des parois cellulaires . L'auteur en voit l'application dans l'existence de ces portions de membranes qui pénètrent dans l'intérieur des cavités cellu- laires, comme on en constate, par exemple, chez ^'farendi'>^mT'"d'une 1^ Piuus sylvesU'is (fig. i), et aussi dans la forme
feuille de Pin.
I. Weber : Ueber specifische Assimilationsenergie. (Dissert, inaug-. Wûrz- burg, 1879.) Voir aussi Sachs, Arbeiten des Bot. Instituts in Wûrzburg, vol. II, fasc. 2, p. 323.
L. DuFouR. — Récents travaux sttr le tissu assimilateur des plantes. 51
étroite des cellules en palissade qui permet, sur une même lon- gueur, un plus grand nombre de cellules et, par suite, une plus grande surface de parois qu'une forme plus élargie.
Jusqu'ici, nous n'avons pas eu à signaler l'orientation de ces plissements et la direction des parois cellulaires. D'où vient donc l'orientation si générale des cellules chlorophylliennes? C'est qu'un second principe s'ajoute au premier. Pour remplir le mieux possible son rôle, le tissu assimilateur doit non seulement assi- miler le plus possible, mais permettre le facile départ des pro- duits d'assimilation vers les régions du végétal où ils sont utili- sés. Donc, second principe : enlèvement des produits assimilés par le phts cozirt chemin possible.
Supposons, pour fixer les idées, que par l'intermédiaire des grains de chlorophylle il se constitue du sucre dans la cellule. Il est utile qu'il se produise un courant dans une direction unique d'une extrémité à l'autre de la cellule et, de là, dans les appareils conducteurs; pour atteindre ce but, les parois cellulaires qui portent les grains de chlorophylle ne devront pas présenter des orientations variées, mais elles devront être allongées dans le sens du courant. De là la naissance des cellules étroites, allon- gées, du parenchyme en palissade qui se présente comme la forme la plus typique du système assimilateur.
Après cet exposé théorique, M. Haberlandt passe en revue une série de types de structure dans lesquels le système assimi- lateur est plus ou moins perfectionné, mais toujours régi par les principes établis. En .vertu de ces principes, les cellules assimila- trices allongées doivent, nécessairement, se mettre en rapport intime avec les faisceaux conducteurs ou leurs gaines. Par suite, l'orientation des pahssades perpendiculairement à la surface des feuilles n'est pas l'orientation essentielle ; aussi, fréquemment, on constate que les palissades sont déviées de cette direction ou se recourbent afin de rejoindre plus directement le système conduc- teur (diverses Conifères, par ex.); ailleurs (certaines Graminées, Equisetum) les cellules assimilatrices sont disposées radialement autour des faisceaux. Nous verrons plus loin quel parti M. Ha- berlandt tire de ces dispositions pour défendre ses idées.
M. Stahl a aussi étudié le système assimilateur, mais sans en- visager la question à un point de vue aussi général que M. Ha- berlandt, sans prétendre donner l'explication de sa structure.
52 JOURNAL DE BOTANIQUE
Cependant, si chercher l'influence qu'une cause déterminée exerce sur le développement d'un tissu est fournir un élément à l'expli- cation de la structure de ce tissu, on peut dire que M. Stahl aura contribué à la découverte de cette explication.
C'est l'influence de la lumière que Al. Stahl a choisie comme sujet de ses recherches, et dans plusieurs travaux successifs (i), il étudie l'action de cet agent : 1° sur les grains de chlorophylle ; 2° sur le tissu en palissade. (A suivre.)
FLORULE DU PANTHÉON
Par M. J. VALLOT
Lorsque j'ai fait la flore du Pavé de Paris, en 1883, il n'en- trait pas dans mon programme de franchir les clôtures, et je n'a- vais pas à rechercher les plantes qui pouvaient croître au Pan- théon. Cependant, par curiosité, j'avais parcouru le pourtour du monument^ à l'intérieur des grilles, et j'avais pu constater qu'il n'y croissait aucune plante. Ce pourtour est pavé, mais les pavés sont tellement serrés que je ne m'étonnais pas qu'aucune plante ne pût implanter ses racines dans des interstices aussi réduits, lorsque plus tard je remarquai que chaque année des préposés grattaient soigneusement les intervalles des pavés ; cela indiquait évidemment que les plantes y venaient, et qu'on ne parvenait à se débarrasser de cette végétation qu'à l'aide d'un nettoyage incessant.
Depuis cette époque, le Panthéon a changé de destination. Devenu le tombeau de Victor Hugo, il semble avoir été beau- coup moins bien entretenu, et il a suffi d'un printemps pour per- mettre à une multitude de plantes de pousser entre les pavés.
Voici la liste des espèces que j'ai pu y récolter en 1886 :
Papaver rhœas L. Arabis perfoliata Lamk. Thlaspi bursa-pastoris L. vSagina procumbens L. — apetala L.
Stellaria média Vill. Géranium pusillum L. Medicago lupulina L. Trifolium repens L. — elesrans Savi.
'îs'
I . Ueèer den Einfltiss von Richtung und Staerke der Beleuchtung ùber einige Bewegiingserscheinungen im Pflaitzenreiche (Bot. Ztg. 1880).
Ueèer den Einfluss dey Lichtintensitaet aiif Siructur tmd Anoydnung des Assimilationspareiichyms (Bot. Ztg-. 1880).
Ueèer den Einfluss des sonnigen oder schattigen Standortes au/ die Aus- bildung der Lanbèlaetter (Jen. Zeitschr. f. Naturwiss. vol. XVI).
J. Vallot. — Florttle du Panthéon.
53
Trifolium maritimum Huds. Vicia angustifolia Roth. Frag-aria vesca L. Epilobium montanum L.
— montanum var. collinum.
— parviflorum Schreb. Erigeron canadensis L.
— acris L. Bellis perennis L. Senecio vulgaris L. Filago germanica L. Cirsium lanceolatum Scop.
— arvense Lamk. Leontodon autumnalis L. Taraxacum officinale Wig"g". Sonchus oleraceus L.
Sonehus asper Vill. Crépis virens Vill. Hieracium Pilosella L. Anagallis arvensis L. Plantage major L.
— lanceolata L. Rumex acetosella L. Polygonum Convolvulus L. Alopecurus agrestis \.. Ag'rostis alba L. var. vulg^aris. Avena sativa L.
Poa annua L.
— compressa L. Lolium perenne L. Gaudinia fragilis P. B. Polystichum Filix-mas Roth.
Sur ces 42 espèces, 18 sont vivaces, 3 bisannuelles et 21 an- nuelles. Les espèces vivaces existaient antérieurement dans cette localité , car elles ont toutes fleuri au printemps . Quant aux espèces annuelles, il est probable qu'elles proviennent de graines appor- tées par le vent à l'automne. Plusieurs personnes ont émis l'idée que bien des plantes ont pu être apportées par les couronnes offertes aux funérailles de Victor Hugo, qui ont été .longtemps déposées sur le pourtour du monument, mais je ferai remarquer qu'il n'est pas une seule des espèces de ma liste qui puisse entrer dans la composition d'une couronne.
La plupart de ces plantes sont très communes dans la région parisienne, à l'exception des suivantes :
Le Gaîidinïa fragilis est rare, et n'est même pas spontané; il est importé avec les graines de gazon. On le trouve aussi dans les ruines du Conseil d'Etat.
Le Trifoliîtni elegans est très rare aux environs de Paris. Pendant le siège de 187 1 , il avait été importé par des fourrages jusqu'à Meudon et au Bois de Boulogne, d'où il a disparu depuis lors. On le retrouve aussi dans les ruines du Conseil d'Etat.
Le Trifolium inariiiiniLin ne se trouve pas aux environs de Paris. Pendant le siège, il avait été importé à Bicêtre et à Meu- don, mais il a disparu de ces localités; il est assez curieux de le retrouver en plein Paris.
Presque toutes les plantes du Panthéon se retrouvent dans ce que j'ai appelé la flore du Pavé de Paris. Les suivantes seules n'appartiennent pas à cette flore :
54
JOURNAL DE BOTANIQUE
Trifolium elegans.
— maritimum. Frag-aria vesca. Epilobium montanum.
— coUinum.
Filag-o germanica. Leontodon autumalis. Hieracium Pilosella. Gaudinia fragilis. Polystichum Filix-mas.
Le Polystichum Fïlix-7nas est la seule plante qui ne croisse pas entre les pavés ; on en trouve de nombreux pieds dans une moulure, à la base d'une des colonnes du péristyle.
On peut aussi recueillir la plupart des espèces du Panthéon dans les ruines du Conseil d'Etat. Les suivantes seules ne s'y trouvent pas :
Rumex acetosella. Polyg'onum Convolvulus. Alopecurus agrestis. Avena sativa. Poa compressa.
Arabis perfoliata. Sag-ina apetala. Trifolium maritimum. Vicia angustifolia. Filago g-ermanica. Anagallis arvensis.
La comparaison de ces deux listes montre qu'il n'y a que deux espèces du Panthéon qui n'aient pas encore été trouvées dans Paris, le Trifolium elegans et le Filago germanica.
On est tenté de croire que les localités parisiennes constituées uniquement de chaussées pavées présentent les mêrnes espèces, et on sera snrpris de voir la différence très grande de la végéta- tion de ces stations identiques. Ainsi, sur 45 espèces récoltées entre les pavés de la place du Carrousel, 16 seulement se retrou- vent dans la liste des 42 plantes des pavés du Panthéon.
La répartition des espèces dans les grandes familles n'est pas moins curieuse, comme le montre le tableau suivant, qui ne ren- ferme que les grandes familles, pour le Panthéon :
Renonculacées o
Crucifères 2
Caryophyllées 3
Papilionacées 4
Rosacées 5
Ombellifères 6
Composées 13
Scrophulariacées o
Labiées o
Poh^gonées 2
Liliacées o
Cypéracées o
Graminées 7
Fougères i
Ainsi, sur 42 plantes, on ne trouve pas une seule espèce dans les grandes familles des Renonculacées, des Ombellifères, des Scrophulariacées, des Labiées; les Graminées représentent seules les Monocotylédonées. A côté de cela, on voit 3 Onagrariées et 2 Plantaginées, familles ordinairement fort peu représentées.
p. Hariot. — Algues mageUaniqties noicvellcs. 55
Cependant, si les espèces ne sont pas toutes les mêmes dans les localités p?vées, leur distribution par familles paraît être identique. Voici le tableau de la répartition dans les grandes familles des plantes de la place du Carrousel :
Scrophulariacées o
Labiées o
Polygonées 4
Liliacées o
Cypéracées o
Graminées 8
Foug-ères o
Renonculacées o
Crucifères 2
Caryophyllées .5
Papilionacées. . . .- 6
Rosacées o
Ombellifères o
Composées 10
Il faudrait ajouter à ce tableau 3 Plantaginées. On voit que la seule différence avec le Panthéon consiste dans l'absence des Onagrariées; pour le reste, ce sont les mêmes familles qui do- minent, les mêmes qui manquent.
La cause de l'absence complète d'espèces de certaines grandes familles réside principalement dans la sécheresse extrême de la station ; on comprend que les Renonculacées, les Labiées, les Liliacées, les Cypéracées, qui aiment les lieux humides, ne puis- sent pas vivre entre les pavés. De plus, les grosses racines des Ombellifères et les bulbes des Liliacées s'opposent à l'établisse- ment de ces plantes dans les fissures étroites.
Tel est le tableau de cette petite flore d'un coin de Paris. Il montre qu'on peut herboriser partout, et qu'il n'est pas néces- saire d'aller bien loin pour récolter des espèces nombreuses et intéressantes.
ALGUES MAGELLANIQUES NOUVELLES
Par M. P. HARIOT
Au cours d'une mission accomplie dans les régions Magella- niques, nous avons eu l'occasion de recueillir un certain nombre d'Algues dont quelques-unes sont entièrement nouvelles. L'étude des matériaux que nous avions rapportés, la comparaison avec bon nombre de types authentiques, les recherches que nous avons dû faire, nous ont permis de recueillir quelques observa- tions qui nous ont paru intéressantes sur la synonymie de cer- taines espèces, sur la valeur de quelques autres, et d'en indiquer qui n'avaient pas encore été recueillies dans ces parages. Au- jourd'hui nous présentons la description des espèces nouvelles.
5-5 JOURNAL DE BOTANIQUE
Nous avons été puissamment aidé dans cette besogne par M. le docteur Bornet, membre de l'Institut, à qui nous sommes heu- reux de témoiofner toute notre reconnaissance.
1. SiphoiiocladîLS voluiïcula n. sp.
Thalle de très petite dimension, macu- liforme, orbiculaire, verdâtre, formé de filaments rameux rayonnant autour d''un point central rampant, à la surface des co- quilles et entre leur couche externe. Fila- ments de premier ordre épais de 6 à 8 p., rameux, à rameaux inférieurs quelquefois opposés, les supérieurs alternes, souvent unilatéraux, égaux, épais de 5 ;j., à articles cylindriques longs de 44 à 51 [j..
Habite les coquilles rejetées du Vohda ■magellanica. Baie Orange (Terre de Feu.)
Cette petite et remarquable es- pèce de Cladophorée, dont le port rappelle les Myrioneina, présente les caractères propres aux Si'phonocla- duSy celui de n'avoir pas de cloisons à la base des rameaux. M. Schmitz a créé deux espèces ; d'aprèsM. Bornet, les Cladophora iJtembraiiacea et Zollingerï font partie de ce genre. Mais toutes ces espèces sont de grandes dimensions (ap- parence et mode de développement des Mgagropïlà) , de sorte que l'espèce nouvelle s'en distingue au premier abord par son port et sa taille.
2. Ectocarpus Constancïœ n. sp.
Plante cespiteuse, formant une touffe dense et courte; filaments de pre- mier ordre dressés, nus au sommet, épais de 20 à 30 [x, légèrement rameux vers le milieu; rameaux épars naissant de chaque côté, dressés-étalés. Sporanges pluriloculaires lauciformes obtus, les inférieurs souvent pédi- cellés, les supérieurs sessiles.
Ectocarpii-s siliculosus Hook. ?
Habite les coquilles et les grandes Algues. Baie Orange, île Grévy (Terre de Feu).
Touffe atteignant à peine i centimètre de hauteur, de couleur vert-oli- vâtre (sur la plante sèche). Filaments de premier ordre dressés, distincts, ténus, subrigides, tantôt presque simples, chargés d'un petit nombre de rameaux courts et spinescents, tantôt rameux vers leur milieu, à i-ameaux épars et de même forme. Les rameaux inférieurs émettent souvent à leur
Slphonocladus vohtticola. Fragment du thalle.
p. Hariot. — Algues inagellaniqiies nouvelles.
57
base des filaments qui forment une couche corticale plus ou moins serrée autour de la fronde. Les articles cylindracés, à peine contractés aux arti- culations, sont deux fois plus longs que large ou d^égale dimension dans les deux sens. Les sporanges pluri- loculaires, ovoides-coniques (44 à 75 ij. de longueur, 17 à 37 p. de lar- geur), sont, les intérieurs pédicellés, les supérieurs sessiles dressés ; cel- lules sporigènes épaisses de 6 jx. Sporanges uniloculaires non obser- vés.
Cette espèce appartient au groupe de V Ectocm^pîts Jilicu- losiis et vient se placer au voi- sinage de VE. Croiiani. Notre Ectocarpîts se rapproche de ce dernier par le port et la forme des sporanges qui sont plus larges et moins aigus que dans les E. silïcîUosiLS et hyeiîiali's ;
il s'en distineue par ses cellules Ectocarpîts Constanaœ. KM^^^^l^V^xt^^-^liL^% e> J- sporanges plunloculaires. B, deux sporanges
légèrement renflées en ton- p'^'^ grossis.
neaux, tandis qu'elles sont exactement cylindriques dans XE. Crouani, mais surtout par ses filaments qui sont nettement cor- tiqués jusqu'au quart de leur hauteur au lieu de l'être seulement à l'extrême base. Les cellules sont fréquemment infestées par une Chytridinée, le Rhizophydituii Dicksonii}
Cette espèce a été trouvée également à l'ile de Kerguelen.
3. Sphacelaria Borneti x\. sp. Section Estiip^^se.
Plante olivâtre, haute de 2 c*«toi«*res; filaments rigides, ceux de pre- mier ordre rampants, imbriqués, verticaux, ceux de second ordre peu rameux, à ceÏÏùles longues de 17 à 25 jj., larges de 13,6 à 20,5 ;j.. Rameaux alternes, allongés, dressés-étalés, obtus, de même diamètre que les filaments. Zoosporanges uniloculaires ovoides, cj'lindriques (30,7 à 35 \s. de longueur, 13,6 à 25,9 [JL de largeur) disposés par 3-5 à la face interne de rameaux pro- pres latéraux, alternes, étalés; les pluriloculaires naissant sur les rameaux ordinaires, occupant le sommet de rainuscules courts, cylindriques, obtus.
Espèce remarquable, voisine du Spk. raccmosa.^ mais bien distincte par ses ramules fructifères à divisions unilatérales, subdichotomes ou disposés en grappes et fastigiés.
Habite les coquilles. Baie Orange (Terre de feu).
58 JOURNAL DE BOTANIQUE
Chez les Sphacélaires dichotomes qui constituent la première section du genre Sphacelarïa de M. J. Agardh (Spec. Alg. i., p. 30), les sporanges se développent directement sur les filaments
dressés (S. radicans), sur les ra- meaux ordinaires (S, olivacea), ou enfin sur des rameaux parti- culiers distincts des rameaux vé- gétatifs. Le ^S*. racemosa^ plante rare des côtes de l'Ecosse, pré- sente cette disposition remarqua- ble qui se retrouve également dans l'espèce que nous décrivons ici. Pour le mode de végétation, la grosseur des filaments, les deux espèces ne diffèrent pas sensible- ment. Toutefois, l'Algue du Cap Horn est de taille moins élevée ; mais ce qui la distingue surtout et très nettement, c'est la disposition
6'//mc<.Va;'/a 5'<?r;/c;/. A, filaments portant deS ramuleS qui portent IcS SpO- des sporanges uniloculaires. B, un spo- .- . .
range pluriloculaire. rangCS UnilOCUlan'eS.
D'après la figure publiée par Gréville dans le Scot. crypt. Flora, pi. 96, ces ramules forment des grappes étagées le long des filaments, les divisions de ces ramules sont distiques et appo- sées sur un rachis simple. Harvey représente une ramification moins régulière. L'analyse qu'il donne {Pliycol. Brit., pi. 78), montre que le rachis peut être ramifié, presque subdichotome, et les divisions qui en sortent alternes ou opposées; mais, dans les deux séries de figures, ce sont les cellules terminales qui se chan- gent en sporanges. Dans notre espèce, les ramules fructifères sont étalés et légèrement falciformes. Leur diamètre est notable- ment moindre que celui des rameaux sur lesquels ils sont insérés ; ils sont monosiphoniés, tantôt simples, tantôt divisés à la base en deux ou trois branches égales. Chaque article produit sur son bord interne ou supérieur un sporange uniloculaire ovoide, ses- sile : le développement a lieu de la base au sommet. Les spo- ranges uniloculaires (qui ne sont pas connus dans le ^. racemosa) se trouvent sur les mêmes individus que les précédents. Ils ne sont pas groupés comme ceux-ci, mais naissent isolément au
H. DouLioT. — Eltide sur les méristhnes terminatix, 59
sommet de courts ramules obconiques, polysiphoniés ainsi que les rameaux végétatifs. Leur forme est cylindrique; ils sont arrondis au sommet et à la base. Nous n'avons pas observé de propagules, mais il n'est pas rare de rencontrer des fragments de rameaux détachés qui ont émis des rhizoïdes.
(A suivre.)
VARIÉTÉS
Etude des méristèmes terminaux, par M. H. Douliot.
L'étude des méristèmes terminaux présente des difficultés d'obser- vation qui ont retardé pendant longtemps les progrès de la science à leur sujet. Quand on veut observer, par exemple, à l'extrémité d'une racine les cellules initiales et distinguer les uns des autres les histo- gènes de l'écorce, de la coiffe et du cylindre central, il ne suffit pas de faire des coupes minces et axiales de l'organe en question. En effet, les cellules jeunes en voie de cloisonnement ont un protoplasma dense et opaque, elles n'ont pas encore formé entre elles de méats qui les isolent les unes des autres, et les cloisons mitoyennes entre deux cellules, encore très minces, ne se distinguent pas du protoplasraa par réfringence. Les coupes longitudinales pratiquées sur l'extrémité d'une racine jeune contiennent forcément trois ou quatre couches de cellules, car il nous est difficile de faire à la main des coupes ayant moins d'un vingtième de millimètre d'épaisseur. C'est assez pour que le mode de cloisonnement soit tout à fait indistinct.
Pour faciliter l'étude des méristèmes, il y a deux problèmes à ré- soudre : 1° rendre les tissus assez transparents pour qu'une couche de cellules ne masque pas la couche sous-jacente ; 2° rendre les membranes visibles, sans leur ôter leur transparence.
Différents procédés ont été employés pour rendre les tissus transpa- rents. M. Hanstein, par exemple, faisait séjourner quelques instants les coupes dans la potasse, et après les avoir lavées les traitait par l'acide acétique et l'éther. Les coupes ainsi traitées, observées dans la glycé- rine, ont une transparence telle que les minces cloisons du méristème sont très difficiles à apercevoir.
Un second procédé fut ensuite employé par M. Treub et par M. Flahault : « ce procédé, dit M. Flahault(i), consiste à placer les. coupes dans un verre de montre ou une petite capsule de porcelaine avec une ou deux gouttes d'eau ; on recouvre la goutte d'un peu de
I. Flahault : Recherches sur l'accroissement terminal de la racine chez les Phanérogames (Ann. des se. nat., 6° série, vi, 1878).
6o . JOURNAL DE BOTANIQUE
chlorure de calcium sec en poudre ; on fait sécher lentement sur une petite flamme jusqu'à ce que la dessication soit à peu près complète ; on soustrait aussitôt les coupes à l'action de la flamme, et l'on ajoute quelques gouttes d'eau qui dissolvent le chlorure de calcium. Les coupes nagent immédiatement dans l'eau ; il suffit de les recueillir et de les placer dans la glycérine oîi elles atteignent après quelques heures une transparence suffisante ».
Plus récemment M. Lemaire, dans sa thèse sur l'origine des racines adventives chez les Dicotylédones, expose un procédé nouveau dont il a fait usage avec succès.
La potasse rend les coupes trop transparentes, le chlorure de calcium les rend opaques ; les deux procédés dont nous avons parlé ont donc chacun un vice capital, outre qu'ils sont très longs. Le procédé actuel rend les coupes transparentes et les cloisons visibles.
Pour rendre les coupes transparentes, on les fait macérer première- ment dans l'hypochlorite de soude (Eau de Labarraque) et secondement dans la potasse. Pour cela on met dans un verre de montre un peu d'hypochlorite de soude et l'on y place les coupes jusqu'à ce qu'elles ne semblent plus contenir aucune matière opaque. On peut s'assurer en les regardant au microscope que le protoplasma ainsi que ses dérivés, notamment les grains d'amidon, ont disparu comme tels et que les noyaux seuls subsistent dans les cellules, mais sont peu visibles.
Les coupes prises une à une à l'aide d'une i^etite spatule, ou d'une pince, ou d'une aiguille à cataracte, sont transportées dans un deuxième verre de montre contenant de la potasse. On les y laisse séjourner quelques minutes, puis on les lave à grande eau en les transportant dans un godet contenant de l'eau pure, puis dans un deuxième et même dans un troisième afin qu'aucune trace de potasse ne reste dans les tissus. Les cellules sont complètement vides; il ne reste plus ni proto- plasma, ni noyau, ni amidon, ni aucun autre dérivé du protoplasma, sauf les cristaux d'oxalate de chaux quand la plante en contenait.
Pour que l'observation du mode de cloisonnement des cellules soit facile, il convient de colorer les membranes avec une substance qui imprègne la cellulose d'une façon indélébile et qui soit cependant assez transparente pour qu'une couche de cellules n'empêche pas de voir celle qui est au-dessous. La meilleure des substances à employer est le brun d'aniline connu dans le commerce sous le nom de bnm Bismarck. On en fait une solution concentrée dans l'eau distillée, solution que l'on filtre soigneusement avant de s'en servir» On plonge pendant une minute les coupes à colorer dans quelques gouttes de cette solution et on les lave ensuite à l'alcool. On peut observer dans la glycérine les coupes ainsi préparées ; mais le baume de Canada permet de faire des
Leclerc du Sablon. — La Rose de Jéricho. 6\
préparations inaltérables et nous conseillons vivement son emploi ; il donne aux tissus une grande transparence sans rien ôter aux cloisons de leur netteté. Une coupe peut avoir dix couches de cellules dans son épaisseur, et l'on mettra successivement au point chacune des couches sans que les autres nuisent à l'observation.
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La Rose de Jéricho, par M. Leclerc du Sablon.
La Rose de Jéricho, dont tout le monde connaît les curieuses pro- priétés hygrométriques, n'est pas une fleur, comme son nom pourrait le faire croire. C'est une petite plante annuelle, de 8 à 12 centimètres, appartenant au genre Anastatica (A. kïerochu/iiïna), de la famille des Crucifères. Elle croît dans les régions sablonneuses de l'Arabie, de l'Egypte et de la Syrie. Pendant les grandes chaleurs ses ieuilles tombent, ses branches se dessèchent, puis les vents d'automne la déra- cinent et l'emportent jusque vers les rivages de la mer. C'est là qu'on la recueille pour l'expédier dans les pays où ses propriétés la font recher- cher comme une curiosité.
Telle qu'elle nous arrive, la Rose de Jéricho est réduite à un squelette desséché et coriace représenté par Ja figure ci-jointe. La tige est ramifiée en un certain nombre de branches portant encore des silicules. Les plus longues de ces branches, ^ _ ^
situées sur le pourtour de la touffe formée par la plante, sont recour- bées vers le centre de façon à don- ner à l'ensemble des ramifications la forme d'une boule. Lorsqu'on place une Rose de Jéricho dans l'eau, ou seulement dans l'air hu- mide, on voit les rameaux se re- dresser peu à peu et finalement atteindre une position fixe où ils sont à peu près perpendiculaires à l'axe de la plante. (La figure représente une Rose déjà à moitié ouverte.) Tant que les tissus sont saturés d'eau, la forme de la plante reste la même; mais dès que le dessèchement commence les bran- ches se recourbent peu à peu et reviennent finalement à leur posi- tion primitive. La Rose de Jéricho peut donc dans une certaine mesure jouer le rôle d'hygromètre
Rose de Jéricho CAuastaiica hierochuntina.)
62 ■ JOURNAL DE BOTANIQUE
Si les deux faces d'une branche qui se recourbe sous l'influence de l'humidité avaient la même structure et la même composition chimique, on ne s'expliquerait guère la cause des mouvements que nous venons de décrire. 11 faut donc, si l'on veut rechercher cette cause, étudier d'abord la structure des rameaux de V Anasiatica. Sur une section transversale, on voit autour d'une moelle volumineuse un anneau de bois formé par des fibres à parois très épaisses parmi lesquelles appa- raissent quelques vaisseaux. Le liber et l'écorce, d'ailleurs peu déve- loppés, sont à peine conservés. Si l'on n'a traité la coupe par aucun réactif, on ne voit pas une grande différence dans la structure des diverses parties de la couche ligneuse. Les vaisseaux sont peut-être plus nombreux dans la région qui devient convexe, mais ce n'est pas là une différence suffisante pour expliquer les propriétés hygrosco- piques que nous étudions.
Tandis que la forme des cellules est à peu près la même sur les deux faces d'un rameau, on trouve au contraire des différences dans la composition chimique des parois de ces cellules. En traitant une coupe par le chîoro-iodure de zinc, ou par l'acide sulfurique et l'iode, on voit que la moitié externe de la coupe reste incolore, tandis que la moitié qui est située vers l'intérieur bleuit. Celle-ci est donc formée par de la cellulose pure, tandis que la moitié extérieure est lignifiée.
Nous pouvons dès lors expliquer facilement les mouvements de la Rose de Jéricho. On sait en effet que les parois purement cellulosiques absorbent une plus grande quantité d'eau que les parois lignifiées, et par conséquent éprouvent des changements de volume plus considé- rables lorsqu'elles passent de l'état humide à l'état sec ou réciproque- ment. Donc, lorsque la plante s'est desséchée pour la première fois, la face interne de ses branches a perdu plus d'eau que la face externe et, par suite, s'est contractée davantage. De là un premier pelotonnement des rameaux. Plus tard, lorsqu'on rend aux tissus l'eau qu'ils ont perdue, ils reprennent leurs dimensions primitives et la rose se rouvre. Si on la laisse se dessécher de nouveau, elle se referme par le même mécanisme que la première fois, et ainsi de suite.
On voit donc qu'il est possible de rattacher à une cause simple ces mouvements hygroscopiques, si bizarres en apparence, qu'ils avaient donné lieu chez les peuples qui les avaient d'abord observés à de nom- breuses superstitions. On pourrait d'une façon analogue expliquer les mouvements de bien d'autres plantes aussi intéressantes mais moins célèbres que la Rose de Jéricho.
A travers les Sociétés et les Revues. 63
A TRAVERS LES SOCIÉTÉS ET LES REVUES
ACADÉMIE DES SCIENCES
Séance du 28 février. — M. L. Petit, qui a étudié la disposition des fais- ceaux dans le pétiole chez un grand nombre de familles, résume ainsi ses obser- vations : « En général, le pétiole a des faisceaux distincts dans les herbes, fusionnés en anneau dans les plantes ligneuses. Chez les familles qui font excep- tion à cette règle, les plantes ligneuses se distinguent encore des herbes par le plus grand accroisse.ment ou la coalescence plus complète du système libéro- ligneux ».
SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE
Séance du 11 mars 1887. — M. Van Tieghem montre qu'il y a lieu de dis- tinguer dans le bois primaire des racines deux parties : i» \e protoxylème^ disposé en faisceaux centripètes qui alternent avec les faisceaux libériens; 2° le méta- xylhne, disposé en faisceaux centrifuges et placés en dedans des groupes libériens.
M. Blanc donne à la Société des détails sur l'extension de V Acacia tortilis en Tunisie; cet arbre, dont le sommet est comme rasé, forme dans ce pays de vé- ritables bois, presque des forêts. ^
Séance du 25 mars 1887. — M. d'Abzac de Ladouze annonce à la Société la naturalisation du Bidens heierophylla sur les bords de l'Adour; cette plante mexicaine a déjà été signalée dans la Gironde.
M. DE LA Mare communique une liste des plantes de l'île Miquelon.
M. Van Tieghem signale l'existence d'un réseau d'épaississement sur les parois des cellules corticales sus-endodermiques dans les racines des Crucifères. Cet ap- pareil de soutien, qui présente, quand il existe, différents aspects, manque dans un grand nombre de genres. La présence ou l'absence de ce réseau sert à l'auteur à rapprocher ou à éloigner certains genres et certaines espèces.
M. Vallot rend compte d'une excursion faite en Corse il y a plusieurs an- nées. Parmi les plantes rares rencontrées au cours de cette exploration, nous relevons : le Bouleau, les Polypodium Dryopteris^ Laniiutn corsicuin., Helle- borus lividus ou corsicus.
M. RouY publie une liste de plantes nouvelles pour l'Espagne.
M. l'abbé Hue décrit les espèces de Lichens récoltés par M. Vallot dans son ascension du mont Blanc. Il compare les espèces des sommets siliceux à celles des sommets calcaires et termine par la description d'une espèce nouvelle, le Lecidea glonierans.
SOCIÉTÉ DES SCIENCES DE NANCY
Séance du 16 mars 1887. — M. VuiliLemin décrit les organes excréteurs de quelques phanérogames. L'épiderme des Plombaginées, des Frankéniacées, des Tamariscinées présente constamment des cellules glandulaires dont le pro- duit de sécrétion calcaire, gommeux ou résineux s'écoule à travers des pores ménagés dans la paroi externe cutinisée. Les cellules poreuses font partie d'un appareil plus complexe, sorte de poil contracté dont les assises cellulaires sont isolées par des cloisons obliques. La glande comprend: 1° des cellules basilaires ou annexes, au nombre de quatre chez les Plombaginées, de deux seulement chez les Frankéniacées et les Tamariscinées ; 2» des cellules sécrétrices isolées du parenchyme par les précédentes ; il y en a 8 dans la première famille, deux chez les autres. Les quatre cellules du rang interne ont chacune un seul pore chez les Plombaginées; les deux cellules sécrétrices des Frankéniacées et des Tamaris- cinées en offrent un grand nombre.
64 JOURNAL DE BOTANIQUE
BOTANISCHE ZEITUNG (T. 44, n»** 41 et 42.)
Uebey die zua/ire Nahir der Staerke-Cellulose Naegeli's (Sur la vraie nature de Tamylose de Naegeli, par M. Arthur Meyer. — Cet important mémoire tend à renverser la théorie classique de C. Naegeli, suivant laquelle l'amidon se com- pose d'un squelette d'amylose, substance identique à la cellulose, et d'une masse interne de granulose. Naegeli invoquait surtout l'action de la salive, qui dissout une partie de l'amidon (granulose) et isole un squelette possédant la plupart des propriétés de la cellulose. En présence des contestations de H. v. Mohl, Naegeli chercha la confirmation de son opinion dans l'étude des squelettes isolés au moyen des acides. Cette dernière réaction avait été indiquée par Melsen.
Selon M. Meyer, cette concordance même prouve que dans le premier cas ■comme dans le second, les squelettes ne sont pas formés d'une substance pré- existante dans les grains d'amidon intacts, mais bien d'un produit de transfor- mation de l'amidon, Vauiylodextrine.
L'amylodextrine fut découverte en 1870 par Musculus, qui l'appela successive- ment « dextrine insoluble dans l'eau » et « amidon soluble. » L'auteur s'est pro- curé de grandes quantités d'amylodextrine en se basant sur ce principe que les acides étendus, la diastase, la pepsine, la salive, etc., déterminent sur la colle d'amidon une transformation dont le premier terme est l'amylodextrine. Une action prolongée convertit cette substance en dextrine et finalement en divers sucres. Cette circonstance rendrait impossible l'isolement de l'amylodextrine, si ce corps ne formait des sphéro-cristaux aussi facilement que linuline, avec laquelle il a d'autres analogies. Les sphéro-cristaux d'amylodextrine sont çà et là discoïdes, plus souvent sphériques et rappellent extérieurement, surtout s'ils sont stratifiés, les grains d'amidon à structure concentrique.
Les squelettes sont de simples pseiidomorphoses de cristallites d'amidon en cristallites d'amylodextrine. Les caractères optiques comme les caractères-micro- chimiques prouvent l'identité des sphéro-cristaux d'amylodextrine, des squelettes à la salive et des squelettes à l'acide. L'analyse chimique faite en grand a con- duit Walter Naegeli à la même conclusion.
En conséquence, les termes « Staerke-Cellulose » (amylose) et « granulose » doivent être rayés du vocabulaire scientifique. 11 vaut mieux désigner la subs- tance unique qui constitue les grains d'amidon normaux sous le nom de « Staerke- Substanz » (amidon).
Tous les grains d'amidon ne réagissent pas de la même façon à l'iode. Préve- nant les objections qu'on pourrait soulever à ce sujet contre sa théorie, M. Meyer déclare qu'il s'agit là de grains ano7^inMix renfermant, outre l'amidon, une grande quantité d'amylodextrine et de dextrine.
A part ces exceptions, la différence d'aspect des diverses couches des grains d'amidon dérive essentiellement de leur porosité variable. Dans toutes les strates la substance des grains d'amidon normaux est également exonptc d'eau et douée d'une égale hoinogéiiéité physique et chimique. P. Vuillemin (Nancy).
CHRONIQUE
Nous sommes heureux d'annoncer à nos lecteurs que deux de nos collabo- rateurs les pkis dévoués, M. Gaston Bonnier, maître de conférences à l'Ecole normale supérieure, et M. J. Costantin, aide-naturaliste au Muséum, viennent d'être nommés, le premier, professeur de Botanique à la Sorbonne, le second, maître de conférences à l'Ecole normale.
M. Maxime Cornu, professeur de culture au Muséum, a commencé son cours le 25 mars. Les leçons ont lieu le mercredi et le vendredi à neuf heures et demie. Le professeur s'occupe cette année des diverses maladies des végétaux.
Le Gérant : Louis Morot.
Paris. — J. Mersct», liiip., 22, p4. iJenfert- F.octicrjati.
i" ANNEE N" s 15 AVRIL 1887
JOURNAL DE BOTANIQUE
Directeur: M. Louis IVIOROT
LES RECENTS TRAVAUX
SUR LE
TISSU ASSIMILATEUR DES PLANTES (fin)
Par M. Léon DUFOUR
Le mouvement des grains de chlorophylle, sous l'action d'un éclairement variable, a déjà été signalé par MM. Boehm, Famin- tzin, Borodin. Le dernier de ces savants, en opérant sur des feuilles dont l'observation est facile à cause du petit nombre d'as- sises cellulaires qui les composent, des feuilles de Leimia, par exemple, a fait voir (i) qu'à la lumière diffuse du jour les grains de chlorophylle couvrent les parois cellulaires parallèles à la sur- face, tandis qu'au soleil les grains se disposent sur les parois des cellules qui sont parallèles à la direction de la lumière. Cette répartition diverse de la chlorophylle se voit d'une manière bien frappante si, plaçant une feuille sous le microscope, on n'en éclaire vivement qu'une portion ; car l'action de la lumière solaire ne se faisant sentir qu'aux endroits qu'elle atteint directement, on aura sous les yeux, dans un même champ microscopique, deux plages inégalement éclairées et dans lesquelles les grains de chlo- rophylle présenteront deux modes de groupement extrêmement diffé- rents (fig. 2).
M. Stahl, dans le premier des travaux cités plus haut, a confirmé et généralisé les résultats de ses devanciers, et est arrivé à la con- clusion suivante. Fîg, 2. Z^wwa //-/«//ca. FeuUle en partie
éclairée (d'après M. Borodin)
I. Annales des sciences naturelles. 15^ série, t. XII, 1869.
66 JOURNAL DE BOTANIQUE
Dans le parenchyme lacuneux, à une vive lumière tombant perpendiculairement à la surface du limbe, les grains de chloro- phylle se disposent sur les parois des cellules qui sont parallèles à la direction de la lumière, prenant ainsi ce que M. Stahl appelle \3l position de profil; à une lumière faible, au contraire, les grains se disposent sur les faces perpendiculaires aux rayons incidents, c'est la position de face. Dans le tissu en palissade les grains sont plus nombreux, plus serrés, les mouvements sont plus diffi- ciles ; cependant, l'auteur a pu, dans certains cas, les mettre en évidence, et le sens du phénomène est le même. Mais, dans le cas général, d'après M. Stahl, dans ce tissu les grains ont la position de profil, ils occupent les parois latérales des palissades, tandis que les parois transversales en sont dépourvues.
Quant au tissu en palissade, M. Stahl a constaté, que, pour une même espèce, ce tissu est plus développé dans les feuilles situées au soleil que dans celles situées à l'ombre. D'où cette con- clusion que le tissii en palissade est le tissu adapté à une forte intensité lumineuse , et le parenchyme lacuneux à tm faible éclai- rement. De là la réduction, si grande parfois, du tissu palissa- dique dans les plantes vivant toujours dans des lieux ombragés. On peut donc attribuer à la lumière, d'après M. Stahl, l'orienta- tion des palissades perpendiculairement à la surface du limbe, qui est frappé directement par la lumière, ce qui produit, pour les grains de chlorophylle, la position de profil caractéristique d'un vif éclairement.
Dans un travail récent (i), M. Haberlandt a vivement attaqué ces conclusions et ce qu'il appelle la théorie de M. Stahl. A ce propos, nous ferons une remarque préliminaire. Le mot de théo- rie, appliqué aux conclusions de M. Stahl, n'est peut-être pas parfaitement exact. Ce savant ne s'est guère livré à des considé- rations théoriques ; il a fait des observations et énoncé les résul- tats qu'elles lui ont fournis. Le parenchyme en palissade se trouve plus développé dans une feuille au soleil que dans une feuille à l'ombre ; c'est un fait, et dire : l'action de la lumière est d'augmenter le tissu en palissade, qu'est-ce sinon énoncer sim- plement le fait? Une même cause agit dans deux cas avec deux intensités différentes et les résultats produits ne sont pas les
I. Ueber das Assimila tionssysteni (Berichte der deutschen bot. Gesellsch., 1886, p. 206).
L. Du FOUR. — Récents travaux sur le tissu assitnilateur des plantes. 6j
mêmes. Ce n'est pas exposer une théorie que de dire : la diffé- rence des résultats est due à la différence d'intensité de la cause agissante. C'est plutôt M. Haberlandt qui fait des théories. Qu'est-ce autre chose que ce principe de l'enlèvement des pro- duits d'assimilation par le plus court chemin possible, sinon une idée théorique? D'après quelle loi est-il nécessaire qu'un but physiologique soit atteint par les moyens les plus prompts? Qui pourrait démontrer que, dans tous les cas, chez les êtres vivants, une disposition anatomique qui existe en fait est nécessairement la meilleure pour arriver à un résultat constaté?
Quoi qu'il en soit, entrons dans le détail de la lutte des deux champions.
I. Disposition des grains ds chlorophylle dans le tissu en pa- lissade. — M. Haberlandt admet parfaitement les résultats de M, Stahl relatifs aux mouvements des grains de chlorophylle sous l'influence de la lumière, il les confirme même par une expé- rience faite sur le Ranunculus Ficaria, mais il se refuse à consi- dérer comme exacte la règle de M. Stahl suivant laquelle, dans le tissu en palissade, les grains occupent la position de profil. Il donne des figures dans lesquelles, en effet, on trouve dans ces palissades des grains ayant la position de faee. C'est ce qui arrive : 1° lorsque certaines palissades, au lieu d'être complètement rectilignes, se recourbent à leur extrémité inférieure de manière alors à présenter cette extré- mité inférieure parallèle à la surface du limbe (tig. 3) ; 2° quand certaines palis- sades ne touchent pas l'épiderme supé- rieur, quand leur extrémité supérieure, par exemple, s'avance dans une chambre sous-stomatique, présentant ainsi une paroi libre ; sur cette paroi il y a des grains de chlorophylle qui sont alors dans la position de face (fig. 4).
D'après ces remarques, M. Haberlandt, guidé toujours par ses idées relatives à la con- duction, remplace l'opposition énoncée par M. Stahl, par la suivante : Il y a des grains de chlorophylle sur les parois qui ne sont pas ira- Fig. 4. FeuiUe A^tEras-
.j , sica Napus (d'après
versées par ttn courant de substances ; il n y en m. Haberlandt).
Fig. 3. Feuille de Scilla bijolia (d'après M. Haberlandt).
68 JOURNAL DE BOTANIQUE
a pas sur celles qui livretit passage atix prodîiits d'assiinila- tion. L'auteur est assez prudent d'ailleurs pour ajouter que cette opposition n'est qu'une règle susceptible d'exceptions. Mais alors, en quoi cette règle est-elle préférable à celle énoncée par M. Stahl? Les faits indiqués comme en contradiction avec cette dernière sont des exceptions, et dans les figures mêmes du mé- moire de M. Haberlandt, il y a des exceptions à la règle qu'il donne.
Dans la figure 5 de son travail est représentée une cellule en palissade dont l'extrémité supérieure est limitée par trois por- tions de paroi, qui confinent à autant de palissades susjacentes (fig. 5). Si le transport des substances a lieu d'une assise de palissades à une autre par ces por- tions de paroi, pourquoi celle du milieu a-t-elle de la chlorophylle, et si le transport n'a pas lieu, pourquoi les deux latérales n'en ont-elles pas? M. Haberlandt admet, sans doute, que deux pa- lissades d'une même assise élaborant sensiblement Fig. s. Feuille de la même quantité de matériaux, il y a peu de
Brassica Râpa , , , , 1 1 i •>■ • •
(d'après M. Haber- passage de substauccs d une cellule a sa voisine, '*°'^^* et que c'est pour cela que les parois qui séparent
deux cellules d'une même assise sont si riches en chlorophylle. Mais dans la figure 7 de son mémoire (fig. 3), il a représenté deux palissades qui, à leur extrémité inférieure, se recourbent à angle droit, constituant ainsi le sol d'une chambre sous-stoma- tique, et viennent chacune par une cloison de petite étendue s'unir à une cellule palissadique située entre elles deux. Pour- quoi, dans ce cas particulier, y a-t-il passage de substances de cette cellule médiane dans les deux autres ou inversement, ou, s'il n'y a pas passage, pourquoi la paroi ne porte-t-elle pas de chlorophylle ?
Nous concluons de cette discussion que si la règle de M, Stahl n'est pas générale, celle de M. Haberlandt ne l'est pas davan- tage ; mais que l'opinion du premier de ces savants est appuyée sur des expériences précises, tandis que celle du second n'a qu'un fondement purement théorique.
11. Tissu en palissade. — Nous avons vu que M. Stahl a dé- montré qu'au soleil les palissades sont plus développées qu'à l'ombre. M. Haberlandt, par quelques figures, confirme ce résul-
L. DuFouR. — Récents travaux sur le tissu assimilateur des plantes. 6g
tat, mais il ne peut pas admettre la « plasticité » du mésophyllé des feuilles. Ce qui lui semble absolument incompatible avec la « théorie de M. Stahl » , c'est ce fait qull puisse exister un tissu en palissade même à la face inférieure d'une feuille horizontale, quand au centre il y a un parenchyme lacuneux. L'objection ne nous semble pas avoir une grande portée ; l'assise cellulaire avoi- sinant immédiatement l'épiderme inférieur ne peut-elle pas par- fois recevoir plus de lumière que des couches cellulaires plus internes? N'est-ce pas peut-être précisément ce qui s'est produit pour les feuilles de Corylus Avellana dont M. Haberlandt com- pare les coupes (fîg-. 6). La face inférieure de la feuille, située en pleine lu- mière, ne peut-elle pas re- cevoir une lumière assez vive, et alors présenter une assise de palissades, tandis qu'à l'ombre complète une feuille ne présentera , à cette même face, que du paren- chyme lacuneux? Si la chose se produit, la présence dételles palissades, loin d'être une objection à la théorie, en est une éclatante confirmation.
Une autre objection, pour M. Haberlandt, c'est ce fait signalé par M. Stahl lui-même que des feuilles persistantes ^ Ilex, de Vaccinnini, etc., présentent toujours des palissades, même dans des endroits complètement à Tombre. En quoi cette objection est-elle fondée ? On conçoit que ce n'est pas pour toutes les plantes la même intensité lumineuse qui provoque le développe- ment considérable des palissades; si ces plantes n'ont besoin pour en former que d'une intensité assez faible, pourquoi ne s'en constitueraient-elles pas, même à l'ombre?
M. Pick (i) a signalé un fait qui, pour lui, est une preuve décisive de l'influence de la lumière sur la formation des palis- sades et sur leur orientation : c'est la direction oblique par rap- port à l'organe qui les porte que présentent ces cellules dans divers cas. En particulier, lorsque des tiges n'ont qu'un feuillage
I. Ueber den Einfluss des Licktes auf die Gestalt und Orientirung der Zellen des Assimilations gewebes (Bot.Centralbl. vol. XI, 1882).
Fig. 6. Corylus Avellana. A, feuille au soleil; B, feuille à l'ombre (d'après M. Haberlandt).
yo JOURNAL DE BOTANIQUE
assez pauvre, elles jouent elles-mêmes un rôle important dans l'assimilation, et alors (Spai^tïiiinjunceuin,JasinÏ7iîiinfrîUicans), elles présentent un tissu palissadiforme dont les cellules, au lieu d'être perpendiculaires à l'axe de la tige, lui sont obliques, leur extrémité supérieure étant la plus éloig-née de Taxe, c'est-à-dire qu'elles sont dans la direction générale de la lumière incidente. Mais, d'après M. Heinricher (i), tout autre devrait être l'ex- plication. Ces déviations seraient simplement dues à une cause mécanique, les éléments voisins s'étant particulièrement accrus en longueur et ayant, par suite, dérangé les palissades de leur direction primitive. Pour le démontrer, l'auteur s'appuie sur ce fait que les déviations sont plus grandes là où les palissades sont voisines d'un faisceau conducteur que là où elles en sont plus éloignées, qu'elles ont lieu surtout dans les feuilles linéaires ou lancéolées et que dans certaines plantes dont les feuilles, au lieu de se tenir dans la position habituelle, se courbent en arc et retombent, la teuille tout entière présente ses palissades déviées dans le même sens, tandis que si la théorie de M. Pick était exacte la déviation devrait se produire dans des sens différents vers la base et vers la pointe de la feuille.
M. Haberlandt partage entièrement l'opinion de M. Heinricher, et il appuie son argumentation sur ce fait que des parties de tiges de diverses plantes, OriiithogaliLinbyzantiniLui (fig. 7), Scilla bifolia , etc., souterraines, complètement privées de lumière, présentent des déviations du même ordre, et que même parfois les déviations sont, pour une même tige, plus considérables dans la partie souterraine que dans la partie aérienne. Nous ne nions pas que des phénomènes d'accroissement puis- sent mécaniquement produire certaines déviations; cependant, nous ferons remarquer à M. Heinricher que si c'est à l'accroisse- ment en longueur des faisceaux que sont dues les déviations, dans les tio-es, les faisceaux se trouvant à l'intérieur de la zone en palissade, c'est l'extrémité des palissades la plus voisine de l'axe de la tige qui devrait être la plus relevée, c'est-à-dire que l'orientation devrait être inverse de celle constatée par M, Pick.
Fig. 7. Tige ^ Orni- thogalum bycaiiii- mtm (d'après M. Haberlandt).
I. Ueber isolateralen Blattbau etc. (Pringsh. Jahrb. f. wissensch. Botanik. Vol. XV, 1884).
L. DuFouR. — Récents iravaux sur le tissu assimilateitr des plantes. 71
D'autre part, l'influence de la lumière sur le tissu en palissade est démontrée par les observations de M. Stahl, et cependant il peut se former de telles cellules à l'obscurité; on en constate dans une foule de cotylédons, même avant la germination. C'est une forme de tissu sans doute héréditairement acquise, et qui, aujourd'hui, se développe avec plus d'intensité à une vive lumière, mais cependant peut prendre naissance même en l'absence de cette cause excitante. Ne peut-il pas en être de même pour les palissades déviées de la direction perpendiculaire à la surface de l'org-ane qui les porte?
A la fin de son travail, M. Haberlandt revient sur son principe de l'enlèvement des produits assimilés par le plus court chemin possible, et il signale diverses dispositions dans lesquelles les palissades, au lieu d'être perpendiculaires à la surface de l'or- gane, sont déviées de cette position, parfois recourbées, et cela, d'après l'auteur, pour contracter des liaisons plus étroites avec les faisceaux. licite, en particulier, divers cas où elles sont dis- posées radialement autour de ces faisceaux, et ces orientations sont absolument contraires à la « théorie de M. Stahl. » Mais, en résumé, M. Stahl n'a jamais soutenu que, toujours et partout, les palissades devaient être perpendiculaires à la surface de l'organe afin que, toujours et partout, les grains de chlorophylle pussent occuper la position de profil. La seule chose qu'il ait affirmé, c'est que, là où les grains de chlorophylles sont mobiles, à une forte lumière ils prennent la position de profil, et, de la sorte, reçoivent une quantité de lumière moindre que dans toute autre position, et qu'à un faible éclairement ils prennent la position de face, utilisant ainsi la plus grande quantité possible de lumière. M. Stahl affirme et démontre qu'à une vive lumière le parenchyme en palissade est plus développé qu'à l'ombre. Donc la lumière joue un rôle important dans la formation et le développement de ce tissu. Comment? De quelle nature est son action? Nous l'igno- rons ; mais avoir montré l'influence d'une certaine cause sur un phénomène, c'est avoir fait un premier pas dans la voie d'une explication.
Assurément, les observations de M. Haberlandt sont fort ingénieuses et extrêmement intéressantes. En lisant ses mémoires, on prend un véritable plaisir à voir les structures les plus variées présenter toutes un caractère commun qui assure le mieux pos-
72 JOURNAL DE BOTANIQUE
sible et rassimilation et le transport des substances assimilées. Mais il ne faut pas se laisser abuser par ce genre de considé- rations. Nous le répétons, montrer la concordance d'un résultat physiologique atteint et de la structure qui sert à produire ce résultat, ce n'est pas expliquer cette structure. Nous nous per- mettrons une comparaison pour bien faire comprendre notre pensée. Ce n'est pas expliquer la structure des divers milieux de l'oeil que de faire remarquer que, grâce à leur transparence, ils sont merveilleusement aptes à se laisser traverser par la lumière. Ce n'est pas rendre compte du mécanisme de l'accommodation du cristallin que de dire qu'il modifie sa courbure en vertu du principe de la vision nette aux diverses distances. La seule véri- table explication, c'est celle que M. Haberlandt lui-même appelle l'explication mécanique. C'est elle seule qui montre comment le fait anatomique est le résultat final d'une succession de phéno- mènes dont chacun est causé par le simple jeu des forces physico- chimiques et qui, dans des circonstances identiques, se reproduit fatalement, toujours identique à lui-même.
ALGUES MAGELLANIQUES NOUVELLES (fin)
Par M. P. HARIOT
4. Cerai7tium Dozeï r\. sp.
Ceramium Dosei. Fragment du thalle, grossi.
Thalle cespiteux, de petites di- mensions, à peine de la grosseur d^une plume; rameaux latéraux obliquement étalés, quelques-uns d'entre eux plus ténus et radicants, à extrémités forcipées, obtusiuscu- les, jamais recourbées. Articles re- couverts d'une couche corticale continue, de diamètre égal ou lé- gèrement plus larges ; fibrilles ra- dicantes unicellulaires, naissant de place en place le long des ra- meaux, obtuses à l'extrémité. Té- traspores disposées autour des segments des rameaux terminaux, en occupant tantôt la base seule- ment, tantôt une partie plus ou moins étendue, nombreuses, sphé- riques, divisées en triangle. — Pe- tite espèce.
p. Hariot. — Algues mage liant q îles Jiouvelles. 73
Habite les rochers sablonneux : Baie Orange (Terre de Feu.)
Cette plante nous a paru nouvelle et nous semble devoir être placée parmi les espèces cortiquées au voisinage du Cerautium rubruiHy mais elle n'a pas les extrémités des segments incur- vées. De plus son port bien différent ne permet pas de la con- fondre avec les formes radicantes de cette dernière espèce ^C^r, LessonnYJoiX.z). Elle s'éloigne également des CeramiMin Des- longchampsii ^ Hooperi (probablement forme américaine du pré- cédent) , repens et radicîdosîim par ses articles cortiqués.
5. Callophyllis atro-sanguînea n. sp.
Syn. : Rhodyuienia variegata p atj^o-smtguùiea Hook. et Harv., Flora aniarctïca^ p. 476.
Fronde plane, palmatilobée, à lobes cunéiformes, dilatés, pin- nés, à aisselles arrondies, à marge grossièrement dentée.
Frondes dressées, longues d'un demi pied, naissant d'un callus radical prolifère, à stipe court, lisse, dilaté graduellement en une lame plane palmatilobée. Lobes allongés, larges d'un cen- timètre, subpinnés, souvent con- nivents au-dessus des aisselles qui sont arrondies, bifides ou émareinées au sommet. Bords de la fronde peu dentés, produisant vers la base des prolifications de même forme. Couleur rouge sang foncé; substance charnue
membraneuse. Tétraspores dis- Callophyllis atro-sanguinea. P%.^\^oxX.\on^ç.ir:onAe.\ , 11/ j 1 B, fragment grossi montrant les tétraspores.
persees sur les deux faces de la '
fronde. Structure et cystocarpes d'un Callophyllis,
Habite : Rade de Gorée ! île Navarin ! île Hermite, îles Falkland (Hooker).
Cette Algue est regardée par Hooker et Harvey comme une simple variété du Rhodymema variegata auquel elle ressemble à certains égards ; mais il est impossible de maintenir ce rappro- chement, la configuration de la fronde s'y oppose. La fronde est formée de grandes cellules entourées d'un réseau de cellules beaucoup plus petites, tandis que chez les Rhodymema le tissu est composé de cellules uniformes.
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74 JOURNAL DE BOTANIQUE
6. Hildbrandiia Le Canne à en' n. sp.
Thalle indéfiniment étendu, de couleur pourpre foncé, cartilagi- neux, rugueux, creusé de lacunes, adhérent peu aux rochers, épais de 5 à 8 millimètres. Cellules carrées disposées en séries radiales, de 5 à m, 2 a. très serrées. Tétraspores renfermées dans des cryptes super- ficielles, entremêlées de paraphyses linéaires, oblongues, divisées par 4, zonées.
Diffère à première vue de V Hild- brandiia proioiypiis par sa fronde beaucoup plus épaisse, à surface iné- gale. Espèce des plus remarqua- bles, bien distincte du seul représentant jusqu'alors connu de ce genre monotype, très commune dans le détroit de Magellan et sur les côtes de la Terre de Feu jusqu'au cap Horn.
Cette plante est des plus répandues, et nous l'avons observée dans toutes les localités que nous avons visitées. Elle forme une zone rouge sombre iqui tranche sur la teinte grise des rochers maritimes, en société des Lithothaimiion^ LithopJiylhun et divers Lichens (Pertusaria, etc.).
Dickie a signalé (Journ. of the Linn. Soc, 1875) yxn Hild- brandiia expansa sur les Rocs de Saint-Paul (Amérique équato- riale); mais, malgré la brièveté de la description, il est facile de le différencier du nôtre, l'auteur le regardant comme très voisin de V Hild. prototypus .
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Hildbrandiia Le Caniiellieri. Fragment du thalle grossi, avec une crypte à tétraspores.
PUBLICATION NOUVELLE
Nouvelle flore des environs de Paris et des plantes communes dans l'intérieur de la France, par MM. G. Bonnier et de Layens.
Il est certains sujets sur lesquels tout semble avoir été dit; une flore nouvelle des environs de Paris, en particulier, paraît destinée à ressembler à toutes celles qui ont précédé, avec quelques espèces en moins, d'autres en plus, avec quelques descriptions plus exactes et quelques espèces mieux délimitées. MM. Bonnier et de Layens cependant, en traitant cette même question, ont su la rajeunir parce qu'ils se sont attachés à résoudre cer- tains problèmes que leurs prédécesseurs ne s'étaient pas posés.
G. BoNNiER et DE Lâyens. — Nouvelle flore des environs de Paris. 75
Les amateurs de botanique qui ont eu la bonne fortune à leurs débuts dans l'étude des plantes de rencontrer un botaniste qui a guidé leurs premiers pas, ceux qui, dans les grandes villes, ont suivi les excursions publiques oublient trop facilement ou ignorent même complètement les immenses difficultés que rencontrent les commençants qui veulent détermi- ner les espèces qu'ils trouvent, quand ils sont isolés et abandonnés à leurs propres forces. Combien parmi eux ont renoncé à une étude qui les pas- sionnait en présence des nombreux obstacles qui leur barraient la route. Ces difficultés que rencontrent les débutants sont de deux sortes : les unes sont dues à la botanique qui est une science vaste et délicate, les autres incombent, il faut bien le dire, aux botanistes qui ont souvent obscurci à plaisir des questions quelquefois simples.
Les auteurs de la nouvelle flore ont réussi à diminuer les difficultés dues à la première cause en intercalant un nombre considérable de figures dans le texte ; ce secours permet tout de suite à l'élève de voir s'il se trompe. L'idéal aurait été réalisé si le port de toutes les espèces et tous les caractères spécifiques avaient été représentés; mais on peut dire que grâce aux 2.000 figures qu'on trouve dans leur livre, MM. Bonnier et de Layens ont su se rapprocher de cette perfection tout en laisssant l'ouvrage à un prix très modéré.
D'autres difficultés sont dues aux botanistes; à ce point de vue, on peut dire que le livre actuel tend à revenir aux vieilles traditions françaises de clarté et de simplicité. On est frappé quand on relit la vieille flore de de Candolle et Lamarck de la manière élégante, lumineuse, saisissante dont les espèces sont décrites; quelques-unes de ces descriptions sont de petits chefs d'œuvre dans ce genre et n'ont rien de commun avec ces descriptions hérissées de termes techniques qui sont à la mode aujourd'hui et qui décou- ragent les débutants. Le système des tableaux adopté par les auteurs est bien préférable aux clés dichotoniques avec numéros que l'on trouve dans toutes les flores. Il permet d'un seul coup d'oeil d'embrasser l'ensemble d'une famille ou d'un genre, de voir simultanément tous les caractères qui s'appliquent à la plante que l'on considère, enfin il rend surtout facile la découverte du caractère sur lequel on a pu se tromper dans sa recherche.
L'intercalation des figures dans ce texte déjà coupé d'accolades était un problème typographique très difficile, il a été résolu d'une manière déci- sive ; l'avantage de ce système est absolument indiscutable, il permet de vérifier de suite si l'on a bien suivi le sentier conduisant à l'espèce cherchée. L'originalité de cette nouvelle disposition assurerait à elle seule à l'ou- vrage un très grand succès.
En somme, par l'élimination de tous les termes trop scientifiques, par la disposition des tableaux en accolades, par l'addition d'un nombre immense de figures, le livre de MM. Bonnier et de Layens est destiné à rendre les plus grands services aux commençants et nous ne saurions trop le leur re- commander. Nous croyons même que les botanistes expérimentés y pour- ront puiser des renseignements utiles, car les clés adoptées par les auteurs ne sont pas celles qui se retrouvent dans la plupart des ouvrages. MM. Bon-
76 JOURNAL DE BOTANIQUE
nier et de Layens n'ont pas craint de faire table rase de tout ce qui était admis dès qu'ils ont trouvé un système plus simple conduisant plus rapi- dement au but. La flore nouvelle est donc une œuvre de bonne et saine vulgarisation.
VARIETES
Le Lilas blanc d'hiver, ou la décoloration du Lilas,
par M. F. Hérinq.
C'est pendant l'hiver de 1858 qu'apparurent dans le commerce des fleurs ces magnifiques gerbes de Lilas blanc qui firent tant de bruit dans le monde des fêtes hivernales.
Ce Lilas blanc n'est pas, comme on pourrait le croire la variété à fleurs blanches du Syrùiga vulgaris dont la floraison a lieu normale- ment au printemps; il est une production artificielle de l'industrie hor- ticole, qui est parvenue à décolorer les fleurs de cet arbuste par un procédé de culture des plus simples, qu'on a cherché néanmoins à tenir secret pendant longtemps.
Déjà, vers 1820, les jardiniers Mathieu, Quillardet, Décoflé et plu- sieurs autres, avaient tenté cette décoloration, sans grand succès d'ail- leurs . Aux approches du Carnaval , ils plaçaient dans des fosses de deux mètres de profondeur, dont le fond était garni d'une couche sourde, des touffes de Lilas qu'ils recouvraient ensuite de coffres et de paillassons. Par ce procédé rustique ils obtenaient, en quinze ou vingt jours, des grappes de Lilas dont les fleurs avaient perdu un peu de leur coloris, mais qui n'avaient rien de la pureté virginale du Lilas blanc de nos jours ; c'était l'enfance de l'art.
Depuis cette époque, l'outillage horticole a été considérablement perfectionné; les fosses creusées dans le sol ont été remplacées par des serres, et le chauffage au fumier par le thermosiphon, qui permet d'obtenir et de maintenir constantes les plus hautes températures.
En possession de ces puissants appareils, M. Laurent, jardinier rue de Lourcine, entreprit à nouveau le forçage du Lilas, et cette fois la réus- site fut complète. Il plaça côte à côte dans ses serres des touffes de cet arbuste fraîchement arrachées des pépinières, et, sous l'influence d'une température de 30 à 35" maintenue jours et nuits, en moins de trois semaines il obtint de vigoureuses grappes de Lilas à fleurs du blanc le plus pur. Le Lilas blanc cf hiver (tfah. trouvé, et sa culture mystérieuse dévoilée ; il fallait beaucoup de chaleur, et rien de plus.
M"" de Furtado, dans son château de Roquencourt, obtint par
F. HÉKiNQ. — Le Lt'las blanc d'hiver^ ou la décoloration du Lt'las. 77
l'application de ce procédé de magnifiques Lilas blancs qu'elle offrait gracieusemenfà ses visiteurs.
M. La vallée suivit l'exemple de M'"*' de Furtado. En plaçant dans une serre surchauffée à 35 ou 40" des touffes de Lilas qu'il laissait en pleine lumière, il pouvait au bout de quinze jours présenter à la: Société nationale d'horticulture de France, dont il était président, des Lilas blancs parfaitement décolorés, comme ceux du jardinier Laurent.
M. le M'^ de la Ferté, à son château du Marais, essaya également cette culture à la lumière, dans une serre à Orchidées où la température était maintenue à 1 5 ou 20° seulement. Mais les fleurs ne changèrent pas notablement de couleur. Le même fait d'ailleurs se produisait chez M. Lavallée chaque fois que la température ne dépassait pas 20''. La chaleur n'était pas alors suffisante.
On a pu voir à l'exposition du dernier concours régional, au Palais de l'Industrie, un groupe de Lilas blancs dont le centre était occupé par des sujets à fleurs d'un blanc pur tandis que ceux de la circonférence avaient des fleurs d'un blanc rosé. Les premiers avaient certainement été forcés dans une serre à haute température ; les autres n'avaient été soumis qu'à la température d'une serre ordinaire, c'est à dire 15 a 20°. Quoique placés à l'obscurité, ces derniers n'avaient subi qu'une décolo- ration imparfaite.
C'est donc l'influence d'une température élevée, 30 à 35°, qui amène la décoloration du Lilas. L'absence de lumière est impuissante à produire ce phénomène. Si le jardinier Laurent couvrait ses serres avec des paillassons qui les plongeaient dans l'obscurité, c'était pour empê- cher le contact du froid extérieur d'abaisser la température intérieure. Il s'agissait pour lui de maintenir pendant la nuit la même chaleur que pendant le jour sans augmenter les frais de chauffage.
Quand M. Lavallée présenta ses Lilas blancs à la Société d'horti- culture, les horticulteurs ne voulurent pas admettre le fait ; pour eux, la décoloration était due à l'absence de lumière, comme l'avait décla- ré leur confrère Laurent. Aujourd'hui ils doivent être moins affirmatifs, en présence des Lilas plus ou moins rosés de la dernière exposition, et de ceux qui figurent souvent dans les vitrines des fleuristes de Paris. Les exposants de Lilas blancs du concours régional n'avaient certaine- ment pas prévu le refroidissement des dernières nuits de février qui a causé l'abaissement de température des serres et produit le fait observé au Palais de l'Industrie, comme je l'avais constaté moi-même chez M. Lavallée chaque fois que le thermomètre descendait au-dessous de 20° ; autrement ils auraient pris soin de surchauffer leurs serres.
78 JOURNAL DE BOTANIQUE
A TRAVERS LES SOCIÉTÉS ET LES REVUES
SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE LYON
Séance du 29 mars 1887. — M. Débat présente à la Société diverses Mousses qu'on n'avait signalées jusque là qu'en Norwège et que M. Philibert vient de trouver dans les Alpes.
M. ViviAND-MoREL présente une série d'échantillons de Gagea arvensis : l'un entièrement bulbifère et sans fleurs ; un second à moitié bulbifère et à moitié fleuri ; un troisième complèiement fleuri et ne portant pas de bulbilles. Il con- clut que la formation des bulbilles est corrélative à la stérilité de la plante.
M. Lachmann fait remarquer que c'est probablement un fait analogie à celui qui se passe chez le Ficaria ranunculoides étudié par M. Van Tieghem, et que la formation de bulbilles doit être liée à des conditions de milieu.
M. F. MoREL rend compte d'une herborisation qu'il a faite au Mont-Dore, dont la flore, dit-il, présente tout à fait le faciès alpin.
BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ DES SCIENCES DE NANCY
(fasc. 19, 1886).
Sur les Homologies des Mousses, par M. le D' Paul Vuillemis. — Dans ce travail, M. Vuillemin s'est proposé de trouver de quels organes de plantes soit plus élevées, soit moins élevées en organisation on pourrait trouver les homologues chez les Mousses.
Il commence par combattre certaines homologies généralement admises : 1° La tige feuillée des Mousses ne peut être l'homologue de la tige des plantes supérieures, parce que, chez ces dernières, se différencie de très bonne heure un épidémie qui n'existe point chez les Mousses. 2° L'organe sporogène des Cryp- togames vasculaires dans lequel c'est une cellule « hypodermale » qui donne nais- sance aux spores ne saurait être l'homologue de l'organe analogue des Mousses, parce qu'ici ce tissu sporifère a pour origine une assise de cellules assez profon- dément enfoncée dans l'organe. 3° L'orientation des cloisonnements cellulaires étant différente dans l'anthéridie des Cryptogames vasculaires et dans celle des Mousses il ne peut y avoir homologie. Même observ^ation pour l'archégone. 4° Les cloisonnements de l'œuf se font différemment dans ces deux groupes.
C'est dans le sporogone que l'auteur voit une homologie bien marquée entre les Mousses et les plantes vasculaires. Parmi ces dernières, d'ailleurs, le corps qui se forme aux dépens de l'œuf diffère essentiellement chez les Cryptogames et les Phanérogames. Or les Muscinées présentent un premier cloisonnement concordant avec celui des Phanérogames et suivi, comme chez ces plantes, de la formation d'un corps massif, au lieu de la distinction primordiale et simultanée de membres qui s'observe chez les Cryptogames vasculaires. « Un tel corps est l'homologue de l'embryon des Phanérogames. »
Passant à l'étude anatomique du sporogone, M. Vuillemin y distingue, comme dans la tige des Phanérogames, un épiderme, une écorce, un cylindre central. A propos de l'épiderme il étudie les stomates qui, d'après lui, se forment comme chez les Phanérogames et non comme Schimper l'avait autrefois indiqué. Dans l'écorce il retrouve trois zones comme dans celle deis Phanérogames : exoderme, autoderme, endoderme. Dans le cylindre central il distingue aussi un péricycle et
A travers les Sociétés et les Revues. 79
un autocycle. C'est le premier qui joue le rôle principal, puisqu'il donne naissance aux spores. L'autocycle est réduit à une moelle et ne contient pas de faisceaux.
M. Vuillemin étudie ensuite les homologies des Mousses et des Thallophytes. Dans le protonéma des Mousses il voit une formation qui rappelle le thalle de de certaines Alg-ues. La tige feuillée a la propriété de donner naissance aux pro- pagules qu'il compare à des conidies de Thallophytes. Néanmoins il ne saurait homologuer la tige des Mousses à aucun organe des Thallophytes. « La phase principale de la vie des Mousses, dit-il, ou phase de tige feuillée, n'a pas d'équi- valent évident dans un autre groupe, en sorte qu'elle constitue la forme propre, caractéristique de la classe, et qu'elle mérite le nom de phase bryophytiqtce. »
L'auteur termine par quelques considérations sur la place des Mousses dans la nature. Se plaçant au point de vue de l'évolution phylogénétique des êtres, il est assez disposé à admettre que ces végétaux sont plus proches parents des Phanérogames que des Cryptogames vasculaires; ils se seraient détachés du tronc commun beaucoup plus tard que ces derniers végétaux. Les mots suivants servent de résumé au travail de M. Vuillemin :
« On distingue dans la vie d'une Mousse trois phases : i* la phase thallo- phyttque, réduite à l'état de vestige ; 2° la phase bryophyiique^ qui occupe la plus grande place et dont on ne retrouve pas d'équivalent parfait en dehors de ce groupe si ce n'est chez les Hépatiques ; 3° la phase phanérogamtqtie, qui est ru- dimentaire et semble avoir été mieux représentée chez certaines Mousses éteintes. » D. M.
Note sur la flore de l'étage rhéticn aux environs de Nancy, par RL Fliche. — La flore rhétienne est faiblement représentée en Lorraine, et elle n'a été jusqu'à présent l'objet d'aucun travail. Le petit nombre de fossiles déterminables trouvés dans le rhétien des environs de Nancy révèle la présence des Cryptogames vasculaires et des Gymnospermes. Une des Cryptogames, V Equisct'uni Munsteri, relie par sa présence en Lorraine deux stations assez éloignées (Couche-les-Mines, près d'Autun, et pays de Bade) ; tandis qu'une Conifère, le Baiera Mujtsteriana, n'avait point encore été rencontrée en France ; la station aux environs de Nancy est la plus éloignée du pôle que l'on connaisse aujourd'hui. P. V
NOTARISIA (Janvier 1887).
Bactéries et fragments d'Oscillaria tenuis Ag. inclus dans des grains de ^êle^ par M. G. Cuboni. — L'auteur de cette note décrit une expérience de culture qui lui a permis de constater à l'intérieur de grains de grêle la présence de Bacté- ries en quantité si considérable qu'elles auraient, dit-il, été moins nombreuses si la culture avait été faite avec de l'eau d'un étang au lieu de grêle. Parmi ces Bac- téries il a reconnu le Bacterium termo et le Bacillus subtilis. Il a été encore plus surpris de trouver dans ces cultures des fragments d'une Oscillaire qu'il rap- porte à V Oscillaria tenuis Ag. Avant d'introduire les grains de grêle dans ses tubes à culture, M. Cuboni les avait fait passer plusieurs fois à travers la flamme d'une lampe à alcool, de manière à tueries germes qui pouvaient se trouver dé- posés à leur surface ; les organismes observés étaient donc bien inclus dans les grains. L'auteur, en appelant l'attention des savants sur ce fait, les engage à con- trôler son observation. Pour lui, il n'a pu la vérifier de nouveau : les grains de grêle qu'il a eu l'occasion d'examiner dans une autre circonstance étaient exempts de Bactéries. L. M.
8o JOURNAL DE BOTANIQUE
CHRONIQUE
M. Gaston Bonnier, professeur de Botanique à la Sorbonne, ouvrira son cours le mercredi 20 avril, à 10 h. 1/2, et le continuera les vendredi et mercredi à la même heure. Il traitera de l'anatomie et de la physiologie des végétaux.
— M. Dehérain, professeur de physiologie végétale appliquée à l'agriculture, commencera son cours au Muséum le mardi 19 avril, à 2 heures. Les leçons se continueront le vendredi et le mardi de chaque semaine; elles auront pour objet l'étude de la terre arable et des amendements.
— Le cours de M. G. Ville, professeur de physique végétale, commencé le 15 avril au Muséum, a lieu les lundi et vendredi à 3 heures. Dans la première partie, le professeur étudiera les conditions qui déterminent, favorisent et règlent la production des végétaux. Dans la seconde partie il s'occupera des engrais chimiques et de la production des engrais verts.
— Sur la demande de plusieurs de ses membres, la Société botanique de France s'occupe d'organiser comme autrefois quelques herborisations aux envi- rons de Paris. Nous pourrons indiquer dans notre prochain numéro les dates des premières de ces excursions.
— Le Bulletin de la Société chimique de Paris a indiqué dernièrement un procédé permettant d'extraire du caoutchouc du Laiteron (Sonchus oleraceus). La proportion de caoutchouc pur fournie par la plante est de 0,160/0.
— Les collections cryptogamiques du Muséum d'histoire naturelle se sont accrues depuis le commencement de l'année de la manière suivante :
1° Mousses de l'Afrique du Sud (304 espèces), du docteur Rehmann;
2° Algues (24 espèces) et Mousses (20 espèces) de Madagascar, de M. Hild- brandt ;
3° Champignons (60 espèces) et Hépatiques (41 espèces) du Cap Horn, de M. Hariot;
4" Hépatiques (31 espèces) de la mission du Cap Horn;
5° Hépatiques (31 espèces) de la mission de la Magicienne dans le détroit de Magellan, de M. Savatier;
6° Algues (51 espèces) du Cap Horn, de M. Hariot.
Le Gérant : Louis Morot.
rarls. — i Menoh. Imp., 22, pi. Duufert- Rochûrean.
r- ANNEE
N° 6
I" MAI 1887
BOTÂN
Directeur : M. Louis MOROT
LA FORET dp: CARNELLE AU POINT DE VUE BOTANIQUE
Par M. E. BOUDIER.
Par suite des progrès de Li culture, le botaniste parisien voit de plus en plus s'élargir et s'éclaircir le cercle des localités oi^i il avait, il n'y a pas bien longtemps encore, l'habitude et la facilité d'herboriser. Il peut donc être utile d'appeler son attention sur la forêt de Carnelle, encore peu explorée, d'un accès cependant facile, à une heure de Paris, oli l'amateur peut passer une journée et même une demi-journée, pour rentrer dîner chez lui après avoir fait une récolte fructueuse, et d'où il rapportera quelques raretés comme Cardainine aiiiara L., Melandrïiiiii sylvestre Rohl. et autres espèces.
Je sais bien que cette forêt est déjà connue au point de vue géologique, et surtout par son beau dolmen, « la Pierre Tur- quaise », qui en est la principale curiosité. Valkenaer cite cette localité quelquefois pour l'entomologie ; plus récemmentMM. Tu- lasne l'ont indiquée assez souvent dans leur bel ouvrage : Selecta FungomLin Carpologi'a ; mais elle est restée longtemps délaissée par le manque de communication. Depuis quelques années, c'est- à-dire depuis l'ouverture des chemins de fer d'Epinay à Beau- mont et à Luzarches, elle semble devoir sortir de son oubli. Dans ces dernières années des herborisations publiques ou privées y ont été dirigées, mais à peine quelques-unes des espèces qui y ont été trouvées ont-elles été siofnalées.
Cette belle forêt située entre Beaumont, Viarmes, Montsoult- Mafliers et Presles, couvre une colline qui est la plus élevée du département de Seine-et-Oise, et dont le sommet forme un pla- teau peu étendu de 200 à 210 mètres d'altitude, d'où s'irradient des ravins nombreux dégénérant en gorges profondes, à parois assez raides, dépourvues de ruisseaux, mais aboutissant dans la partie sud-ouest à des marais boisés ou à des prairies.
82 JOURNAL DE BOTANIQUE
Le terrain est principalement calcaire quoique de formations diverses : on trouve le crétacé sur le versant de Beauraont et le gypse à Saint-Martin-du-Tertre, à l'est, tandis que les parties sud et ouest appartiennent au calcaire grossier. Dans beaucoup d'endroits ces derniers sont recouverts par des sables moyens et des grès.
Les arbres de la forêt sont d'essences différentes, mais ce sont les Charmes qui dominent. Ily a cependant beaucoup de Chênes, de Hêtres, de Tilleuls, et, dans les parties sableuses, de Châtai- gniers. Il existe aussi sur le plateau quelques arbres résineux. Les parties argileuses, fort nombreuses, sont garnies de Cor- nouillers et autres arbres ou arbustes particuliers à ces terrains.
On p^'ut aborder la forêt de bien des côtés, soit par la station de Presles, la plus commode de toutes, soit par celles de Nointel, de Beaumont, de Viarmes, de Saint-Martin-du-Tertre, ou même par celle de Montsoult-Mafliers.
Bien des fois je m'y suis rendu, mais je n'ai exploré que la partie sud, principalement au premier printemps et à l'automne. Entraîné par mes études mycologiques, j'ai dirigé bien plus mes recherches sur cette partie de la botanique que sur la Phanéro- gamie. Aussi n'est-ce qu'un aperçu de la végétation que je donne ici, car bien des espèces intéressantes ont dû m'échapper ou sortir de ma mémoire, n'ayant été vues par moi qu'au passage.
Déjà en se rendant à Presles, on peut apercevoir sur les talus du chemin de fer, surtout vers Monsoult-Mafliers le Aielilotiis alba Desr. en abondance, puis, entre cette station et celle de Presles, Epilobmm spicatuni Lam. ; à la sortie de la gare, sur le coteau qui regarde ce village, après avoir traversé la voie au passage à niveau, laissé sur la droite le hameau de Courcelles et monté le chemin qui se trouve près de la croix, on peut déjà ré- colter tant sur les bords du chemin que dans les clairières à l'en- trée de la forêt :
Buplevrum falcatum L. Seseli coloratum Ehrh. Ophrys arachnites Reich. Melampyrum cristatum L.
Onouis natnx L. Teucrium Chamaidrys L. Campanula glomerata L. Brunella grandiflora Jacq.
et dans les champs calcaires qui longent la forêt du côté du ha- meau de Courcelles, la plupart des plantes vulgaires de ces loca- lités, c'est-à-dire en abondance :
E. BouDiER. — La foret de Carnelle mi point de vue botaniqîie. 83
Iberis amara L. Specularia vSpeculum D, C.
Oxalis stricta L. Galium tricorne With.
Stachys recta L. Centaurea scabiosa L. l'eucrium Botrys L. Etc.
Ajug-a Chamaepitys Schr.
En pénétrant dans la forêt par le chemin pavé qui est à gauche
un peu avant l'extrémité de Courcelles, on trouve à droite dans
le premier bois :
Daphne Laureola L.
et, en suivant la route qui monte dans la gorge, à droite et à gauche :
Cornus mas L. Veronica montana L.
Iris fœtidissima L. Neottia Nidus-avis Rich.
espèces assez abondantes dans tous ces fonds ombragés, et çà et là:
Helleborus viridis L. | Orchis fusca Jacq.
puis montant toujours :
Vinca minor L. Monotropa Hypopitys L.
Asperula odorata L.
et dans les environs des carrefours de la Mouche et des Carreaux
Scilla bifolia L.
en assez grande quantité.
Entre cette localité et la route de la Pierre Turquaise, partout du côté des Rondeaux :
Asperula odorata L, j Adoxa Moschatellina L.
et en quelques endroits :
Orchis mascula L. Carex maxima Scop.
Daphne Laureola L.
puis, dans le ravin à droite de la route qui descend au dolmen :
Aspidium aculeatum Dœll.
dont les premiers pieds ont été trouvés dans une de nos herbori- sations par le capitaine Parisot. Cette belle Fougère doit certaine- ment se retrouver dans plusieurs des endroits analogues si fré- quents dans cette foret, de même que V Asarnni eitropœunt L. qui a été signalé en très petite quantité non loin du dolmen, mais queje n'ai pas vu.
En descendant la route de la Pierre Turquaise, sur les pierres
84 JOURNAL DE BOTANIQUE
mêmes de laquelle on peut récolter une Hépatique vulgaire, mais qui y fructifie bien, le Meizgeyia foitraia Radd, On trouve, mais plus bas, à droite et à g-auche :
Hypciicum inontanum L. | Cephalanthera grandiflora Bab.
et dans le ravin à droite :
Paris quadrifolia L. Helleboriis viridis L.
Campanula rapunculoides L. Ophrys myodes Jacq.
A la sortie du bois, en prenant le chemin à gauche qui sépare la forêt même des bois marécageux, à l'angle d'un chemin :
Allium ursinum L. | Dipsacus pilosus L.
puis un peu plus haut dans le chemin :
Campanula persicaefolia L.
et sur la côte herbeuse, calcaire, qui regarde les bois marécageux :
Iberis amara L. Chlora perfoliata L.
Teucrium montanum L. Thesium humifusum D. C.
Cephalanthera grandiflora Bab. Helleborus viridis L.
ce dernier toujours abondant dans toutes les parties calcaires. Descendant ensuite dans le marais, sur le bord du chemin :
SarxKjlus Valerandi L. | Anagallis tenella L.
et dans le marais même :
Carex Mairii Coss. et Germ.
De là, on peut revenir soit par la station de Monsoult- Mafliers, ce qui est plus long, soit par celle de Presles, point de départ. Si l'on revient par la première, en suivant toujours le même chemin, on arriverait, passé le moulin, à des prairies, à l'extrémité desquelles, sur le bord du chemin, abonde le Cii^sium erïophorîuit Scop. et aussi sur la lisière du bois :
Scilla bifolia L.
en outre sur une petite colline sableuse, située entre le château de Franconville et la station de Monsoult, non loin d'une belle touffe de Houx isolée sur cette côte,
Vaccinium Mj'rtillus L.
puis sur les bords du chemin qui longe la voie ferrée avant d'arri- ver au passage à niveau qui mène par la Maison blanche à la station, encore :
Cirsium eriophorum Scop. | Cynoglossum officinale L.
E. BouDiEK. — La foret de Carnelle an point de vue botanique. 85
S) on préfère la station de Presles à celle de Monsoult, au Heu de continuer le chemin qui coupe la route de la Pierre Tur- quaise, à la sortie de la forêt, on revient sur ses pas et on le suit à droite en longeant plus ou moins le ruisseau, on trouve encore dans les endroits humides ou arofileux :
t>'
Caltha palustris L. Dipsacus pilosus L. Paris quadrifolia L.
Orchis fusca Jacq. Ophrys myodes Jacq. Nepeta Cataria L.
ce dernier sur un talus boisé avant d'arriver aux premières mai- sons de Courcelles.
Mais il est bon de redescendre alors près du ruisseau et des cressonnières, car là, dans les endroits marécageux et boisés, on pourra recueillir çà et là, une variété de VOrcliis maculata L. à feuilles basilaires plus glauques, plus larges, très tachées et un peu élargies avant l'extrémité, ce qui lui donne un aspect par- ticulier, quoique je n'aie pas observe de différences bien appré- ciables dans la fleur; puis, pour terminer la course, non loin de Tendroitoù le ruisseau pénètre dans le parc de Courcelles,
Scolopendrium oftlcinale L.
et dans les bois marécageux ou sur le bord des fossés ou ruis- seaux, en abondance :
Cardamine amara L. | Melandrium sylvestre Rohl.
Peut-être la partie nord et nord-est delà forêt, nécessairement plus froide, est-elle plus riche, mais ce sont surtout les ravins ombragés et les abords du bois qui me paraissent fournir le plus d'espèces. L'intérieur même, aménagé en futaies de 20 à 30 ans, contient, à part quelques endroits, peu de plantes. Le Conval- laria inaialïs L. y abonde partout en places immenses et je ne le cite que parce que l'on ne sait peut-être pas qu'une grande partie des bouquets de Muguet qui se vendent dans les rues à Paris proviennent de cette localité.
Si sous bois la Phanérogamie est peu représentée, par contre les Champignons y abondent dans la saison. U Amajii'ia csesa- rea s'y rencontre certaines années chaudes en assez grande abon- dance. Les Amanita echniocepliala^ Lepiota aciitesqiiainosa n'y sont pas très rares. De beaux Cortinaires, tels que C. Rufo-oli- vaceus, calochrous ^ glaticopus ^ purpiirasceiis ^ fitlmineits^ ca^ru- lescens, sublaiiatus^ s'y trouvent en nombre; les jolis C. spilo-
86 JOURNAL DE BOTANIQUE
i7ieus, croceo-casrttlezis y sont plus rares. En été, dans certains endroits, aussi loin que la vue peut s'étendre sous bois, on peut voir la terre couverte de Lactarius piperaius ^ espèce commune, mais dont la quantité extraordinaire, la taille et la blancheur produisent le plus bel effet sous ces ombrag-es. Le Boletus Satanas s'y rencontre assez souvent en magnifiques échantil- lons. Le vulofaire Bol. edniis comme le Cantharelhis cibarnis y abondent ; dans ces bois aussi le Clavaria formosa est com- mun, et j'ai pu voir cette espèce en superbes échantillons et en assez grande abondance pour former un cercle complet de vingt-cinq pas de diamètre.
Il serait trop long d'énumérer ici toutes les raretés que l'on trouve dans cette localité en fait de Champignons. Qu'il me suf- fise simplement de dire que dans la saison et dans une seule
t
journée, j'ai pu voir et noter plus de deux cents espèces, princi- palement d'Hyménomycètes, pour qu'on puisse se faire une idée de la richesse de cette forêt, une des meilleures stations des environs de Paris pour ces végétaux.
SUR LA NAISSANCE LIBRE DES GRAINS D'AMIDON
ET LEUR TRANSFORMATION
EN GRAINS DE CHLOROPHYLLE OU CHLOROAMYLITES
Par M. Er. BELZUNG.
i" Naissance des grains d'amidon. — On admet assez généra- lement dans la science, depuis les observations d'un botaniste allemand, M. A. F. W. Schimper (i), et de quelques autres au- teurs, que les grains d'amidon prennent toujours naissance dans des corpuscules albuminoïdes, incolores ou diversement colorés, c'est-à-dire dans des leucites ou des chromoleucites, et qu'ils dérivent de leur activité physiologique propre, indépendante d'ailleurs de celle de la chlorophylle, lorsque ce pigment existe. M. Schimper reconnaît aux leucites deux fonctions essentielles : celle de générateurs de substance amylacée [Staei^kebildneT') aux dépens de principes immédiats tout formés, et celle de régula- teurs de la croissance des grains d'amidon. A ces fonctions s'a-
I. A. F. \\'. Schimper, Unters. 7ieber die Enst. der Staerkekoenter. Bot. Zeit. 1880.
Ek. Bei.zung. — Sur la iiaissmtce libre des grains d'amidon. 87
joute celle de la synthèse des hydrates de carbone, lorsque les leucîtes incolores deviennent des chloroleucites.
La première fonction est des plus problématiques ; elle ne repose sur aucun fait précis. Outre que l'on ne saurait expliquer, dans l'état actuel de la science, comment les substances aniylo- g^ènes, d'ailleurs variables, sont transformées dans les leucites en matière amylacée, par un pouvoir spécial de ces corpuscules, les grains d'amidon peuvent, dans des cas nombreux, naître librement dans le protoplasma, sans aucun rapport avec les corps fig-urés que renferme alors la cellule. D'après l'auteur précité, jamais un grain d'amidon ne naît directement au sein du plasma ; nous donnerons tout à l'heure un ■exemple des plus nets de cette nais- sance libre.
Quant à la fonction de régulateurs delà croissance des grains d'amidon, elle est infirmée, comme l'on verra, dans certains cas où les leucites existent, et elle perd singulièrement de sa généra- lité en présence des nombreux exemples de formation et crois- sance libres que nous avons pu étudier.
Lorsque le leucite existe, le grain d'amidon qui y prend nais- sance apparaît tantôt dans le voisinage de sa surface, tantôt en un point plus ou moins central.
Dans le premier cas {A/noniîuu CardainoimLut) le grain d'a- midon, en grandissant, présente bientôt une partie libre, l'autre partie restant en contact avec le leucite; celle-ci est toujours, d'après l'auteur, la plus large du grain d'amidon définitif (fig. i). De plus le grain ainsi formé aurait toujours une structure excentrique, le hile se trouvant vers l'extrémité libre amincie, opposée au leucite gé- nérateur. Ces faits seraient d'accord avec l'idée de nutrition du grain d'amidon par le leucite, l puisque c'est toujours la partie du grain en con- Fig. i. a, amidon; tact direct avec le leucite qui grandit le plus. Mais, dans certains cas, c'est le contraire qui arrive; ainsi dans le Dieffenbachïa Segîiùie, c'est le côté opposé au leucite qui est de beaucoup le plus développé. D'autre part, le leucite peut disparaître à une certaine phase du développement sans que le grain d'amidon cesse de grandir (PJiafus). Enfin la plante que nous allons étudier tout à l'heure nous présentera un exemple des plus remarquables de formation libre de g-rains d'amidon, qui
«s JOURNAL DE BOTANIQUE
cependant sont excentriques (Pomme de terre). Comment con- cilier ces faits avec la fonction de générateur de substance amy- lacée et de nourricier du grain d'amidon attribuée au leucite?
Dans le deuxième cas, au contraire, celui où le grain d'amidon
naît en un point plus ou moins central du leucite, le grain garde
une structure concentrique, puisqu'il est entouré de tous côtés
par son corpuscule générateur (fig 2). Ici encore, le leucite n'est
rien moins que nécessaire tant à la production
#/^v a de la matière amylacée, qu'à la croissance du ■ t KSi^- ^ grain d'amidon; dans le Haricot, par exemple, des orrains concentriques naissent librement;
Fig. 2. a,, amidon: .
1, inicite. dans le Pois, le leucite qui entoure le grain
d'amidon disparaît à un certain moment du développement, alors que ce dernier est loin d'avoir achevé sa croissance.
Les leucites, qui généralement sont homogènes, présentent parfois deux parties (fig. 3) : une partie amorphe, seule vivante /,
seule active dans la' production de l'amidon, et une partie cristalline c (cristalloïde). Cette disposition s'ob- serve chez le Phajiis giandijïortis. Les corpuscules en fuseau ou en ba- Fio-.,,. a, amidon; cciistaiioïde; gucttc que M. Schimpcr avait pris ' ^"'^''^- pour des leucites et qui sont ligures
comme tels dans les traités ont été reconnus comme cristalloïdes par M. A. Meyer. Le véritable leucite, très petit, est annexé à ce cristalloïde. Or l'amidon commence par se déposer dans ce leucite; puis, dit M. Schimper, le cristalloïde se transforme di- rectement en matière albuminoïde vivante qui forme alors aussi de la matière amylacée, comme faisait tout à l'heure la partie active (leucite) maintenant disparue. Comme hypothèse, c'est ingénieux. Mais qu'est-ce donc qu'un cristalloïde cjui, surplace, devient substance albuminoïde vivante ? Si l'on ne veut se payer de mots, il faudrait expliquer d'une façon plus précise cette sorte de transformation. Remarc]uons que le côté aplati des grains d'amidon du Phajus est simplement déterminé par un cristalloïde.
Les résultats auxquels nous ont conduit nos jjropres études sur l'amidon ne nous permettent d'admettre qu'avec une extrême réserve la manière de voir actuellement en faveur sur l'origine
Rr. Belzung. — Sur la naissance libre des grains d'ajnidon. 89
morphologique et physiologique de cet hydrate de carbone. L'ensemble de nos recherches sera prochainement publié ; cela nous permet de nous limiter ici à l'étude de l'origine de l'amidon dans une seule plante, la Pomme de terre, où les faits sont par- ticulièrement nets : la naissaii e de V amidon y est lib^-e, indé- pendapte par conséquent de tonte espèce de leucife.
Prenons donc de jeunes tubercules de Pomme de terre et voyons comment l'amidon de réserve y prend naissance. Ces tubercules, il faut les choisir sur les rameaux souterrains de ma- nière qu'ils n'aient pas plus d'un à trois millimètres de longueur; même à cet âge il est quelquefois trop tard pour suivre le déve- loppement, les grains d'amidon étant déjà notablement déve- loppés et le reste du contenu cellulaire trop dense.
C'est le moment précis de l'apparition des granules amyla- cés qu'il faut saisir pour être bien renseigné sur leur mode de naissance, car, dès leur très jeune âge, leur croissance est très rapide. Certains de ces jeunes tubercules se distinguent par un grand développement des cellules de l'écorce et surtout de la moelle ; dans ces cellules, la formation de l'amidon est notable- ment retardée. On peut y suivre facilement la production des grains amylacés, tandis que d'autres tubercules de même taille sont déjà bourrés d'amidon. Ce n'est qu'après de longues re- cherches infructueuses que nous avons découvert les éléments favorables aux recherches dont il s'agit ici ; c'est pourquoi nous donnons ces détails qui rendront plus facile la vérification des faits que nous allons signaler.
Examinons la structure interne des tubercules, depuis le sommet libre légèrenlent atténué jusqu'à la base en contact avec le rameau souterrain, c'est-à-dire dans des parties d'âge régu- lièrement croissant. Au sommet, les grandes cellules de la moelle renferment un protoplasma finement granuleux et un gros noyau généralement central. Le protoplasma, à cause de leur grand développement, ne forme qu'un mince revêtement pariétal et un revêtement pé- rinucléaire, les deux étant reliés par des ban- delettes irrégulières. Les cellules ne renferment à ce moment aucune espèce de corps figuré, par conséquent aucun leucite (fig, 4), ^'g- 4.
Dans des parties un peu plus âgées, on voit apparaître, tou-
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jours autour du noyau, les premières traces d'amidon. La forme des plus jeunes g-rains amylacés que les réactifs iodés nous per- mettent de mettre en évidence est variable, suivant les tuber- cules. Tantôt ce sont de longues baguettes, des sortes d'aig-uilles, d'une ténuité extraordinaire, logées dans le protoplasm? (fîg. 5); d'autrefois, des granules ovales ou fusiformes, très nom- breux ; rarement enfin des granulations dispo- sées par files de deux à quatre chacune (fig. 6). Quelle que soit la forme des grains d'amidon, leur dévelop- ^ pement se fait toujours de la même manière. Ils nais-
\i'J.'/V sent librement dans le protoplasma et non dans des \ ''ï'ii ' leucites. On ne saurait voir de phénomène plus net : la solution iodée montre ça et là, dans la gelée pro- '^' ■ toplasmique jaunie, de fines et nombreuses baguettes amylacées très distinctes.
La croissance ultérieure se fait aussi sans aucun autre inter- médiaire que le protoplasma et le noyau. Pendant quelque temps les grains d'amidon ont une structure homogène ; puis ils se dif- férencient pour présenter la structure excentrique que l'on con- naît. Leur forme est très variable : tantôt ils sont arrondis ou ovales, tantôt irrégu- lièrement ovales, le hile occupant la partie subterminale de l'extrémité plus étroite ; '^' '^' plus rarement ils sont irréguliers, par
exemple munis de prolongements (fig. 7).
Quand les granules amylacés naissent par files de trois ou quatre granules chacune, le développement présente quelques particularités. Supposons une file de trois granules. Par leur croissance ils arrivent bientôt à se souder pour former une sorte de grain d'amidon composé, dans lequel la solution iodée montre encore pendant quelque temps le nombre des granules constitu- tifs : ces granules, d'un bleu foncé, sont séparés par des bandes d'un bleu beaucoup plus pâle. Peut-être les granulations proto- plasmiques primitivement interposées aux granulations amyla- cées ont-elles été peu à peu imprégnées par la substance amy- lacée et font-elles désormais corps avec le grain d'amidon composé. Dans ce cas le grain adulte renfermerait un peu d'azote. Toujours est-il qu'un peu. plus tard , lorsque le grain
Varie lés : A propos de la décoloration du Lilas. 91
d'amidon a tout au plus le cinquième de sa taille définitive, les granules amylacés élémentaires sont intimement soudés en un grain simple en apparence, A partir de ce moment le grain dif- férencie ses couches concentriques.
Relativement à la naissance de l'amidon de réserve de la Pomme de terre, M. Schimper figure, dans la planche qui ac- compagne le travail précité, des leucites arrondis, incolores, comme sièg-e de la formation des grains d'amidon (fig. i). A la périphérie de ces leucites se dépose, d'après cet auteur, un grain d'amidon qui, en grandissant, devient bientôt un gros grain ex- centrique, présentant toujours le leucite générateur au milieu de son côté élargi et le hile vers l'extrémité libre, opposée à ce même leucite. Les phases très jeunes ne sont pas indiquées. Nous verrons, dans notre prochain article, que ces faits ne sont pas d'accord avec ceux qu'indique le même auteur à propos de la formation des grains de chlorophylle dans les tubercules de Pomme de terre.
Nous n'avons jamais observé de pareilles connexions entre leucites et grains d'amidon ; le développement complet que nous indiquons a d'ailleurs un tout autre caractère. La formation d'ami- don dans la Pomme de terre représente pour nous l'exemple le plus net, sans aucun doute possible sur la nature des faits ob- servés, d'un développement libre de grains d'amidon dans des cellules où il n'y a pas trace de leucites. Nous signalerons bien d'autres cas où les choses se passent de la même manière. Qu'il nous suffise pour le moment d'avoir établi que les grains cC anti- don peuvent naître librement dans le protoplasnia de la cellule, probablement entre ses granulations constitutives , et gran- dissent de même, sans V interventioîi d'auctme espèce de leucite.
Dans une prochaine note, nous étudierons les opinions des auteurs récents sur l'origine des g-rains de chlorophyle, en indi- quant en même temps les résultats contradictoires de nos recher- ches sur ce point. {A suivre.)
VARIÉTÉS
A propos de la décoloration du Lilas.
Nous avons reçu de M. Duchartre, membre de T Institut, la lettre sui- vante que nous nous empressons d'insérer.
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Monsieur le Directeur,
Je viens de lire avec un vif intérêt, dans le n'' 5 de votre excellent Jour?uil de Botanique (p. 76-77), l'article de M. F. Hérincq sur « Le Lilas blanc d'hiver, ou la décoloration du Lilas. » Je me suis jadis quel- que peu occupé de cette curieuse décoloration; j'ai recueilli à ce sujet les observations et expériences qui avaient été faites par divers horti- culteurs et jardiniers bourgeois ; enfin, grâce à l'obligeance éclairée de M. Fournier, jardinier de M""' Furtado, à Roquencourt, près de Ver- sailles, j'ai pu faire moi-même des expériences variées qui ont donné, à ce sujet, des résultats remarquables. C'est ainsi que j'ai réuni les éléments de trois notes successives et différentes qui ont paru, la première dans le Jourjial de la Société imp. et centr. d' Horticulture (vi, 1860, p, 272- 280), la seconde dans le Biclletin de la Société botaii . de France (vu, 1860, p. 152-153), la troisième dans les Comptes rendus de l'Académie des sciences (lvi, 1863, p. 939-945). Les faits consignés dans ces notes paraissant être quelque peu oubliés, peut-être ne serait-il pas inutile de les rappeler en quelques lignes, afin de voir jusqu'à quel point ils se concilient avec la conclusion à laquelle est arrivé votre savant collabo- rateur.
Cette conclusion, formulée sans hésitation, consiste en ce que « c'est l'influence d'une température élevée, 30 à 35", qui amène la décoloration du Lilas. L'absence de lumière est impuissante à produire ce phénomène. » J'avais moi-même conclu de mes propres observations et de l'examen des cultures en grand établies chez M. Berthelot, horti- culteur, rue des Fossés Saint-Marcel, à Paris, surtout chez M™'' Furtado, à Roquencourt, que l'obscurité n'est nullement nécessaire pour la déco- loration du Lilas; mais j'avais aussi établi qu'on obtient parfaitement cette décoloration sans soumettre le Lilas à une température de 30 à 35". Ainsi, à Roquencourt, pendant plusieurs hivers de suite, M. Fournier a obtenu en abondance du Lilas blanchi dans une seri'e hollandaise où la température n'était en moyenne, que de 15" C (et non de 30 à 35, comme cela résulterait d'une phrase de l'article de M. Hérincq). C'est dans cette même serre, par conséquent à la même température, que j'ai fait moi-même les expériences dont j'ai consigné les détails dans ma note insérée aux Comptes rendus; or, cette température est au plus égale à celle sous l'influence de laquelle les mêmes Lilas de Marly et Charles X, cultivés à l'air libre, donnent des fleurs vivement colorées. Dans l'une de mes expériences, un pied de Lilas, laissé en pépinière jusqu'au 12 avril, avait, à cette date, ses boutons de fleurs déjà bien formés cl nettement colorés. Il a été alors arraché avec une petite motte et transplanté dans cette même serre où il a trouvé une température à fort peu près égale à celle sous l'influence de laquelle il avait déjà coloré
Variétés : A propos de la décoloration dit Lilas. 93
ses boutons de fleurs. (A cette époque, les tableaux météorologiques donnent 10'' comme moyenne diurne.) Dans sa nouvelle situation, l'arbuste avait déjà des fleurs épanouies, le 19 avril, et ses boutons colorés étaient devenus des fleurs décolorées.
Il y aurait indiscrétion à reproduire ici les détails de mes autres expériences qui confirment toutes ce résultat ; néanmoins permettez-moi, Monsieur le Directeur, d'en rappeler une qui me semble être assez cu- rieuse, parce qu'elle met en plein jour la différence d'action exercée sur le principe colorant du Lilas par la culture en serre ou en plein air.
Au commencement du mois d'avril 1863, une touffe de Lilas a été arrachée dans la pépinière et plantée dans la même serre modérément chauffée, et à laquelle même on donnait de l'air, au milieu de la jour- née, pour empêcher que le soleil ne la réchauffât trop fortement. La moitié environ des branches de l'arbuste sont restées dans la serre, tout contre les vitres ; l'autre moitié a été amenée au dehors, à l'air libre, par l'ouverture qu'on avait faite en enlevant une vitre, ouverture qui a été bouchée ensuite soigneusement. Il est résulté de cet arrangement ce fait passablement curieux que, dès le 19 avril, les branches restées sous les vitres de la serre épanouissaient des fleurs parfaitement blanches, tandis que celles qui se sont ouvertes à partir de deux semaines plus tard sur les branches du même pied qui faisaient saillie au dehors étaient colorées comme elles le sont habituellement à l'air libre. Au point de vue de la température, toute la différence qu'ont pu éprouver- les branches des deux catégoris a dû consister dans plus d'uniformité à l'intérieur de la serre qu'au dehors,